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AUTO-SURVEILLANCE
GLYCEMIQUE CHEZ LE DIABETIQUE
1995
B. CHARBONNEL, C. BOIVINEAU, P. CHOPINET, J.-M. DANINOS, P. DROUIN,
D. DURAIN, F. GUYON, Ph. PASSA
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus et validé par les membres
des conseils d'administration et scientifique de l'ALFEDIAM
L’auto-surveillance glycémique (ASG) est un élément central du
schéma thérapeutique des diabétiques. Elle concerne en premier lieu les
diabétiques traités par l’insuline pour qui elle représente le prérequis
nécessaire à l’auto-contrôle glycémique c’est-à-dire l’adaptation
des doses d’insuline (et, le cas échéant, de l’alimentation
et de l’activité physique) aux chiffres glycémiques observés par
l’auto-surveillance.
Il existe une certaine spécialité française de l’ASG : la France
est l’un des plus gros "utilisateurs" au monde de bandelettes et
de lecteurs d’ASG quand on rapporte les chiffres au nombre de diabétiques
français. Cette très large utilisation de l’ASG n’a pas fait
disparaître pour autant en France, ni diminuer dans des proportions importantes,
l’utilisation des bandelettes urinaires. L’utilisation de
l’ASG sur une assez large échelle rend d’autant plus nécessaire
de préciser quelles en sont les règles strictes de bon emploi. Si ces
règles ne sont pas respectées, l’utilisation de l’ASG, loin
de constituer le progrés qu‘elle représente en théorie et en bonne
pratique, risque de conduire, pour un coût dès lors excessif, à des approximations
thérapeutiques, voire à des erreurs sérieuses. On manque, pour évaluer
la pratique de l’ASG en France, de données épidémiologiques suffisantes.
Il serait souhaitable que ces données puissent être obtenues dans les
années à venir, quelle qu’en soit la méthodologie de recueil. Elles
concernent en particulier les questions suivantes : le nombre de diabétiques
qui utilisent l’ASG, le nombre de mesures glycémiques par jour,
le rôle sur ces 2 paramètres du type de diabète (DID ou DNID) du schéma
du traitement (nombre de piqûres par jour d’insuline pour les DID,
modalités thérapeutiques y compris l’insulinothérapie pour les DNID),
des différences socio-culturelles, des différences de prise en charge
(médecine libérale ou hospitalière)… Le nombre de patients qui pratiquent
l’auto-contrôle glycémique c’est-à-dire l’adaptation
des doses d’insuline en fonction des résultats de l’ASG n’est
pas non plus connu : il est estimé à 20% des patients qui pratiquent une
ASG correcte, ce qui est très faible. On doit s’interroger sur les
raisons de cet état de fait et avoir comme objectif de le corriger.
OBJECTIFS ET MODALITES
DE L’ASG DANS LE DID
L’ASG est un moyen pour atteindre un objectif et non un objectif
par elle-même. Ses modalités d’utilisation devront donc être adaptées
aux objectifs glycémiques fixés par le médecin pour un patient donné.
Objectifs de quasi-normoglycémie
chez le DID : l’auto-contrôle glycémique est indispensable
Les diabétologues savent depuis longtemps que l’obtention d’une
quasi-normoglycémie est le but à se fixer pour éviter ou retarder le développement
des complications dégénératives de la maladie. Le DCCT vient de le confirmer
avec éclat et a montré en même temps que, même chez des patients mal équilibrés,
chaque point gagné d’hémoglobine glyquée diminue d’autant
le risque des complications. Il en est de même du diabète gestationnel
pour qui le bon contrôle glycémique supprime ou diminue les complications
néo-natales.
Pour tous les patients traités par l’insuline, la condition première
du bon contrôle est l’adaptation régulière des doses d’insuline
aux chiffres obtenus par l’ASG. Quel que soit le schéma d’insulonothérapie,
mais c’est sans doute d’autant plus vrai qu’il s’agit
d’un schéma à 3-4 piqûres ou d’un traitement par pompe, il
apparaît nécessaire de mesurer la glycémie capillaire au moins 4 fois
par jour. Il est souhaitable, de temps en temps, à un rythme indiqué par
le diabétologue, de varier les horaires de ces mesures pour avoir, sur
une semaine, un balayage complet du profil nycthéméral. Une diminution
à 3 ou 2 mesures par jour de la fréquence de l’ASG est généralement
associée à une détérioration des résultats métaboliques obtenus.
Lorsque la fréquence de l’ASG chez le DID est égale ou inférieure
à 1 par jour, cette ASG a minima apparaît sans intérêt vis-à-vis du contrôle
métabolique, même si elle peut garder une certaine utilité pour détecter
des hypoglycémies. Au surplus, si les patients pratiquent rarement l’ASG,
le risque d’erreur technique augmente. Certains patients minoritaires,
présentant en général un DID relativement récent, peuvent cependant avoir
pendant quelques mois ou années un diabète assez stable et garder un bon
équilibre métabolique confirmé par des chiffres régulièrement corrects
de l’hémoglobine glyquée alors même qu’ils espacent la fréquence
de l’ASG. Celle-ci doit néanmoins être effectuée à des heures variables
de la journée et le rythme de 4 mesures par jour ou plus doit être repris
aussitôt qu’est observée une remontée des chiffres glycémiques.
Quel que soit le nombre des mesures pratiquées par un patient, cette fréquence
doit être augmentée à 4 par jour ou plus lors d’un voyage, a fortiori
avec décalage horaire, ou dans tous les cas où les horaires habituels
de vie sont modifiés.
Pas d’objectif
de normoglycémie : le cas particulier du patient insulino-traité par
une infirmière
Il s’agit souvent (mais pas toujours : cas de différents patients
"inéduquables") de personnes âgées chez qui l’ASG et la piqûre d’insuline
sont faites par une infirmière à domicile ou dans une institution : une
ASG demeure indispensable, à chaque piqûre d’insuline, donc 1 ou
2 fois par jour, pour adapter la dose d’insuline sur des objectifs
simples : éviter l’hypoglycémie, éviter l’hyperglycémie sévère.
La détection et la
prévention de l’hypoglycémie
L’ASG est un moyen fiable de confirmer la nature hypoglycémique
d’un malaise chez un diabétique. Elle est le seul moyen de détection
d’une hypoglycémie asymptomatique. On sait que ces dernières sont
fréquentes, surtout la nuit, chez des patients très bien équilibrés ou
bien présentant un diabète ancien et compliqué. Les hypoglycémies répétées
diminuent d’autre part le seuil de reconnaissance clinique de l’hypoglycémie
et augmentent donc le risque d’hypoglycémie sévère. La détection
par l’ASG des hypoglycémies asymptomatiques permet de prévenir ces
accidents.
Il convient, pour détecter et prévenir l’hypoglycémie, d’utiliser
l’ASG plus spécifiquement dans les 3 situations suivantes :
- en cas d’exercice physique, pour apprendre à connaître son évolution
glycémique personnelle, le diabétique devra pratiquer une glycémie capillaire
avant l’exercice, toutes les heures, en fin d’exercice et
1 à 2 heures après. Une fois qu’il aura appris à bien se connaître,
le patient pourra espacer ce rythme mais réévaluer son profil glycémique
à l’exercice de cette manière complète plusieurs fois par an ;
- lorsqu’un patient ne sent pas ses hyppoglycémies, la fréquence
des ASG doit, au moins pour une certaine période, être augmentée au-delà
de 4 par jour avec un balayage très complet du nycthémère ;
- Lorsqu’un patient présente une hyperglycémie régulière au réveil,
il est souhaitable qu’il pratique une mesure nocturne de la glycémie
capillaire, vers 3-4 h du matin, 1 à 2 fois par semaine pendant quelque
temps pour permettre l’adaptation de son insulinothérapie du soir.
Prévenir les hyperglycémies
sévères et la céto-acidose
La fréquence de l’ASG doit être augmentée en cas de maladie intercurrente,
de vomissements et/ou de diarrhée, ou de prescription d’un médicament
diabétogène. Une surveillance régulière de la cétonurie doit alors être
pratiquée.
D’une manière générale, les patients doivent rechercher l’acétone
à la bandelette urinaire si la glycémie est supérieure à 2.50 g/l (14
mmol/l) deux fois de suite.
Une ASG régulière ne résume d’ailleurs pas l’auto-surveillance
d’un diabétique. La pratique de principe d’une surveillance
urinaire sur les urines de la nuit : uriner au réveil sur une bandelette
mixte glucose-acétone, est un complément utile de l’ASG qui peut,
dans certains cas, permettre une meilleure analyse de certains chiffres
glycémiques du réveil. Cette pratique assure d’autre part avec une
bonne sécurité la détection d’une éventuelle cétonurie.
OBJECTIFS ET MODALITES
DE L’ASG DANS LE DNID
La pratique d’une ASG pluriquotidienne en cas de DNID traité par
le régime et/ou les hypoglycémiants oraux est de plus en plus conseillée
aux patients mais il n’a pas été démontré scientifiquement qu’elle
améliorait le contrôle métabolique ou la perte de poids chez les DNID
obèses.
Dans l’état actuel des connaissances, l’ASG n’apparaît
donc pas indispensable pour un traitement correct du DNID traité par le
régime et/ou les hypoglycémiants oraux. Elle doit être ou non prescrite
en fonction de considérations individualisées.
L’ASG apparaît cependant utile chez ce type de patients, mais à
titre temporaire, pour les 3 indications suivantes :
- sensibiliser le patient à l’intérêt de la diététique et d’un
exercice physique régulier. De nombreux patients vont remarquer grâce
à l’ASG que les écarts alimentaires détériorent leur niveau glycémique
et qu’à l’inverse une activité physique est bénéfique. Certains
patients en seront ainsi mieux convaincus de suivre les conseils de
régime et d’exercice physique qui leur sont donnés. On demandera
donc souvent une pratique régulière de l’ASG, notamment à jeun
et en période post-prandiale précoce, ainsi qu’après l’activité
physique recommandée. Après quelques semaines, une fois le patient sensibilisé,
l’ASG a moins d’intérêt de ce point de vue et pourra être
espacée ;
- déterminer la posologie d’un sulfamide hypoglycémiant en début
ou lors d’un changement de traitement oral. Il n’est pas
toujours facile de déterminer la posologie et le rythme exacts d’administration
d’un sulfamide hypoglycémiant pour obtenir un contrôle métabolique
correct et éviter les 2 écueils que constituent d’une part une
hyperglycémie persistante à jeun et/ou en période post-prandiale précoce
et d’autre part une hypoglycémie post-prandiale tardive. Une ASG
pluriquotidienne est évidemment utile à cet effet. L’ASG pourra
être espacée une fois déterminée la posologie du sulfamide ;
- en cas de maladie intercurrente ou de prescription d’une médication
diabétogène, une ASG régulière est très utile, voire nécessaire, car
elle permet de vérifier qu’il n’existe pas un déséquilibre
glycémique préoccupant.
Le DNID résistant au traitement oral maximal et qu’on traite par
l’insuline, quel que soit le schéma d’insulinothérapie, ne
se différencie guère du DID insulino-traité : pour adapter les doses d’insuline
et atteindre les objectifs glycémiques fixés, pour détecter les hypoglycémies,
pour prévenir le risque d’hyperglycémie sévère et de cétose, les
recommandations en matière d’ASG sont celles qui ont été données
dans le chapitre précédent.
FIABILITE TECHNIQUE
ET CONTROLE DE QUALITE DE L’ASG
Le principe de l’ASG repose sur l’oxydation du glucose qui
génère une réaction colorimétrique quantifiée par réflectométrie ou un
courant électrique directement quantifiable.
Il est surprenant qu’il n’existe pas en France de structures
homologuant ou non les appareils avec autorisation de mise sur le marché
suivant un cahier des charges précis, tout au plus une commission donnant
un avis consultatif sur leur coût et leur niveau de remboursement. Il
conviendrait de remédier à court terme à cette carence.
Qualité des appareils
lecteurs
Dans l’ensemble, utilisés dans des conditions techniques optimales,
les appareils disponibles sur le marché présentent une bonne exactitude
(étalonnage) et une bonne précision (reproductibilité) lorsqu’on
compare les résultats qu’ils donnent à la mesure de la glycémie
par une méthode choisie comme référence parmi les différentes méthodes
de mesure de la glycémie au laboratoire. Il existe cependant des différences
non négligeables de qualité des résultats entre les appareils qu’une
structure officielle d’homologation, si elle existait, pourrait
faire connaître.
L’exactitude des différents appareils est généralement optimale
entre 0.80 g/l (4.5 mmol/l) et 2.50 g/l (14mmol/l). Elle est moindre aux
deux extrêmes. Elle peut être faussée par des variations importantes de
l’hématocrite. L’objectif de qualité doit être le suivant
: une exactitude et une précision des résultats de +ou- 10% par rapport
à la valeur de référence dans 95% des cas. Les appareils qui ne remplissent
pas cette condition ne devraient pas être proposés aux patients. Il est
du rôle des médecins spécialisés de faire régulièrement ce type de contrôle
de qualité vis-à-vis des appareils disponibles sur le marché. La méthode
de la droite de régression prise isolément est peu satisfaisante : un
bon coefficient de corrélation entre les mesures capillaires et les glycémies
au laboratoire est un critère nécessaire mais insuffisant. Il faut le
compléter par d’autres méthodes de comparaison, telles que les différences
par rapport à la moyenne. La méthode des grilles qui permet d’apprécier
la fréquence des erreurs de mesure susceptibles d’entraîner des
erreurs cliniques sérieuses en est un autre complément utile. C’est
dans cet esprit qu’il faut exiger que le résultat soit exact dans
95% des cas et ceci aux différents niveaux de l’échelle glycémique.
L’importance clinique d’une inexactitude de même proportion
n’est pas la même suivant le niveau glycémique considéré. Pour les
valeurs glycémiques élevées, une inexactitude de plus de 10% entraîne
rarement des erreurs notables dans l’adaptation des doses d’insuline.
En revanche, une seule erreur peut avoir des conséquences sérieuses dans
la zone comprise entre 0.40 (2.2 mmol/l) et 0.80 g/l (4.5 mmol/L) car
elle va définir ou à l’inverse infirmer un diagnostic d’hypoglycémie.
Des approximations de résultats dans la zone entre 1.40 (7.8 mmol/l) et
1.80 g/l (10 mmol/l) vont d’autre part conpromettre l’obtention
d’un objectif de quasi-normalisation glycémique.
Il conviendra donc d’être particulièrement vigilant vis-à-vis de
la qualité des résultats dans ces deux zones de niveau glycémique.
Qualité de la procédure
d’ASG
L’exactitude et la précision de l’ensemble de la procédure
d’ASG dépassent celles des appareils de lecture et incluent en plus
la compétence technique du patient ou de l’infirmière et la qualité
technique des bandelettes (homogénéité du lot). L’utilisateur est
dépendant du fabricant pour la qualité des bandelettes dans la limite
de la date de péremption et sous réserve qu’elles soient, une fois
le flacon ouvert, à l’abri de l’humidité.
L’ASG donne lieu en pratique à de nombreuses erreurs techniques
qu’il convient de minimiser par une bonne éducation des utilisateurs
et par des contrôles de qualité réguliers. Les erreurs les plus fréquentes
sont les suivantes : erreur dans la manipulation des bandelettes réactives
(goutte de sang de volume inadéquat – non respect de la chronologie
de la procédure qui varie suivant les lecteurs) – mauvais entretien
de l’appareil lecteur (la consigne d’un nettoyage fréquent
de la fenêtre de lecture est essentielle) – calibration inadéquate
( il convient de changer les bandelettes étalon à intervalles réguliers
conformément aux recommandations du fabricant). Compte-tenu de la fréquence
relative de ces différentes erreurs, les systèmes qui conjugent la lecture
visuelle de la bandelette et sa lecture par l’appareil représentent
une sécurité car ils permettent au patient de se rendre compte d’une
grosse discordance.
Pour s’assurer de la fiabilité des résultats pour chaque patient,
il faut d’autre part mettre en place un système de contrôle de qualité
vérifiant si possible l’ensemble de la procédure. Les consultations
diabétologiques doivent en être l’occasion. Il est d’autre
part suggéré que, 2 fois par an au minimum, le patient mesure sa glycémie
capillaire au doigt au même moment que le prélèvement veineux avec mesure
de la glycémie effectuée par une méthode de référence dans un laboratoire
qualifié. L’objectif d’exactitude reste le même : moins de
10% de différence mais après correction : il faut se rappeler que la valeur
de la glycémie capillaire sur sang total est inférieure de 15% environ
pour un hématocrite normal, du fait de la présence des hématies, à la
valeur de la glycémie mesurée sur le plasma.
En cas de différence plus importante à plusieurs reprises, il faudra en
déterminer la cause : erreur dans la procédure du prélèvement capilaire
et/ou dans l’utilisation du lecteur et/ou fiabilité insuffisante
du lecteur.
Cas particulier de l’ASG
dans un centre de Diabétologie
En milieu hospitalier ou dans une grosse clinique, les appareils lecteurs
sont l’objet d’une utilisation intensive et de nombreuses
personnes différentes les utilisent. Il convient donc que les appareils
soient vérifiés très régulièrement. Tous les jours, les appareils lecteurs
doivent être soigneusement nettoyés et leur piles vérifiées. A intervalles
fréquents, par exemple toutes les semaines pour les plus gros centres,
le personnel vérifie tous les appreils utilisés en routine quotidienne
par comparaison à une glycémie de référence au laboratoire sur un minimum
de 3 niveaux glycémiques, inférieur à 1 g, compris entre 1 et 2 g, supérieur
à 2 g. Il serait logique que ce contrôle de qualité à intervalles réguliers
soit effectué par le laboratoire de Biochimie. Il est souhaitable que
ce contrôle de qualité soit effectué, à une fréquence de rotation à définir,
par les différentes infirmières utilisatrices et ceci est d’autant
plus important que ces dernières sont nombreuses. On s’assure ainsi
en parallèle de la qualité de l’ensemble de la procédure d’ASG
par les différents acteurs impliqués.
Vis-à-vis du risque de transmission de certains virus (hépatite –
SIDA…), il importe enfin que la ponction du doigt soit effectuée
avec un système comportant aiguille rétractable et embase jetable.
Choix des appareils
lecteurs
La multiplication des appareils lecteurs disponibles sur le marché représente
un progrès car elle implique des progrés techniques et une diversité permettant
d’adapter le choix de l’appareil aux besoins des différents
patients. Cette multiplication des appareils peut cependant aussi être
une source de confusion et d’erreurs. Il est habituel de proposer
aux patients les différents appareils disponibles sur le marché. Chaque
diabétologue ou chaque centre doit cependant ne présenter que les appareils
dont la qualité technique lui apparaît certaine, suivant les critères
définis ci-dessus, et ceux dont il connaît bien le maniement pour pouvoir
bien l’enseigner.
La prescription des matériels d’ASG doit être médicalisée et non
pas se faire sur la seule apparence des produits ou leur coût, même s’il
est logique que ces deux aspects interviennent dans le choix des patients.
Lorsque la présentation des matériels aux patients est faite par des infirmières,
ce qui est une pratique courante et légitime, il convient que ces infirmières
soient bien spécialisées en diabétologie et que les modalités de présentation
des matériels et les éventuels conseils qui tiennent compte des caractéristiques
individuelles de chaque patient soient définis et réévalués à intervalles
réguliers par l’équipe diabétologique associant les infirmières
et les médecins.
PAS D’ASG SANS UNE
EDUCATION DIABETOLOGIQUE ET UN "CAHIER de DIABETE"
L’ASG exige pour être utile une éducation diabétologique complète.
Celle-ci doit comporter l’éducation technique à l’ASG sans
laquelle les résultats observés risquent d’être faux : plusieurs
jours d’entraînement peuvent être nécessaires pour que les tests
soient régulièrement corrects. Il faut impérativement s’assurer
à plusieurs reprises que le patient maîtrise bien la technique choisie.
L’éducation doit cependant comporter bien davantage : que les patients
apprennent et comprennent l’auto-contrôle glycémique, c’est-à-dire
l’adaptation des doses d’insuline et des comportements (alimentation
– exercice physique), en l’absence duquel l’ASG perd
une grande part de son intérêt. La mise en place isolée d’une ASG
sans cette éducation initiale à l’auto-comtrôle, en particulier
aux algorithmes d’adaptation des doses d’insuline, constamment
reprise lors des consultations ultérieures, doit être proscrite.
Pour que cette éducation diabétologique soit de qualité, il convient qu’elle
soit évaluée à intervalles réguliers et qu’existe une formation
permanente des formateurs. Dans les centres de diabétologie assurant une
éducation diabétologique, un médecin spécialisé doit, de concert avec
un cadre infirmier spécialisé, procéder à cette évaluation et assurer
cette formation suivant une fréquence et des modalités qu’il appartient
à chaque centre de définir.
L’auto-contrôle glycémique, c’est-à-dire l’adaptation
des doses d’insuline aux chiffres observés et aux évenements de
la vie quotidienne ne peut être pratiqué sans un " cahier de diabète ".
Seul un tel cahier permet d’avoir une vision globale de ce qui s’est
passé pendant les jours qui précèdent, vision globale sans laquelle aucune
adaptation correcte des doses d’insuline n’est possible. Les
appareils lecteurs à mémoire, les appareils qui traitent les données glycémiques
antérieures et peuvent les imprimer sur des graphiques sont utiles pour
certains patients et/ou pour le médecin mais ne doivent en aucun cas,
dans l’état actuel de la technologie, remplacer le cahier manuscrit
traditionnel qui apparaît indispensable.
EN CONCLUSION
L’ASG apparaît comme un outil nécessaire pour obtenir un bon contrôle
glycémique chez les diabétiques insulino-traité et comme un outil souvent
utile, au moins pour certaines périodes, chez le diabétique non insulino-dépendant.
L’ASG exige d’être pratiquée suivant des critères rigoureux
et nécessite une éducation diabétologique sans cesse améliorée. Elle doit
d’autre part être soumise à intervalles réguliers à un contrôle
de qualité répondant à des normes précises. Il convient enfin de rappeler
que l’ASG est une méthode de surveillance mais n’est pas une
méthode de diagnostic. L’ASG peut être utilisée pour le dépistage
du diabète sucré, surtout le DNID. A cet égard, elle est sans doute plus
précise que la méthode urinaire. Mais elle ne doit pas être utilisée pour
le diagnostic final. Tout chiffre anormal doit être confirmé au laboratoire
suivant les critères diagnostiques du diabète sucré définis par l’OMS.
Une dernière recommandation : que tout médecin, généraliste et a fortiori
diabétologue, soit capable (avoir le matériel à son cabinet et dans sa
trousse d’urgence et avoir la formation technique) de pratiquer
une glycémie capillaire.
REFERENCES
- American Diabetes Association. Self-monitoring of blood glucose. Diabetes
Care, 1995, 18 (Suppl.1) : 47-52.
- Bland JM, Altman DG, Statistical methods for assessing agreement between
two methods of clinical measurement. Lancet 1986 Feb 8;1(8476):307-10.
- Clarke WL, Cox D, Gonder-Frederick LA, Carter W, Pohl SL. Evaluating
clinical accuracy of systems for self-monitoring of blood glucose. Diabetes
Care 1987 Sep-Oct;10(5):622-8.
- The National Steering Committee for Quality Assurance in Capillary
Blood Glucose Monitoring: proposed strategies for reducing user error
in capillary blood glucose monitoring. Diabetes Care 1993, 16: 493-498.
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