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ARTÉRIOPATHIE
DES MEMBRES INFÉRIEURS CHEZ LE DIABÉTIQUE
1997
Lower limb arteriopathy in the diabetic patient
A.C. BENHAMOU (1) M. DADON (2), J. EMMERICH (3), P. FONTAINE (4), I.
GOT (5), P.J. GUILLAUSSEAU (6), JM. PERNES (7), P. PRIOLLET (8)
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus (réuni le 27 mars 1996
à Paris), et validé par les membres des conseils d'administration et scientifique
de l'ALFEDIAM
correspondance : P. Fontaine, Service d'Endocrinologie et Diabétologie,
Clinique Marc Linquette, CHRU, 6, rue du Pr Laguesse, 59037 Lille Cedex.
La réunion ayant permis la rédaction de cette recommandation a été soutenue
par les laboratoires Lipha Santé.
(1) Chirurgie Vasculaire, Hôpital de la Pitié-Salpétrière, Paris. (2)
Explorations Fonctionnelles Vasculaires, Hôpital Saint-Joseph, Pa-ris.
(3) Médecine Vasculaire, Hôpital Broussais, Paris. (4) Diabétologie, Lille.
(5) Diabétologie, Nancy. (6) Diabétologie, Hôpital Lariboisière, Paris.
(7) Radiologie Vasculaire, Hôpital Saint-Joseph, Paris. (8) Méde-cine
Vasculaire, Hôpital Saint-Joseph, Paris. Conseil d'administration de l'ALFEDIAM:
G. Cathelineau, Ph. Vague, J.M. Brun, C. Levy Marchal, H. Allanic, J.
Bel Khadir, D. Bensoussan, J.F. Blickle, J.L. Chias-son, A. Dubreuil,
P. Fontaine, A. Golay, A. Grimaldi, S. Halimi, E. Ka-loustian, G. Michel,
L. Monnier, D. Simon, G. Slama, B. Vialettes. Conseil scientifique de
l'ALFEDIAM: R. Assan, J. Girard, Ch. Boi-tard, G. Cathelineau, J.M. Brun,
M. Beylot, V. Durlach, J. Capeau, H. Gin, A. Grimaldi, M. Marre, J.C.
Henquin, P Saï.
Les artérites des membres inférieurs sont considérées comme de mauvais
pronostic chez les diabétiques, car volontiers attribuées à une atteinte
très distale inaccessible à une revascularisation par chirurgie ou technique
endovasculaire. Certes, l'atteinte macrovasculaire peut être associée
chez les diabétiques à une microangiopathie, mais si le rôle de cette
dernière est bien établi dans la genèse des lésions rénales et oculaires,
sa responsabilité paraît en revanche beaucoup plus discutable en cas d'artérite.
Il faut donc éviter de s'arrêter au diagnostic de microangiopathie diabétique
en cas de troubles trophiques des membres inférieurs, une telle appréciation
pouvant être lourde de conséquences lorsqu'elle conduit à une amputation
sans analyse préalable de la topographie exacte des lésions vasculaires
et sans discussion médico-radio-chirurgicale d'une solution de revascularisation
[1, 2].
CARACTERES DES ARTÉRITES
DIABÉTIQUES. IMPLICATIONS PRATIQUES
Précocité - L'artérite des membres inférieurs apparaît plus précoce,
plus fréquente et plus grave chez les diabétiques que chez les non-diabétiques.
Combinaison de lésions artérielles - Les sténoses et occlusions
artérielles observées chez les diabétiques relèvent, comme chez les non-diabétiques,
de la com-binaison de lésions athéro-, artério- et artérioloscléreuses
sans qu'il existe d'arguments, en particulier à l'échelon histologique,
permettant d'isoler une artério-pathie spécifique du diabète. Mais chez
le diabétique de longue durée d'évolution, les lésions peuvent pré-dominer
sur les artères de moyen et de petit diamètre.
Le diabète figure sur la liste des facteurs de risque de l'athérosclérose
et influence défavorablement l'évolution des maladies artérielles. Si
la qualité du contrôle glycémique joue un rôle important dans le développement
des lésions athéroscléreuses et de leurs complications au niveau des coronaires
et des carotides, on ne dispose pas d'éléments de cet ordre concernant
les artères des membres inférieurs. Les diabétiques paraissent aussi sensibles
que les non-diabétiques à l'influence des autres facteurs de risque (anomalies
lipidiques, hypertension artérielle, tabac, sédentarité); c'est le tabagisme
qui, en association au diabète, est le facteur le plus important vis-à-vis
du risque de développer une artériopathie des membres inférieurs.
Atteinte distale. Lésions diffuses - L'artérite est plus distale
chez les diabétiques que chez les athéroscléreux non diabétiques. L'atteinte
des axes de jambe est plus diffuse chez les diabétiques que chez les nondiabétiques,
qu'elle soit appréciée anatomiquement sur des pièces d'amputation ou radiologiquement
sur des clichés d'artériographie [3]. En revanche, les lésions des artères
du pied paraissent moins fréquentes en cas d'artérite chez les diabétiques
que chez les non-diabétiques, ce qui laisse la possibilité de revascularisations
chirurgicales très distales. En cas d'artérite avec sténoses ou occlusions
fémoro-poplitées, la suppléance est habituellement assurée par la fémorale
profonde et ses branches de division dont les lésions sont plus fréquentes
chez les diabétiques que chez les artéritiques non-diabétiques. C'est
un facteur de gravité supplémentaire de l'artérite diabétique et un paramètre
important du pronostic des revascularisations réalisées à l'étage aorto-iliaque
dont la perméabilité à long terme est largement conditionnée par l'état
de la fémorale profonde.
EXAMEN CLINIQUE
L'examen clinique revêt, chez les diabétiques, la même importance que
chez les non-diabétiques en cas d'artérite des membres inférieurs. L'appréciation
de la symptomatologie fonctionnelle (claudication intermittente, douleurs
de décubitus, troubles trophiques, ulcères et gangrènes), la palpation
et l'auscultation des artères assurent, dans la majorité des cas, le diagnostic
positif de l'artérite, renseignent sur la sévérité de l'ischémie, sur
la topographie des lésions selon les sites d'audition des souffles et
le niveau d'abolition des pouls, et peuvent dépister une lésion anévrismale
(aor-tique, iliaque ou poplitée). Mais l'examen clinique devra également
évaluer l'existence d'une neuropathie qui contribue, avec l'infection,
au développement de troubles trophiques.
EXAMENS PARACLINIQUES
Au cours des artérites diabétiques, les choix thérapeutiques reposent
sur:
- Une évaluation précise de la topographie des lésions et de la sévérité
de l'ischémie
- L'appréciation de la diffusion des lésions artérielles par la recherche
d'une atteinte des coronaires et des carotides puisque le diabétique
est aussi un athéroscléreux;
- Un bilan viscéral complet puisque l'artéritique est aussi un diabétique.
Les indications des examens paracliniques sont guidées par la nature
de la symptomatologie [4] (Encadré 1).
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ENCADRE I - Quel est le bilan vasculaire minimum
d'un diabétique asymptomatique ?
A quelle fréquence le répéter
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Le Doppler couplé à l'échographie couleur (afin
d'améliorer la performance de l'exploration ultrasonique sur les axes
de jambe notamment) est recommandé chez les diabétiques asymptomatiques
dont l'âge est supérieur ou égal à 40 ans et/ou dont le diabète a
une ancienneté supérieure ou égale à 20 ans, s'il existe d'autres
facteurs de risque associés que le diabète. Il paraît raisonnable
de renouveler cet examen cinq ans plus tard.
Cet examen n'est pas systématique chez les diabétiques asymptomatiques
dont l'âge est infé-rieur ou égal à 40 ans et/ou dant l'ancienneté
du diabète est inférieure ou égale à 20 ans en l'ab-sence d'autres
facteurs de risque vasculaire.
L'existence d'un tabagisme peut conduire à moduler les indications
de l'échographie-doppler et notamment à renouveler plus précocément
cet examen au fil du temps. |
Explorations non invasives
Radiographies sans préparation - La radiographie d'abdomen sans
préparation de profil peut permettre de reconnaître simplement un anévrysme
aortique calcifié. Les radiographies sans préparation des autres territoires
peuvent visualiser les calcifications de la média (médiacalcose), plus
fréquentes au niveau des artères de jambe chez les diabétiques que chez
les non-diabétiques. C'est une donnée importante de la faisabilité des
pontages distaux. Bien que la médiacalcose et l'artériosclérose soient
souvent associées au niveau des axes de jambe, il n'a cependant été démon-tré
ni relation entre médiacalcose et lésions athéroscléreuses, ni corrélation
topographique entre calcifications et occlusions artérielles. Les radiographies
peuvent aussi montrer des images d'ostéoarthrite du pied, parfois difficiles
à distinguer des images de neuroarthropathie.
Mesure des pressions systoliques à la cheville (Encadré ll) -
Grâce à un appareil Doppler, cette mesure permet, lorsque les artères
sont compressibles, à la fois d'affirmer l'artérite (pression systolique
inférieure à 90 % de la pression humérale), d'évaluer dans une certaine
mesure sa gravité et de suivre son évolution. Mais la médiacalcose peut
rendre les artères incompressibles, empêchant ainsi la prise des pressions
distales et privant le clinicien d'un paramètre quantitatif important.
| ENCADRE II - Quelle est la valeur de l'index
systolique chez le diabétique artéritique ? |
| L'index de pression systolique cheville/bras
est le rapport entre la pression systolique à la cheville mesurée
au doppler et la pression systolique humérale. L'abaissement de cet
index indique la présence de lésions artérielles oblitérantes de l'aorte
ou des artères des membres inférieurs. Les index inférieurs à 0,90
sont considérés comme anormaux. L'index systolique a la même valeur
chez l'artéritique diabétique que chez l'athéroscléreux non diabétique
dès lors que les artères sont compressibles, ce qui est le cas chez
au moins 70% des diabétiques artéritiques. La mesure de l'index systolique
doit être systématique chez les diabétiques dès lors qu'il existe
des signes fonctionnels d'artérite ou qu'un ou plusieurs pouls sont
diminués ou abolis. |
Mesure de la pression systolique du gros orteil - Elle augmente
la valeur prédictive de la prise des pressions à la cheville vis-à-vis
de la cicatrisation d'un trouble trophique ou représente la seule modalité
de prise de pression distale lorsque les artères sont incompressibles.
La pression systolique digitale (PSD) est mesurée indirectement par pléthysmographie
à l'aide d'un brassard gonflable placé à la racine de l'orteil et d'une
jauge de contrainte à mercure sensible à l'étirement. Une PSD inférieure
à 20 mmHg est peu compatible avec la cicatrisation d'un trouble trophique
distal et rend logique la discussion d'une solution de revascularisation.
Echographie en temps réel couplée au Doppler- Elle assure un bilan
lésionnel précis de l'aorte abdominale, des lésions proximales des artères
rénales et digestives, et des artères des membres inférieurs [5]. L'échographie
détecte les sténoses et les occlusions et, couplée au Doppler, permet
d'en apprécier le caractère hémodynamiquement significatif ou non, au
repos ou lors de l'exercice physique. L'échographie-Doppler permet également
d'explorer les troncs supra-aortiques dans le cadre du bilan de la diffusion
des lésions artérielles. L'échographie-doppler avec codage couleur du
signal peut rendre l'exploration ultrasonique plus performante. Par rapport
à l'échographie conventionnelle, elle permet une meilleure visualisation
des lésions peu échogènes (athérosclérose non calcifiée, fibrose, thrombus
pariétal). Elle localise rapidement les zones de turbulence permettant
de centrer la recherche de sténoses significatives. Elle dépiste plus
facilement les lésions à haut risque évolutif dans les zones critiques
(trépieds iliaques, fémoral et jambier). Mais chez le diabétique, la performance
de l'échographie-doppler est limitée au niveau des artères de jambe, en
sorte que si le profil lésionnel à ce niveau est décisif pour porter les
indications thérapeutiques, une artériographie est souvent indispensable
(Encadré III).
| ENCADRE III - Quelles sont les limites de l'écho-doppler
chez l'artérique diabétique ? |
| Les limites de l'exploration ultrasonique portent
sur les axes de jambe, surtout s'ils sont calcifiés. Dans cette indication,
il faut souligner l'intérêt de l'écho-doppler couleur, surtout s'il
n'est pas envisagé d'artériographie. |
Mesure transcutanée de la pression partielle d'oxygène (TcPo2)
- Elle est fondée sur l'utilisation d'une électrode polarographique de
type Clark, associée à un système de réchauffement de la peau entre 43
et 45 degrés C. En l'absence d'ischémie, il existe une bonne corrélation
entre le résultat de la mesure et la PaO2. En territoire ischémique, en
revanche, l'appareil mesure un débit transcutané d'oxygène. Outre sa simplicité
et sa reproductibilité, cette méthode a comme principal atout de mesurer
un paramètre qui ne concerne que la peau et exclusivement le débit sanguin
nutritif. La TcPO2 est habituellement mesurée au dos du pied, mais l'électrode
peut être mise en place en tout autre territoire cutané, en particulier
à proximité d'un trouble trophique dont on souhaite préciser les capacités
de cicatrisation ou au site prévu d'un geste d'amputation. La valeur limite
de la TcPO2 au-dessous de la-quelle il paraît illusoire d'espérer la cicatrisation
d'un trouble trophique est pour la plupart des auteurs de l'ordre de 30
mmHg.
L'inhalation pendant 10 minutes de 100 % d'oxygène permettrait de sensibiliser
la méthode: une élévation de la TcPO2 supérieure à 10 mmHg après administration
d'oxygène témoignerait d'un bon pronostic de cicatrisation. Il en va de
même de l'augmentation de la TcPO2 lors du passage de la position couchée
à la position jambes pendantes. Contrairement à la prise des pressions
systoliques à la cheville, la TcPo2 est utilisable en cas de médiacalcose
(Encadré IV).
| ENCADRE IV - Quelles sont les indications de
la TcPO2 chez l'artéritique diabétique ? |
La réalisation d'une TcPO2 du dos du pied est
souhaitable en cas:
- d'ischémie critique ;
- de troubles trophiques du pied pour apprécier la capacité hémodynamique
de la plaie à cicatriser ;
- de revascularisation pour apprécier le résultat hémodynamique post-procédure
;
- s'il existe une discussion d'oxygénothérapie hyperbare. |
Exploration angiographique
L'artériographie a été pendant longtemps le maitre -examen dans l'exploration
des lésions artérielles des membres inférieurs. Elle reste irremplaçable
chaque fois qu'une solution de revascularisation est envisagée (Encadré
V). La numérisation des images au cours d'une artériographie fémorale
permet une visualisation satisfaisante des territoires les plus distaux
(arcades plantaires), la perméabilité des artères du pied étant un facteur
essentiel du bon pronostic des revascularisations des axes de jambe dans
leur portion terminale. La nécessité d'une bonne définition des images
exclut, dans cette indication, le recours à la voie veineuse. Enfin, si
les techniques modernes d'opacification vasculaire ont réduit les risques
et les contraintes de l'artériographie chez les diabétiques, notamment
du fait de la réduction importante des doses de produit de contraste,
cet examen ne saurait pour autant être systématique devant toute artérite
chez un diabétique. Quant aux techniques plus récentes et moins agressives
d'opacification vasculaire (carboxyangiographie, angio-IRM), elles ne
sont pas validées dans le cas particulier de l'artéritique diabétique.
| ENCADRE V - Comment orienter le choix de
l'artériographie chez l'artéritique diabétique ? |
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Les critères pris en compte sont :
- Quel territoire veut-on opacifier ?
- Quelle quantité de produit de contraste peut on utiliser ?
- Quel site de ponction veut on préserver en cas de tentative ultérieure
de revascularisation par angioplastie ou chirurgie ?
Dans cette perspective, l'angiographie numérisée par voie veineuse
est insuffisante et les doses de produit de contraste utilisées
élevées, l'angioIRM n'est pas validée et la carboxyangiographie
en cours d'évaluation.
Pour obtenir une visualisation satisfaisante des axes artériels
proximaux, on aura recours au cathétérisme fémoral rétrograe ou
au cathétérisme huméral.
Pour définir les axes artériels distaux, on utilisera une artériographie
par ponction directe uni- ou bifémorale ou un cathétérisme fémoral
controlatéral.
Le choix du produit de contraste le plus adapté, l'hydratation suffisante
des patients et l'arrêt des biguanides 48h auparavant sont dans
tous les cas nécessaires.
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TRAITEMENT DES ARTERITES
DIABÉTIQUES
Deux situations très différentes doivent être distinguées selon que l'artérite
diabétique est ou non compliquée de troubles trophiques. L'artérite asymptoma-tique,
la claudication intermittente et l'ischémie critique sans plaie ni gangrène
relèvent, en effet, de principes thérapeutiques superposables que le malade
soit ou non diabétique. En cas de troubles trophiques, en revanche, les
indications dépendent de la part respective finalement attribuée à l'ischémie,
à l'infection et à la neuropathie dans la non-cicatrisation (Encadré Vl).
| ENCADRE VI - La notion d'ischémie critique est-elle
applicable aux diabétiques artéritiques ? |
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La définition de l'ischémie critique repose sur l'un des
deux critères suivants :
-douleurs ischémiques de décubitus, persistantes et récidivantes,
ayant nécessité régulièrement un traitement antalgique adéquat de
plus de deux semaines avec une pression systolique inférieure ou
égale à 50 mmHg à la cheville et/ou inférieure ou égale à 30 mm
Hg à l'orteil ;
- ulcérations ou gangrènes du dos du pied et des orteils avec une
pression systolique inférieure ou égale à 50 mmHg à la cheville
et/ou inférieure ou égale à 30 mm Hg à l'orteil.
La notion d'ischémie critique définit un profil d'artérite dont
le pronostic spontané est particulièrement grave, tant sur le plan
local que sur le plan général :
- amputations : 20 % d'emblée, 25 % un an plus tard ;
- décès : 20 % dans l'année et au moins 50 % à 5 ans.
La notion d'ischémie critique est applicable à l'artéritique diabétique,
à cette nuance près que le critère "douleur" peut faire défaut du
fait de la neuropathie associée.
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Mais, dans tous les cas, l'arrêt de l'intoxication tabagique est impératif.
Le traitement des autres fac-teurs de risque doit lui être associé: correction
des anomalies lipidiques (hypercholestérolémie et hypertriglycéridémie),
elle-même favorisée par le contrôle du diabète, et traitement de l'hypertension
artérielle. Ce dernier est possible aujourd'hui a priori sans risque d'aggraver
l'artérite grâce aux inhibiteurs calciques et aux inhibiteurs de l'enzyme
de conversion [6]. Les bêta-bloqueurs ne sont pas par ailleurs contre-indiqués
en cas de claudication intermittente si une maladie coronaire associée
justifie leur utilisation. Quant au contrôle optimal du diabète, il ne
permet pas nécessairement d'éviter l'aggravation des lésions artérielles
occlusives ou sténosantes, mais l'obtention d'un bon équilibre glycémique
influence favorablement les pa-ramètres hémorrhéologiques et lipidiques
[7-9]. Le traitement du diabète est fondé sur les mesures diété-tiques
associées aux hypoglycémiants oraux ou à l'insuline. L'insuline est souvent
préférable pour encadrer une artériographie ou un geste de revascularisation.
En revanche, il n'y a pas de donnée dans la littérature prouvant la supériorité
de l'insuline par rapport aux anti-diabétiques oraux pour favoriser la
cicatrisation d'un trouble trophique. Enfin, les biguanides doivent être
arrêtés avant la réalisation d'une artériographie (48 à 72 heures auparavant).
L'artérite est asymptomatique
ou s'accompagne d'une claudication peu invalidante
Le traitement est médical, hormis le cas où la découverte d'un
anévrisme par l'examen clinique, les clichés sans préparation ou l'échographie
fait discuter une chirurgie préventive.
La rééducation de la marche est un traitement efficace de la claudication
intermittente, mais il est primordial de lui associer une protection
quotidienne des pieds, par l'enseignement de gestes d'hygiène, particulièrement
en cas de neuropathie associce qui diminue la sensibilité et supprime
ce signe d'alarme essentiel qu'est la douleur. Les troubles de la statique
du pied doivent être corrigés par des mesures podologiques. Les soins
des pieds doivent être prudents et non traumatisants.
Les médicaments vasaactifs sont proposés au stade de claudication
intermittente avec comme indication l'augmentation de la distance de marche,
comme chez les artéritiques non diabétiques (Encadré VII). L'iloprost
(Ilomédine) est un analogue stable de la prostacycline actuellement indiqué
en cas d'ischémie critique sans possibilité de revascularisation radiologique
ou chirurgicale. L'iloprost peut être utilisé chez le diabétique athéroscléreux
comme chez le non diabétique après confrontation médico-radio-chirurgicale.
| ENCADRE VII - Quelles sont les indications
des vasoactifs chez l'artéritique diabétique ? |
| Ce sont les mêmes que chez l'athéroscléreux non diabétique
chez lequel les vasoactifs sont utilisés pour le traitement symptomatigue
de la claudication. De ce point de vue, il n'existe pas d'intérêt
démontré à associer deux vasoactifs ou davantage dans la seule indication
de l'artériopathie. |
L'héparine est indiquée transitoirement en cas d'oblitération artérielle
aiguë récente, mais les anticoagulants par voie orale n'ont pas plus
de place dans l'artérite diabétique que dans l'artérite athéroscléreuse,
en l'absence de pathologie emboligène. La prescription d'anti-agrégants
plaquettaires est logique; elle a davantage pour objectif de réduire la
mortalité par infarctus ou par accident vasculaire cérébral que d'augmenter
la distance de marche. Les schémas thérapeutiques peuvent être déduits
de ceux proposés au cours des artérites athéroscléreuses: aspirine (160
à 300 mg/j) en l'absence de contre-indication, ou ticlo-pidine (500 mg/j)
sous surveillance de l'hémogramme.
La claudication est
invalidante ou la conservation du membre est menacée par le degré de l'ischémie
Un geste de revascularisation est logique. Ses modalités seront adaptées
au profil lésionnel et au contexte général.
Chirurgie de revascularisation
Elle fait appel à des techniques identiques à celles utilisées chez les
artéritiques non diabétiques orientées essentiellement par la topographie
des lésions.
La thrombo-endartériectomie - C'est la plus ancienne méthode de
restauration artérielle. Elle n'est plus pratiquée actuellement qu'à l'étage
aorto-iliaque et au niveau du trépied fémoral, lorsque les techniques
d'angioplastie transluminale ont échoué ou qu'elles semblent d'emblée
vouées à l'échec (surtout en cas de calcifications majeures ou d'occlusions
artérielles longues).
Les pontages sont, dans la majorité des cas, préférés à la thrombo-
endartériectomie- Au-dessus de l'arcade crurale, il s'agit essentiellement
de pontages, soit veineux (ilio-fémoral ou fémoro-fémoral), soit prothétiques
en Dacron ou en poly-tétra-fluoro- éthylène (PTFE: Gore-Tex*). Lorsque
l'abord intra-abdominal est contre-indiqué par l'âge ou l'état général
du pa-tient, la revascularisation des membres inférieurs peut suivre un
trajet extra- anatomique axillo-fémoral. Au- dessous de l'arcade crurale,
l'artère poplitée haute (au-dessus de l'interligne du genou), est revascularisée
par un pontage veineux ou prothétique et l'artère poplitée basse, ainsi
que les axes de jambe, par une greffe saphène, les prothèses offrant des
résultats net-tement inférieurs dans cette indication. La saphène interne
est utilisée inversée ou non inversée mais dévalvulée. Certains échecs
des pontages veineux sont expliqués par le mauvais état de la veine. C'est
pourquoi il est nécessaire d'explorer les veines utilisables avant la
réalisation du pontage, soit par échographie-doppler, soit par angioscopie.
Des pontages très distaux sont possibles, implantés à la cheville ou sur
les artères du pied, lorsque ces dernières sont de meilleure qualité que
les artères de jambe. Parmi les facteurs limitant cette chirurgie, il
faut retenir la médiacalcose qui peut gêner le clampage artériel et la
réalisation des anastomoses, mais des artifices techniques comme la réalisation
d'anastomoses distales sans clampage rendent la réalisation des pontages
sur des artères calcifiées possibles (Encadré Vlll). Une fois réalisés,
les pontages doivent être régulièrement surveillés, notamment par échographie-doppler,
afin de mettre en évidence, sans attendre une occlusion du pontage, des
anomalies évolutives souvent accessibles à un geste endoluminal ou à un
geste chirurgical segmentaire (Encadré IX).
| ENCADRE VIII - Quels éléments regrouper avant décision
d'un pontage distal chez l'artéritique diabétique ? |
Ce sont:
- les éléments définissant le contexte général.
- Un bilan anatomique et hémodynamique obtenu par échographie-doppler
jusqu'en poplité et par artériographie
- Le degré de calcification des artères par les clichés sans préparation
et l'échographie- doppler.
- La qualité du matériel veineux par l'examen clinique et l'échographie-doppler. |
| ENCADRE IX - Quelles sont les modalités de surveillance
d'un artéritique diabétique ayant bénéficié d'un pontage artériel
ou d'une angioplastie percutanée ? |
- surveillance clinique et paraclinique comprenant
un écho-doppler artériel immédiatement après la procédure et souvent
un contrôle artériographique précoce (avant la fin de l'hospitalisation)
en cas de pontage.
- Echo-doppler au 1er mois post-opératoire puis tous les 6 mois
en fonction de l'évolution clinique. |
Revascularisation par
des techniques endo-vasculaires
La technique de référence est l'angioplastie trans-luminale par ballonnet
qui représente une alternative à la revascularisation chirurgicale. L'angioplastie
peut être appliquée à deux lésions types: les sténoses plus ou moins longues
uniques ou multiples et les occlusions artérielles. Les meilleurs résultats
à moyen terme sont obtenus en cas de sténose courte et serrée des artères
iliaques. Les dilatations des sténoses fémorales superficielles sont grevées
d'un taux de récidives plus important. Pour certains, le diabète est un
facteur de pronostic péjoratif vis-à-vis de l'angioplastie. Pour d'autres,
en revanche, les résultats obtenus chez les diabétiques sont superposables
à ceux observés chez les non diabétiques (Encadré X) [10-11]. Les techni-ques
de recanalisation par athérectomie ou laser n'ont pas fait preuve de leur
supériorité par rapport à l'an-gioplastie transluminale par ballonnets.
Les endoprothèses ont des indications en particulier après échec d'une
première dilatation ou en cas de résultat insuffisant (sténose résiduelle)
ou imparfait (dissection post-dilatation). La thrombolyse et la thrombo-aspiration
isolées ou associées aux techniques d'angioplastie peuvent augmenter la
faisabilité des recanalisations artérielles.
| ENCADRE X - Quelles sont les limites de l'angioplastie
transluminale percutanée chez l'artéritique diabétique ? |
| Ces limites sont les mêmes que l'athérosléreux
non diabétique. Les diabétiques artéritiques sont accessibles aux
mêmes techniques d'angioplastie percutanée que les athéoscléreux non
diabétiques, y compris au niveau des axes de jambe. Auparavant, une
artériographie de bonne qualité est indispensable pour porter les
indications. |
Enfin, la chirurgie de revascularisation et la radiologie interventionnelle
peuvent être associées, notamment lorsque la longueur de veine disponible
ne permet pas de réaliser un pontage suffisamment long dans de bonnes
conditions.
L'artérite est compliquée
de troubles trophiques
Les indications thérapeutiques dépendent des résultats du bilan vasculaire
(Encadré Xl).
| ENCADRE XI - Quel est le bilan vasculaire minimum d'un
artéritique diabétique au stade de troubles trophiques ? |
Le bilan minimum comprend, outre l'examen clinique
et la mesure de l'index systolique :
- Un prélèvement bactériologique de la plaie, mais l'antibiothérapie
pourra être mise en oeuvre sans en attendre le résultat.
- Une radiographie du pied, mais sa normalité n'exclut pas une ostéite
ou une ostéoarthrite.
- Un écho-doppler artériel portant sur l'aorte, les axes ilio-fémoraux
et poplités et les carotides, dès lors qu'il existe des signes cliniques
d'artérite, ne serait-ce que l'abolition d'un pouls, tandis que l'examen
des axes de jambe est moins fiable.
- Une artériographie par voie artérielle incluant des clichés du pied
en cas d'artérite confirmée et d'évolution défavorable (après une
quinzaine de jours par exemple) sous l'effet du repos, des antibiotiques,
des soins locaux et une insulinothérapie bien conduite, mais l'indication
de l'artériographie n'est pas systématique, notamment s'il existe
une contre-indication d'ordre général à une revascularisation.
- Une mesure, si possible, de la TcPO2 du dos du pied en cas d'artérite
et de doute quant à la capacité hémodynamique du pied à cicatriser.
Une TcPO2 supérieure à 30 mmHg est de bon pronostic en l'absence d'ostéite
et surtout d'ostéoarthrite.
- Un écho-doppler veineux pour évaluerle matériel saphénien si un
pontage est envisagé.
- Des clichés sans préparation des axes artériels pour juger du degré
de calcification des artères si une solution de revascularisation
est discutée. |
La sympathectomie lombaire
et les amputations
Elles ont pendant longtemps résumé le traitement chirurgical des artérites
diabétiques compliquées de troubles trophiques. La possibilité de revascularisation
fémorojambière, si distale soit-elle, doit à présent être prise en compte
dans la discussion.
Les troubles trophiques distaux demeurent la seule indication de la
sympathectomie lombaire - L'augmentation de la chaleur locale qui
en résulte n'est pas pour autant garante de la cicatrisation et l'agression
chirurgicale peut être moins minime qu'il n'y paraît chez des sujets âgés,
d'où le développement de la sympathectomie chimique par phénolisation.
La sympathectomie est aujourd'hui abandonnée par beaucoup.
L'amputation est inéluctable en cas de gangrène, d'ostéoarthrite ou
de cellulite infectieuse - dont l'évolution peut être particulièrement
brutale et grave chez le diabétique. Il faut être conservateur au maximum
et amputer à la limite de la nécrose, "à la limite du mort et du vif",
en laissant l'amputation ouverte et en mettant tout en oeuvre pour conserver
l'appui talonnier, ce que permettent l'amputation transmétatarsienne ou
la désarticulation métatarsophalangienne.
Une amputation de jambe reste exceptionnellement indiquée d'emblée chez
le diabétique en cas de menace vitale, notamment du fait des complications
in-fectieuses ou d'une gangrène étendue.
Les techniques de revascularisation
Elle ont pendant longtemps été considérées comme décevantes chez les
diabétiques au stade de troubles trophiques. En réalité, lorsqu'une chirurgie
de revascularisation est techniquement possible chez un diabé-tique, sa
perméabilité ne paraît pas, en fonction du temps, différente des revascularisations
réalisées chez les non-diabétiques. La même réflexion peut être faite
concernant les revascularisations endovasculaires, y compris en cas de
troubles trophiques évolués associés à des lésions artérielles diffuses
et distales sévères [12].
En cas de perte de substance importante ou de nécrose atteignant une
structure dont il est illusoire d'attendre la cicatrisation, des lambeaux
d'apport vasculaire sont parfois proposés. C'est le cas des lambeaux libres
qui nécessitent l'anastomose par technique microchirurgicale du pédicule
artériel et du pédicule veineux. Le lambeau de grand dorsal est souvent
utilisé. La réalisation de lambeaux d'apport vasculaire permet notamment
de réduire le pourcentage d'amputations pour des raisons septiques en
permettant la conservation de l'appui talonnier, en particulier chez les
diabétiques, à condition que le patient puisse supporter un décubitus
prolongé.
L'oxygénothérapie hyperbare
[l3]
Cette méthode de traitement dont l'accès est encore limité est utilisée
en l'absence de contre- indication pour favoriser la cicatrisation des
troubles trophiques, s'il n'existe pas de participation ischémique importante.
CONCLUSION
En cas de claudication intermittente ou d'ischémie critique sans plaie
ni gangrène, la prise en charge des artéritiques diabétiques diffère peu,
dans ses principes, de celle des artéritiques non-diabétiques. En revanche,
les indications thérapeutiques sont souvent difficiles à porter en présence
de troubles trophiques du pied, dont la pathogénie est multifactorielle.
Une évaluation précise de la part respective des lésions vasculaires,
infectieuses et neurologiques est alors indispensable pour sélectionner
au mieux et au plus vite les patients à traiter médicalement, à revasculariser
ou à amputer. Cette évaluation fait aujourd'hui largement appel à des
examens non-invasifs: échographie-Doppler pour l'atteinte des gros troncs,
mesure transcutanée de la pression partielle d'oxygène pour le pronostic
de cicatrisation. Une opacification vasculaire reste indispensable si
une solution de revascularisation est envisagée. Elle doit être de bonne
qualité et visualiser si nécessaire les artères les plus distales. L'occlusion
des axes de jambes n'exclut pas une chirurgie de revascularisation.
Une attitude " activiste " paraît ainsi nécessaire pour obtenir chez
l'artéritique diabétique au stade de troubles trophiques une augmentation
du taux de sauvetage de membre et une diminution du taux de mortalité.
RÉFÉRENCES
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de diabétologie, Pradel Edit 1990 (Paris), pp. 598-600.
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in diabetes. Cinculation, 1993, 88, 819-828.
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J Vasc Surg, 1992, 15, 275-284.
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10 Faglia E, Favales F, Quarantielo A et aL Feasibility and effectiveness
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13 Faglia E, Favales F, Aldeghi A et al. Adjunctive systemic hyperbaric
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ulcer. Diab Care, 1996, 19, 1338-1342.
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