M. LEUTENEGGER, D. MALGRANGE, H. BOCCALON, P. FONTAINE, I. GOT, P. VALENSI,
B. YOMTOV
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus et validé par les
membres des conseils d'administration et scientifique de l'ALFEDIAM
Les pieds du diabétique sont exposés à développer des troubles
trophiques potentiellement graves et pouvant aboutir à des amputations. Le
risque est favorisé par la conjonction de complications neurologiques
artérielles et infectieuses. Les lésions sont souvent secondaires à des micro
traumatismes. La fréquence des lésions du pied chez les diabétiques est très
élevée. On estime à 40 000 l'incidence annuelle de troubles trophiques (1). 20 à
25 % des diabétiques consultent au moins une fois dans leur vie pour une lésion
du pied. Cependant les enquêtes épidémiologiques manquent en ce domaine. Si les
études anglo-saxonnes (2) ou scandinaves (3) font apparaître un risque
d'amputation multiplié par 10 à 15 chez le diabétique, aucune étude française
n'est en fait disponible. Les complications du pied ont par ailleurs une
incidence économique très importante. La prise en charge préventive et
thérapeutique des troubles trophiques du pied chez le diabétique est complexe,
multidisciplinaire mais reste mal codifiée. Des enquêtes partielles font
ressortir la très grande diversité de cette prise en charge et l'absence
fréquente de concertation multidisciplinaire.
RAPPEL PHYSIOPATHOLOGIQUE
A. FACTEURS PATHOGÉNIQUES - Trois
mécanismes, diversement associés, peuvent être impliqués.
1. La neuropathie peut associer 3 types
d'atteintes:
- les troubles de la sensibilité (tactile, thermique,
algésique, profonde);
- le déficit moteur responsable d'un déséquilibre entre
les muscles extenseurs et les fléchisseurs du pied;
- l'atteinte végétative,
autonome, source de sécheresse cutanée, d'oedèmes et de troubles vasomoteurs
(ouvertures de shunts artério-veineux, perte de la vasomotion des
capillaires).
La neuropathie est très fréquemment à l'origine des lésions
du pied car elle entraîne une perte de la sensibilité, favorisant les zones de
frottements et d'hyperpression, et des troubles de la statique réalisant, à
l'extrême, I'ostéoarthropathie nerveuse diabétique avec constitution d'un pied
de Charcot.
2. L'ischémie résulte
essentiellement de la macroangiopathie. L'artériopathie des membres inférieurs
est plus fréquente et de localisation plus diffuse et plus distale que chez le
non-diabétique. Son évolution est plus grave, souvent indolore, sans
claudication intermittente. Elle est fréquemment révélée par un trouble
trophique. Les autres Facteurs de Risque Vasculaire classiques (tabac - HTA-
Dyslipoprotéinémie) ont ici une place essentielle. En revanche l'atteinte
microcirculatoire joue un rôle beaucoup moins important qu'il n'était admis
comme en attestent les bons résultats des pontages distaux (4).
3. L'infection peut-être superficielle mais son risque
est lié à une atteinte profonde pouvant menacer les tissus, les gaines et
tendons, et surtout les structures osseuses. L'infection est très souvent
polymicrobienne chez le diabétique et de diffusion rapide. Elle est favorisée
par le déséquilibre glycémique qu'elle aggrave. Il en est de même des
mycoses.
B. FACTEURS DÉCLENCHANTS - Les lésions du pied sont très
souvent occasionnées par des traumatismes mineurs. Les facteurs déclenchants les
plus fréquemment en cause sont les chaussures inadaptées, une hygiène
insuffisante, des soins de pédicurie mal faits, des sources de chaleur non
perçues...
PREVENTION
Les patients diabétiques les plus exposés doivent être
dépistés à l'occasion des consultations ou du bilan annuel de leur diabète, en
s'appuyant sur l'examen clinique ou des examens para-cliniques simples. L'inspection des pieds doit être systématique à chaque
consultation. Une fois dépistés, ces patients doivent en effet bénéficier d'une
éducation et d'une surveillance destinées à prévenir l'apparition des troubles
trophiques.
A. DEPISTAGE DES PATIENTS A RISQUE - Les patients à
haut risque de lésion du pied sont ceux qui présentent:
- des antécédents d'ulcération du pied,
- ou une neuropathie périphérique,
- ou une artériopathie des membres inférieurs
- ou des
déformations du pied.
Le dépistage de
la neuropathie est essentiellement clinique. Dans sa forme pure, le pied
neuropathique présente les caractéristiques symptomatiques résumées dans le
Tableau I. La neuropathie est confirmée par l'existence d'au moins 2 critères
parmi les 4 suivants:
- signes fonctionnels (douleurs, crampes ou
paresthésies nocturnes);
- hypoesthésie: tactile (monofilament), thermique
algésique ou vibratoire (diapason gradué ou biothésiomètre);
- signes
moteurs: faiblesse musculaire, aréflexie ostéo-tendineuse;
- critères
électrophysiologiques.
Tableau I. Pied neuropathique
| - Pieds chauds, hyposudation, turgescence veineuse |
| - Insensibilité |
| - Aréflexie ostéotendineuse |
| - Hyperkératose |
| - Pouls perçus, parfois amples |
Le dépistage de l'artériopathie est basé sur l'interrogatoire,
l'inspection du pied, la palpation des pouls la recherche de souffle(s)
vasculaire(s). Dans sa formé pure, le pied ischémique comporte les éléments
cliniques résumés sur le Tableau II. Les pressions de cheville mesurées à l'aide
d'un doppler de poche sont très utiles, mais leurs valeurs peuvent être
faussement élevées en cas de médiacalcose rendant les artères peu ou non
compressibles. Un deuxième examen est souhaitable: étude des flux par doppler
continu, pression du gros orteil, mesure de débit par technique
pléthysmographique ou électromagnétique.
Tableau II. Pied
artériopathique
| - Claudication intermittente (inconstante) |
| - Pied froid, pâle à l'élévation, cyanosé en déclive |
| - Pied maigre, atrophique |
| - Ongles épaissis, dépilation |
| - Pouls non ou mal perçus |
| - Souffle vasculaire |
| - Lenteur du remplissage veineux |
| - ROT et sensibilité normaux |
Le dépistage de déformations doit être précoce. Un examen
médical podologique devrait être systématique, à la recherche de perturbation
des appuis, chez tout patient de plus de 40 ans ayant plus de 10 ans d'évolution
de diabète. La prise d'empreinte systématique des deux pieds, par un
appareillage simple (papier encré), à la recherche de zones d'hyperappui, permet
de dépister, lors du bilan annuel, les patients à risque: ceux-ci sont alors
adressés au médecin podologue.
B. PREVENTION ACTIVE - La
prévention, chez. ces patients particulièrement exposés, doit associer une
éducation et un suivi spécialisé.
1. L'éducation doit commencer chez les diabétiques sans
critère de risque. Les conseils indispensables sont résumés dans le Tableau
III.
Tableau III. Conseils aux patients jeunes, sans critères de
risque
| - Soins des pieds réguliers |
| - Limer et non couper les ongles |
| - Choix de chaussures confortables et adaptées |
| - Lutter contre les facteurs de risque vasculaire: tabagisme, mauvais contrôle glycémique ou lipidique, hypertension |
| - Pratique régulière de sport |
| - Consultation rapide si problème |
En revanche, chez le patient à risque, l'éducation spécifique revêt
une importance fondamentale. Deux ordres de conseils doivent êtres donnés: les
gestes à éviter (Tableau IV) et ceux qui assurent la protection des pieds
(Tableau V).
Tableau IV. Patients à risque : gestes à éviter : IL NE FAUT
PAS
| - Marcher pieds nus |
| - Couper les ongles à vifs : il faut les limer |
| - Utiliser un instrument tranchant pour cor et durillon : attention à la "chirurgie de salle de bain" |
| - Utiliser des corricides |
| - Prendre des bains de pieds prolongés |
Tableau V. Patients à risque : assurer la protection des
pieds
| - INSPECTER chaque jour au besoin à l'aide d'un miroir |
| - Requérir l'aide d'une TIERCE personne si nécessaire |
| - SIGNALER immédiatement toute lésion suspecte |
| - LAVER chaque jour les pieds à l'eau tiède et au savon. Bien SECHER notamment entre les orteils |
| - En cas de peau sèche, appliquer une CREME HYDRATANTE neutre. PONCER les zones d'hyperkératose (pierre-ponce ou quick-lime) |
| - Eviter les ongles trop courts |
| - CHAUSSETTES en fibres naturelles, changées tous les jours |
| - Etre attentif au choix des CHAUSSURES qui doivent être achetées en fin de journée. Plusieurs paires sont nécessaires pour varier les appuis et frottements. Contrôler l'absence de corps étranger avant de se chausser. Limiter les talons à 5 cm |
| - Les soins de PEDICURIE doivent être prudents en prévenant qu'on est diabétique. |
2. Le suivi spécialisé régulier est
indispensable.
Les troubles de la statique doivent être corrigés par des
orthèses dont l'efficacité doit être surveillée par des bilans podologiques
réguliers.
L'atteinte artérielle doit être précisée par des explorations
fonctionnelles vasculaires. La mise en évidence de lésions artérielles
proximales (aorto-iliaque,fémorale) hémodynamiquement significatives, peut faire
discuter dès ce stade l'indication d'une artériographie et d'un geste de
revascularisation. En l'absence de trouble trophique et même de manifestation
douloureuse, on peut être amené a être plus interventionniste chez le diabétique
que chez le non-diabétique pour des lésions proximales. En revanche, les
atteintes distales pures ou à faible retentissement hémodynamique ne relevent à
ce stade que d'une surveillance.
Dans tous les cas, la prise en charge des
autres Facteurs de Risque Vasculaire est ici indispensable: l'arrêt du tabac, la
normalisation des paramètres lipidiques et des chiffres tensionnels sont des
impératifs communs à toute situation de prévention secondaire.
TROUBLE TROPHIQUE CONSTITUE
A. STADES DE GRAVITE - La
classification décrite par Wagner (5) permet de définir 6 grades de gravité
croissante notés sur le tableau Vl.
Cette classification doit être précisée
par l'extension de la lésion en surface et en profondeur à l'aide d'une
planimétrie et d'un sondage avec un stylet.
Tableau VI.
Grades de gravité des lésions du pied diabétique (d'après Wagner
(5)).
| Grade 0 | Pas de lésion ouverte, mais présence possible d'une déformation osseuse ou d'hyperkératose |
| Grade 1 | Ulcère superficiel sans pénétration dans les tissus profonds |
| Grade 2 | Extension profonde vers les tendons ou l'os, les articulations |
| Grade 3 | Tendinite, ostéomyélite, abcès ou cellulite profonde |
| Grade 4 | Gangrène d'un orteil ou de l'avant-pied le plus souvent associée à une infection plantaire |
| Grade 5 | Gangrène massive du pied associée à des lésions nécrotiques et à une infection des tissus mous |
B. BILAN
1. Le bilan
initial doit rapidement répondre à 2 questions: existe-t-il une
infection ou une ischémie qui pourraient justifier un traitement
urgent ?
A ce stade, l'examen clinique est au premier plan.
L'atteinte artérielle est évoquée devant des pouls non palpables, un souffle
vasculaire, des troubles de la recoloration, un pied froid. L'examen est
utilement complété au lit du malade par une étude des pressions avec un doppler
de poche ou mieux par une vélocimétrie doppler. L'infection est évidente dans
les cas extrêmes de gangrène gazeuse, phlegmon, cellulite de l'arrière-pied, ou
plus torpide et plus profonde, à suspecter quand le sondage au stylet révèle un
pertuis, un contact osseux ou provoque un écoulement purulent... Parfois,
I'infection est superficielle, notamment en cas de mycose. Le bilan de la
neuropathie est effectué mais n'a aucune incidence sur la décision thérapeutique
immédiate.
L'examen clinique est complété par des radiographies des
deux pieds, face et profil en s'aidant au besoin d'un cliché avec stylet en
place pour mieux localiser un trajet fistuleux et la zone osseuse en regard de
la plaie.
2. Bilan spécialisé - Toute
suspicion d'atteinte artérielle ou d'infection profonde doit faire pratiquer des
examens spécialisés.
a. Bilan artériel
- Le niveau lésionnel est
précisé par les Explorations Fonctionnelles Vasculaires (doppler - échodoppler -
pressions).
L'importance de l'ischémie doit être quantifiée par les mesures
de pression d'oxygène-en transcutanée (TcPO2) au niveau du pied ou de façon
étagée. Les valeurs normales sont de 50 mmHg. Au-dessous de 30 rnmHg, il existe
une ischémie sévère qui doit faire discuter l'indication d'une
revascularisation. Au dessous de 10 mmHg, il s'agit d'une ischémie critique
mettant en jeu le pronostic local à court terme. Il importe cependant de tenir
compte d'une éventuelle infection locale qui peut minorer les chiffres et
imposerait de refaire les mesures quand l'infection aura rétrocédé. Par
ailleurs, certains tests de stimulation (oxygène ou position déclive, jambe
pendante) pourraient avoir une valeur pronostique.
- L'indication d'une
artériographie des membres inférieurs est alors discutée, dans l'optique d'un
geste de revascularisation (angioplastie - pontage). La réalisation technique
doit en être irréprochable avec notamment opacification des artères de la
cheville et du pied indispensable pour apprécier la possibilité de pontages
distaux.
- Tout bilan d'artériopathie des membres inférieurs doit comporter
la recherche d'autres localisations (coronaires, troncs supra-aortiques) et une
prise en charge des différents facteurs de risque vasculaire.
b. Bilan
infectieux
- Un bilan biologique a minima est toujours nécessaire, notamment
hémogramme et C-réactive protéine.
- L'identification des germes en cause est
conditionnée par la qualité des prélèvements bactériologiques, en essayant
d'éviter toute contamination par les germes de surface: l'idéal est d'obtenir un
prélèvement en profondeur par curetage, biopsie ou aspiration à la
seringue, d'assurer son acheminement rapide au laboratoire, ou d'utiliser
des milieux de transport et d'obtenir du laboratoire une analyse sans
délai.
- Les radiographies des pieds face et profil ne sont pas toujours
d'interprétation facile entre ostéite et ostéo-arthropathie.
- Dans certains
cas difficiles, le diagnostic d'ostéite peut être aidé par la pratique d'une IRM
ou d'une scintigraphie aux leucocytes marqués, mais l'accès à ces techniques
peut être difficile.
- Le traitement de l'infection repose avant tout sur le
parage, la mise à plat de la plaie, son drainage à réaliser en urgence. Une
biopsie osseuse doit être pratiquée durant le temps opératoire pour analyse
bactériologique et histologique.
C. PRISE EN CHARGE - Elle doit
être générale, métabolique et locale.
1. Prise en
charge générale - La prévention du tétanos doit être systématique. La
prévention des thromboses veineuses profondes fait appel à l'héparinothérapie
(HBPM). Un bon état nutritionnel est indispensable pour la cicatrisation:
l'existence d'une dénutrition, dont témoigne une albuminémie < 30 g/l, doit
faire prendre des mesures diététiques hyperprotidiques.
2. Prise en charge métabolique - Toute lésion du pied
impose une équilibration stricte du diabète Le traitement hypoglycémiant
habituel (même par ADO) peut être maintenu si l'équilibre est parfait en
présence de plaies superficielles, non infectées. Dans les autres cas, on doit
avoir largement recours à l'insulinothérapie, même en cas de diabète de Type 2.
L'indication de cette insulinothérapie et de son mode (multiinjection, pompe)
requiert l'avis diabétologique.
3. Prise en charge
du pied
a. Pied non chirurgical
- Plaie non infectée et non
ischémique, grade I de la classification de Wagner.
- Les soins locaux
doivent être réalises par un personnel infirmier entraîné. Ils sont largement
dominés par le débridement de la plaie au bistouri (décornage, pelage).
- Le
pansement doit se limiter à des antiseptiques et ne doit pas être aggressif pour
les tissus ni masquer leur aspect (pas de colorant, pas d'antibiotiques locaux,
pas de sparadrap collé sur la peau...). Aucun topique n'a fait la preuve de son
efficacité. Des protocoles sont en cours pour évaluer l'intérêt des facteurs de
croissance ou des greffes de cellules dans la cicatrisation des lésions du pied
diabétique.
- La mise en décharge est indispensable à obtenir en cas de plaie
plantaire. Elle est assurée par le port de chaussures à appui partiel, soit
talonnier (Barouk), soit antérieur (Sanital).
- Le traitement des mycoses
fait appel aux antifungiques locaux (Amycor®, Pévaryl®, Loceryl®, Mycoster®...)
ou parfois généraux (Lasimil®, Griséfuline®).
b. Pied chirurgical
infecté
- La mise à plat rapide et large de tous les tissus touchés doit être
effectuée dès qu'il y a une infection clinique patente (pied inflammatoire,
collection).
- Une antibiothérapie doit être débutée, associant au moins 2
molécules répondant aux critères suivants: spectre suffisamment large pour
couvrir les germes aérobie et anaérobie, diffusion tissulaire et osseuse élevée,
possibilité dans certains cas d'utiliser la voie orale pour-respecter le suivi
ambulatoire. Cette antibiothérapie doit être adaptée dans un deuxième temps
selon l'évolution clinique et les données des antibiogrammes. Sa durée est
déterminée par l'extension du sepsis et notamment l'atteinte osseuse qui peut
faire poursuivre ce traitement durant plusieurs mois.
c. Pied chirurgical
ischémique
Les possibilités d'une revascularisation doivent être discutées
avant tout geste d'exérèse. L'atteinte du trépied jambier est fréquente, mais
les artères sont souvent perméables au niveau de la- cheville et du pied
permettant la réalisation de pontages distaux. Les résultats de ces procédures
de revascularisation sont actuellement comparables entre diabétiques et non
diabétiques (4). Lorsqu'un geste apparaît possible en fonction des données de
l'exploration vasculaire, l'indication doit être portée précocément, qu'il
s'agisse d'angioplastie transluminale (surtout pour les lésions proximales et
courtes) ou de pontages notamment distaux utilisant de préférence la veine
saphène.
La sympathectomie lombaire est inefficace du fait de la sympatholyse
neuropathique spontanée et n'a donc aucun intérêt.
Quand aucun geste de
revascularisation n'est possible, différents traitements médicaux ont été
proposés mais sans efficacité démontrée pour les anticoagulants, les vasoactifs
même injectables, les prostacyclines (AMM pour la maladie de Buerger),
I'hémodilution. L'hyperbarie a quelques indications mais elle est peu
disponible. Ces traitements ne doivent en aucun cas retarder l'heure de
l'amputation si cette dernière s'avère inéluctable. Il faut en effet opérer les
patients quand ils sont encore en bon état général. Sur le plan de la prise en
charge générale de la maladie athéroscléreuse, le traitement antiagrégant
plaquettaire est ici utile (A. Acétyl Salicylique, Ticlopidine).
Une
amputation peut s'imposer devant des lésions évoluées, et putrides, une douleur
difficile à maîtriser, une aggravation rapide des lésions ou de l'état général.
Le niveau d'amputation est difficile à déterminer et se décide sur la
conjonction de plusieurs éléments: clinique, TcPO2, artériographie, expérience
du chirurgien. Elle doit être aussi conservatrice que possible, mais en évitant
le risque de réinterventions successives. Il faut différencier les exérèses
localisées et amputations partielles du pied qui permettent la conservation de
l'appui talonnier et qui doivent être fonctionnelles, des amputations hautes
(jambe ou cuisse). La conservation du genou est liée aux possibilités de
cicatrisation et d'appareillage. Cet appareillage doit être réalisé le plus tôt
possible en centre spécialisé.
d. Prise en charge podologique
Une
consultation auprès d'un médecin podologue doit être programmée dès la
cicatrisation obtenue permettant un bilan des 2 pieds pour adapter le chaussage
(orthèses - chaussures). Le suivi régulier de s patients en podologie est
indispensable pour vérifier la bonne adaptation des orthèses plantaires et
chaussures orthopédiques prescrites et les faire modifier ou renouveler si
nécessaires. La prévention des récidives s'appuie sur l'éducation et le suivi
médical très régulier de ces patients à très haut risque.
CONSEQUENCES ECONOMIQUES
Les lésions du pied des diabétiques
nécessitent souvent des hospitalisations prolongées en milieu spécialisé,
sources de dépenses importantes pour la collectivité. Les coûts sont
considérablement accrus en cas d'amputation. Nous manquons cependant de données
précises sur ce sujet en France. Seules quelques publications étrangères
(suédoises, américaines) et quelques expériences ponctuelles en France (étude
GECICA) permettent d'approcher ces problèmes économiques. Il faudrait envisager
des études prospectives sur le nombre d'amputations des membres inférieurs
réalisées chaque année chez les diabétiques, sur les coûts qui leur sont
imputables et sur l'évaluation des stratégies de soin pour connaître la
situation actuelle et reconnaître les stratégies ayant les meilleurs bénéfices.
La prévention primaire doit participer à la réduction du surcoût global. Une
prise en charge ambulatoire doit permettre de réduire le surcoût des
hospitalisations. La précocité de cette prise en charge augmente les chances de
cicatrisation et doit réduire le surcoût lié aux amputations.
VERS UNE PRISE EN CHARGE MULTIDISCIPLINAIRE CONCERTEE
Il existe
peu de centre spécialisés en France pour la prise en charge des lésions du pied
chez le diabétique. Beaucoup de patients reçoivent des soins sans voir de
diabétologue, sans stratégie concertée, en restant longtemps hospitalisés faute
d'une structure ambulatoire accessible. L'évolution doit se faire vers une
réorganisation des structures ou des intervenants actuels, permettant une prise
en charge multidisciplinaire plus efficace. Les différents acteurs de soins
concernés sont:
- le diabétologue et son équipe,
- le chirurgien
(orthopédiste, plasticien, vasculaire),
- l'équipe vasculaire associant un
angeiologue, un radiologue et un chirurgien,
- le médecin podologue,
- le
laboratoire de bactériologie.
Ils doivent coordonner et harmoniser leurs
interventions dans le cadre d'une structure commune ou au moins d'une stratégie
concertée (création de réseaux).
La gestion d'une structure ambulatoire,
avec intervention du diabétologue et d'infirmières spécialisées permet de
raccourcir les hospitalisations et de suivre le patient jusqu'à cicatrisation
complète, en contrôlant la qualité des soins locaux et en les adaptant selon
l'évolution. Elle implique la participation active du médecin traitant qui doit
surveiller au domicile du patient le suivi de l'hygiène, de la décharge, du
respect des consignes et de l'efficacité des actes paramédicaux. Le suivi en
milieu vasculaire est assuré parallèlement en cas d'artériopathie.
QUI INTERVIENT ? A QUEL STADE ?
Des lésions superficielles non
ischémiques et non infectées peuvent être prises en charge par le médecin
traitant, mais impliquent dès ce stade la nécessité d'un avis diabétologique
rapide car ces lésions témoignent d'une pathologie sous-jacente du pied qui peut
être menaçante. Aux stades suivants de lésions profondes ou ischémiques ou
infectées, il est préférable d'adresser le patient à une structure spécialisée
multidisciplinaire sans perdre de temps car l'évolution peut être très
rapidement péjorative.
PROPOSITIONS
La réduction du nombre de plaies et d'amputation chez
le diabétique passe par la sensibilisation et la formation des médecins
généralistes et spécialistes, des infirmier(e)s, des pédicures, à ce problème du
pied chez le diabétique et à l'urgence de sa prise en charge. Elle nécessite une
harmonisation des actes, sachant que beaucoup de problèmes actuels relèvent
avant tout de défauts d'organisation entre les différents intervenants. Elle
implique la revalorisation de la nomenclature pour les actes infirmiers
(pansements à domicile), pour l'acte d'éducation et le remboursement des soins
de pédicure qui facilitera la prise en charge ambulatoire plus fréquente des
diabétiques ayant des troubles trophiques constitués des pieds.
Cette
remise en question de la prise en charge actuelle du pied diabétique et ses
lacunes incitent à proposer des études épidémiologiques sur le sujet et une
évaluation rigoureuse des procédures de soins.
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diabétique. Diabete Metab, 1993, 19, 518-522.
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modern concepts and management. Clin Diab 1989, 72-74.
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