
CORONAIRES
ET DIABETE
1995
Ph.PASSA, P.DROUIN, M.ISSA-SAYEGH, A.BLASCO, C.MASQUET, J.P.MONASSIER,
C.PAILLOLE
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus et validé par les membres
des conseils d'administration et scientifiques de l'ALFEDIAM
Le diabète est un facteur de risque indépendant et majeur de mortalité
cardiovasculaire essentiellement liée à la maladie coronaire qui représente
la cause majeure de décés prématurés chez les diabétiques insulino-dépendants
(DID) et les diabétiques non insulino-dépendants (DNID). Différentes études
ont montré que:
- Chez les DNID d'âge moyen, de sexe masculin, le risque de décès d'or
gine coronarienne est multiplié par 3 environ (1). Cette surmortalité
est retrouvée chez les sujets âgés de 65 à 75 ans, elle est encore plus
marquée chez les sujets de sexe féminin (2-3).
- L'ischémie myocardique silencieuse (IMS) est environ 2 fois plus fréquente
chez les diabétiques que dans la population générale, ceci explique la
relative fréquence des infarctus du myocarde indolores et l'incidence
élevée de la mort subite comme premières manifestations de la maladie
coronaire dans cette population (4).
- Après un infarctus du myocarde, la mortalité à 8 jours, à 1 mois et
à 1 an est chez les diabétiques environ le double de celle observée chez
les non diabétiques. Ces résultats sont retrouvés dans toutes les études
réalisées depuis 20 ans.
Compte-tenu de ces données, des progrès réalisés dans la détection non
invasive et invasive de la maladie coronaire, compte-tenu enfin de l'amélioration
des traitements médicaux et chirurgicaux de l'ischémie myocardique, il
semble souhaitable de revoir et discuter les modalités de la prise en
charge cardiologique des diabétiques, dans le but de réduire leur surmortalité
coronarienne.
Il faut cependant souligner d'emblée que cette prise en charge ne dépend
pas uniquement des diabétologues. Plus de 90 % des 1 500 000 DNID, traités
dans notre pays le sont exclusivement par un médecin généraliste. Lors
de la survenue d'une localisation de la maladie vasculaire, en particulier
coronaire, nombre de diabétiques sont suivis par un cardiologue. La communication
entre ces différents médecins est le plus souvent insuffisante voire inexistante.
LES DIFFERENTS ASPECTS CLINIOUES DE L'INSUFFISANCE
CORONAIRE CHEZ LES DIABETIQUES
Nous n'attendons pas qu'un diabétique se plaigne d'une baisse de l'acuité
visuelle pour demander un examen du fond d'oeil. Le raisonnement doit
être comparable pour le diagnostic d'insuffisance coronaire. Tous les
DNID devraient bénéficier, au moins une fois par an, d'un examen cardio-vasculaire
complet (comprenant un interrogatoire soigneux à la recherche d'éventuels
symptômes fonctionnels cardio-vasculaires) et d'un ECG de repos interprété
par un médecin compétent. Pour les DID ayant dépassé l'âge de 35 ans et/ou
ayant une durée d'évolution supérieure à 15 ans, les recommandations sont
identiques. Au terme de ce bilan annuel ou lors d'une consultation de
surveillance, différentes éventualités sont possibles :
A) Le patient est totalement asymptomatique et l'ECG de repos est normal
- c'est le cas le plus fréquent.
B) Il existe un angor d'effort stable avec ECG de repos normal ou pathologique.
C) Il existe un angor instable avec intrication de douleurs sténocardiques
au repos, au froid, au moindre effort.
D) Le patient est asymptomatique mais l'ECG révèle des troubles de la
repolarisation évocateurs d'une ischémie myocardique ou d'un infarctus
du myocarde indolore passé inaperçu.
E) II existe une symptomatologie thoracique atypique avec ou sans anomalies
électro- cardiographiques difficiles à interpréter, éventualité non exceptionnelle
chez les sujets de sexe féminin.
CONDUITE DE L'EXPLORATION CARDIOLOGIQUE DES
DIABETIQUES
A. Les diabétiques asymptomatiques avec ECG de repos normal
Il a été démontré chez des DID ayant plus de 20 ans de diabète et chez
des DNID quelque soit l'âge et la durée apparente de la maladie que des
lésions coronaires sévères pouvaient être observées malgré un examen clinique
et électrocardiographique normal au repos (5-6). Ces données ne doivent
pas faire proposer des investigations complémentaires à tous les diabétiques,
le coût financier serait prohibitif, le rendement faible et la réalisation
pratique impossible compte-tenu de l'importance de la population concernée.
L'expérience quotidienne et les données de la littérature permettent
de préciser parmi les diabétiques asymptomatiques ceux qui sont à haut
risque de maladie coronaire :
- les diabétiques ayant une artériopathie périphérique pour lesquels
la prévalence de l'insuffisance coronaire dépasse 50 % ;
- les DID et les DNID microalbuminuriques ou protéinuriques dont le risque
de mort cardio-vasculaire est multiplié par 3 par rapport aux diabétiques
normoalbuminuriques ;
- les diabétiques qui ont un ou plusieurs des facteurs de risque cardio-vasculaires
suivants : hypertension artérielle, dyslipidémie, tabagisme sévère et
ancien ;
- les diabétiques ayant un ou plusieurs proches parents décédés prématurément
de cause cardiovasculaire
- enfin les diabétiques âgés de plus de 65 ans et particulièrement ceux
de sexe féminin doivent également être considérés à haut risque de coronaropathie.
Chez tous ces diabétiques, le classique bilan périodique annuel, minimum,
est totalement insuffisant, il faut réaliser une exploration non invasive
de détection de la maladie coronaire.
L'épreuve d'effort (7-8) doit être proposée en première intention.
Elle est facilement réalisable dans de nombreuses structures, son coût
est modéré, 500 F. Les quelques études réalisées spécifiquement chez des
diabétiques ont montré qu'elle possédait une sensibilité et une spécificité
de l'ordre de 70 % et surtout une excellente valeur prédictive négative
de l'ordre de 85 %.
Cependant pour être interprétable, l'épreuve d'effort doit être maximale,
c'est à dire que la fréquence cardiaque du sujet doit atteindre la fréquence
maximale théorique : 220-âge. Elle doit être démaquillée, en l'absence
de contre-indication à l'arrêt des médicaments anti-ischémiques. Les dérivés
nitrés ou les antagonistes calciques de brève durée d'action ne doivent
pas être pris le jour de l'examen. Les antagonistes calciques de plus
longue durée d'action doivent être interrompus 48 heures avant l'épreuve
d'effort. Les bétabloquants doivent être diminués progressivement et cessés
pendant les 48 heures précédant l'examen. Il n'existe pas de consensus
sur la suppression éventuelle des IEC. Une épreuve d'effort positive permet
également d'apprécier la gravité de l'insuffisance coronaire en fonction
de la précocité d'apparition des anomalies électro- cardiographiques,
de leur étendue et de leur durée. Tout diabétique qui a une épreuve d'effort
indiscutablement positive doit bénéficier d'une coronarographie, a fortiori
si l'examen suggère une insuffisance coronaire sévère.
Quand l'épreuve d'effort maximale est négative il n'est pas nécessaire
d'envisager dans l'immédiat d'autre investigation. Il faut assurer un
bon contrôle glycémique. II faut corriger le mieux possible les facteurs
de risque cardio-vasculaires éventuellement associés : - maintien d'une
activité physique régulière, compatible avec l'âge et la condition physique,
- arrêt du tabac, - ramener les valeurs de P.A. au-dessous de 140/90 mmHg,
- normaliser les valeurs lipidiques: LDL cholestérol < 1,30 g/l, TG
< 1,50 g/l. Une épreuve d'effort négative chez un diabétique à haut
risque de maladie coronaire devra être refaite ultérieurement. En l'absence
de données sur ce point il apparait qu'un examen tous les 2 ans, semble
une recommandation raisonnable.
Une épreuve d'effort dont le résultat est douteux est en fait un examen
ininterprétable. C'est le cas notamment des épreuves d'effort réalisées
sous médicaments anti-ischémiques, des épreuves largement sous-maximales.
Pour les malades qui ne peuvent pas réaliser une épreuve d'effort maximale
démaquillée il faut proposer d'emblée une scintigraphie myocardique. Il
faut souligner néanmoins que nombre de diabétiques artéritiques peuvent
réaliser une épreuve d'effort maximale, en particulier cycloergométrique.
La scintigraphie myocardique au thallium (9-11) est un examen
qui n'est accessible que dans certains centres. Son prix varie selon les
techniques de 2 150 F à 3 200 F. La scintigraphie myocardique est couplée
à un test de provocation d'ischémie soit par l'effort, soit par perfusion
intraveineuse de Dipyridamole. Le traceur habituellement utilisé est le
Thallium 201 mais elle peut être aussi réalisée avec d'autres traceurs
de perfusion. La scintigraphie d'effort est accessible à la très grande
majorité des diabétiques et ne comporte pas de danger particulier. Elle
doit être maximale et si possible démaquillée.
La scintigraphie au Dipyridamole doit être réservée aux patients dont
le test de provocation d'effort est impossible ou ininterprétable. Elle
est contre-indiquée en cas d'antécédent asthmatique ou d'insuffisance
respiratoire avec composante spastique ainsi qu'en cas de sténose carotidienne
très serrée. Elle comporte les mêmes contre-indications cardiaques que
l'épreuve d'effort.
Certaines équipes recommandent actuellement la réalisation de la scintigraphie
après association Dipyridamole suivie d'un effort plus ou moins important.
Les résultats de cette technique ne sont pas encore clairement évalués.
La scintigraphie sera envisagée de première intention:
a) couplée à une épreuve d'effort lorsque l'épreuve d'effort seule risque
d'être ininterprétable en raison d'anomalies électrocardiographiques basales
importantes: hypertrophie ventriculaire gauche, traitement digitalique,
syndrome de préexcitation, troubles de la repolarisation ;
b) couplée à une perfusion de Dipyridamole:
1. lorsque l'épreuve d'effort maximale est impossible: grande obésité,
amputation, HTA sévère, très faible capacité physique,
2. lorsqu'il existe un trouble de conduction intra-ventriculaire (BBG,
BBD bloc bi-fasciculaire), un pace maker.
Les résultats de la scintigraphie myocardique sont dépendants de l'expérience
du médecin réalisant l'examen. La sensibilité et la spécificité de la
scintigraphie myocardique sont identiques quelque soit le test de provocation
utilisé. Elles sont supérieures à celles de l'épreuve d'effort seule et
le bénéfice global est d'environ 10 à 15 %. Quelques faux positifs peuvent
être observés au niveau du territoire inférieur mais leur nombre peut
être réduit par l'acquisition de données tomoscintigraphiques en décubitus
ventral ce qui devrait être la règle chez le sujet de sexe masculin. Une
scintigraphie peut être normale en présence d'une maladie coronaire (faux
négatif). Néanmoins, si celle-ci est sévère il existe en général des signes
de positivité et de gravité à l'épreuve d'effort qui permettent de rétablir
le diagnostic. Celui-ci peut également être aidé par des signes scintigraphiques
indirects.
La scintigraphie myocardique au thallium après Dipyridamole ou mieux
couplée à l'épreuve d'effort maximale permet de porter le diagnostic d'insuffisance
coronaire, de préciser le nombre et la localisation des territoires ischémiques
ainsi que la sévérité de l'ischémie.
En cas de scintigraphie myocardique positive chez un diabétique, il faut
faire pratiquer une coronarographie.
En cas de scintigraphie myocardique négative la conduite à tenir est
la même qu'après une épreuve d'effort négative. En l'absence d'une part
d'événements nouveaux et d'autre part de données documentées sur ce point
une nouvelle scintigraphie pourrait être réalisée dans un délai de 3 à
5 ans.
Chez les diabétiques asymptomatiques avec ECG de repos normal l'enregistrement
holter de 24 heures en ambulatoire est sans intérêt pour le diagnostic
d'IMS car sa sensibilité est faible de l'ordre de 30%.
An total, chez un diabétique asymptomatique, à haut risque de maladie
coronaire, la positivité indiscutable de l'épreuve d'effort ou de la scintigraphie
myocardique doit faire poser l'indication d'une coronarographie dans le
but de détecter une ou plusieurs lésions coronariennes significatives
dont le traitmeent permettra d'améliorer le pronostic vital, nous y reviendrons.
La coronarographie (12-14) demeure l'examen de référence pour:
- affirmer le diagnostic de maladie coronaire
- apprécier le nombre et le siège des sténoses hémodynamiquement significatives
(supérieures ou égales à 70 % sur les troncs coronaires épicardiques,
à 50 % au niveau du tronc commun de la coronaire gauche), c'est-à-dire
la sévérité et la diffusion des lésions
- apprécier la qualité du lit d'aval
- apprécier la cinétique segmentaire et la fonction ventriculaire gauche
globale.
Cet examen invasif comporte un risque vital ou d'accident grave de l'ordre
de 0.1% même dans les centres les plus expérimentés. Sa réalisation chez
un diabétique ne comporte pas de risque particulier à la condition que
soient respectées certaines précautions simples mais indispensables:
- avant l'examen : arrêt pendant 3 jours des biguanides, remplissage vasculaire
pendant 48 heures par l'ingestion quotidienne de 1 000 ml d'eau de Vichy,
ou la perfusion de 500 ml de sérum bicarbonaté avant l'examen
- chez les malades ayant une insuffisance rénale sévère : clairance de
la créatinine inférieure à 30 ml/min, il faut réduire aau maximum la quantité
de produit de contraste iodé injecté et disposer de la possibilité éventuelle
de réaliser une séance d'hémodialyse au décours immédiat de la coronarographie.
B.Les diabétiques avec angor stable
Il s'agit d'un diagnostic clinique. Le sujet se plaint de douleurs sténocardiques
typiques ou moins typiques survenant uniquement à l'effort. La conduite
à tenir n'est pas différente chez le diabétique et chez le non diabétique.
L'épreuve d'effort maximale, démaquillée, confirme le diagnostic de maladie
coronaire et permet d'apprécier sa sévérité, et dès lors 2 attitudes sont
possibles:
- soit traitement médical en ayant recours à des médicaments anti-ischémiques
comme les bétabloquants cardio-sélectifs et/ou les antagonistes calciques:
. si le malade sous traitement est asymptomatique, poursuite du traitement
médical après réévaluation de l'effet anti-ischémique par une nouvelle
épreuve d'effort sous traitement.
. si le malade demeure symptomatique sous traitement médical, réalisation
d'une coronarographie.
- soit coronarographie d'emblée. Cette deuxième attitude est peut-être
plus légitime chez un diabétique dont on sait que les lésions coronaires
sont souvent plus nombreuses et plus diffuses - volontiers pluri-tronculaires.
Elle est également préférable si l'épreuve d'effort est en faveur d'une
insuffisance coronaire sévère.
C. Les diabétiques avec angor instable
Le diabétique qui a des douleurs thoraciques de plus en plus fréquentes
au repos, au moindre effort, au froid et dont l'ECG de repos se modifie,
ou un tableau clinique suspect d'infarctus du myocarde aigu, doit être
hospitalisé d'urgence dans un centre de soins intensifs pour coronariens.
Il entrera alors dans une filière cardiologique habituelle conduisant
le plus souvent après un traitement médical initial à un examen coronaro-ventriculographique
et à une éventuelle décision de revascularisation. Chez ces malades il
ne faut pas réaliser d'exploration non invasive en ambulatoire.
D. Les diabétiques qui ont fait un infarctus du myocarde indolore
ou qui ont des anomalies électrocardiographiques très évocatrices d'une
ischémie myocardique (découvertes lors d'un examen systématique)
- En l'absence de résultats d'études réalisées spécifiquement chez des
diabétiques, il est légitime de recommander les 2 attitudes adoptées par
la communauté cardiologique:
- soit coronarographie d'emblée,
- soit scintigraphie myocardique d'effort précédant la coronarographie
qui ne sera réalisée qu'en cas d'ischémie myocardique étendue ou péri
nécrotique résiduelle.
E. Les diabétiques (surtout de sexe féminin) avec symptomatologie
clinique atypique et anomalies électriques compatibles avec une
ischémie myocardique, le tracé n'est pas formellement évocateur d'insuffisance
coronaire.
I)ans la population générale, le diagnostic clinique d'insuffisance coronaire
est souvent porté en excès chez la femme. Les diabétiques de sexe féminin
ont une incidence de maladie coronaire significativement augmentée par
rapport aux femmes non diabétiques de même âge. Les femmes réalisent moins
souvent que les hommes une épreuve d'effort maximale.Chez une femme diabétique
« suspecte » d'insuffisance coronaire il est légitime de proposer une
scintigraphie myocardique.
LE TRAITEMENT DU DIABETIQUE CORONARIEN
Faire le diagnostic d'insuffisance coronaire chez un diabétique implique
la mise en oeuvre d'un traitement.
A.Les traitements à visée cardiologique
1. La revascularisation myocardique -
Différentes études ont montré que les diabétiques bénéficiaient d'une
revascularisation myocardique avec des résultats comparables à ceux obtenus
chez les coronariens non diabétiques (13,15). Les indications et les modalités
de la revascularisation myocardique : pontage chirurgical ou angioplastie
sont du domaine des cardiologues, elles doivent être discutées en fonction
de chaque tableau clinique et du bilan coronarographique. Il existe des
indications formelles de revascularisation myocardique chirurgicale :
1) les malades porteurs d'une lésion du tronc commun de la coronaire
gauche (qui sont à haut risque de mort subite),
2) les patients avec des lésions tritronculaires et dysfonction ventriculaire
gauche.
3) les patients tritronculaires avec fonction ventriculaire gauche normale,
4) les patients bitronculaires avec lésion proximale de l'artère interventriculaire
antérieure,
5) les malades avec un angor instable malgré un traitement médical bien
conduit.
Dans tous ces cas il a été montré dans la population générale des coronariens,
que par rapport au traitement médical, la revascularisation myocardique
améliorait l'espérance de vie et réduisait à terme le nombre d'événements
coronariens (Revue in 16). Trois études chez des diabétiques ont montré
que les survies actuarielles étaient améliorées par la revascularisation
myocardique comparée au traitement médical (13, 17-18).
Chez les malades symptomatiques ou asymptomatiques avec lésion monotronculaire
ou lésions bitronculaires et une fonction ventriculaire gauche normale,
il n'a pas été démontré d'amélioration de l'espérance de vie après revascularisation
myocardique. Les malades qui continuent de souffrir après un traitement
médical bien conduit peuvent bénéficier d'une revascularisation myocardique.
L'angioplastie chez les diabétiques est souvent difficile, parfois contre-indiquée
en raison de la fréquence des occlusions chroniques et de la complexité
de l'atteinte anatomique souvent calcifiée. Le diabète apparait comme
un facteur de risque de re-sténose précoce après angioplastie.
2. Le traitement médical à visée cardiologique
Chez les diabétiques qui ne sont pas revascularisables en raison en particulier
de la diffusion et de la sévérité des lésions à prédominance distale et
chez les diabétiques qui ne sont pas à revasculariser, il faut recourir
à un traitement anti-ischémique avec les mêmes indications que chez les
sujets non diabétiques. Béta-bloquants, antagonistes calciques, dérivés
nitrés sont les plus utilisés. Au stade de coronaropathie sévère, les
effets métaboliques indésirables des béta-bloquants (diminution de la
sensibilité à l'insuline, perturbations du métabolisme des lipoprotéines)
sont contingents et peuvent être négligés. En revanche la modification
des symptômes d'alerte à l'hypoglycémie (suppression des palpitations
... ) devra être enseignée au malade et les mesures préventives adéquates
mises en oeuvre par le diabétologue.
L'aspirine à faibles doses apparaît également bénéfique en prévention
secondaire de la maladie coronaire (et d'autres localisations de l'angiopathie
diabétique), elle est trop rarement utilisée.
A la phase aiguë de l'infarctus du myocarde les thrombolytiques et les
anticoagulants peuvent être utilisés avec les mêmes indications que chez
les non diabétiques. Ils ne sont formellement contre-indiqués que chez
les diabétiques ayant une rétinopathie diabétique proliférative documentée
et non traitée avec antécédents d'hémorragies en particulier intra-vitréennes.
En cas de contre-indication formelle à un traitement thrombolytique, le
diabétique pourra être confié à une équipe capable de réaliser une angioplastie
coronaire en urgence.
En centre de soins intensifs pour coronariens, pour contrôler l'hyperglycémie,
l'infusion continue d'insuline par voie intraveineuse ou sous-cutanée,
avec un débit adapté en fonction des résultats des glycémies capillaires,
est le moyen le plus sûr pour éviter la survenue d'hypoglycémies, mal
supportées par le myocarde anoxique et facteurs d'hyperexcitabilité ventriculaire.
Au décours de l'infarctus du myocarde, les béta-bloquants ont fait la
preuve de leur efficacité en matière de prévention secondaire chez les
diabétiques (19).
B. Le traitement diabétologique et des autres facteurs de risque
cardio-vasculaire
Lorsque cela est possible, il est toujours préférable de préparer les
diabétiques qui doivent bénéficier d'une revascularisation myocardique
chirurgicale. En cas d'obésité sévère, mise en oeuvre d'un régime hypocalorique
pour obtenir la perte de quelques kilos, traitement d'une insuffisance
ventilatoire. Il est frappant de constater combien les diabétiques coronariens
adhèrent aux conseils diététiques, souvent négligés pendant de longues
années avant le diagnostic de coronaropathie.
Chez tous les diabétiques coronariens, le maintien d'un équilibre glycémique
correct est souhaitable grâce au régime et aux médications antidiabétiques.
- Chez les diabétiques insulino traités il faut cependant se méfier des
traitements insuliniques intensifiés, facteurs inéluctables d'hypoglycémies.
Une reprise de l'éducation et la redéfinition d'objectifs glycémiques
personnalisés doivent être en oeuvre.
- Chez les diabétiques sous traitement oral, il est préférable d'arrêter
les biguanides, la mise sous insuline peut se discuter en cas d'hyperglycémie
inacceptable sous traitement oral mais dans ces cas également il faut
éviter les hypoglycémies.
La correction des autres facteurs de risque cardiovasculaires est indispensable
:
- arrêt impératif du tabac, si ce n'est déjà fait,
- en cas de pression artérielle supérieure à 140/90 mmHg chez les sujets
de moins de 60 ans, 160/90 chez les sujets plus âgés, mise en oeuvre d'un
traitement antihypertenseur privilégiant le recours aux bêtabloquants
cardiosélectifs, aux antagonistes calciques et aux inhibiteurs de l'enzyme
de conversion,
- en cas de dyslipidémie, régime et médications hypolipidémiantes visant
à normaliser à la fois les triglycérides et le LDL cholestérol.
CONCLUSION
La maladie coronaire est devenue un problème majeur en diabétologie,
du fait des progrès accomplis dans la prévention des accidents métaboliques
aigus, comas hypoglycénùques et acido-cétoses et surtout du fait du vieillissement
des diabétiques. Dans cette population nous avons réussi à réduire significativement
l'incidence des handicaps visuels, des accidents vasculaires cérébraux,
des amputations, nous savons retarder pendant de nombreuses années le
stade de l'insuffisance rénale terminale. Notre bilan est beaucoup moins
positif en ce qui concerne la maladie coronaire. De trop nombreux diabétiques,
régulièrement suivis par un médecin spécialiste ou généraliste décèdent
prématurément, subitement ou au décours d'un infarctus du myocarde. Il
faut totalement revoir la prise en charge cardio-vasculaire des diabétiques.
Puissent ces recommandations nous aider à établir avec les cardiologues,
une coopération, habituellement totalement absente. Dans ce contexte,
apparaît très souhaitable et urgente la mise en place de structures de
Cardio-Diabétologie sur le modèle des unités d'Ophtalmo-Diabétologie qui
ont représenté un progrès décisif dans la prévention des handicaps visuels
chez les diabétiques. Il semble également évident qu'il faut encourager
la recherche en Cardio-Diabétologie, la mise en oeuvre d'études coopératives
entre ces deux disciplines. N'oublions pas que 70 % environ des diabétiques
décéderont d'une affection cardio-vasculaire et qu'environ 30 % des malades
traités dans un centre de soins intensifs cardiologiques sont diabétiques.
L'ALFEDIAM et la Société Française de Cardiologie devraient pouvoir conjuguer
leurs efforts pour encourager une recherche clinique de qualité sur les
sujets suivants (la liste n'étant pas exhaustive):
- les raisons de la surmortalité des diabétiques après infarctus du myocarde
;
- les effets du contrôle de l'hyperglycémie et des différents facteurs
de risque cardio-vasculaires associés en prévention primaire et secondaire
;
- le rapport coût-bénéfice de différentes modalités de prise en charge
des diabétiques coronariens
- le développement de programmes éducatifs spécifiques des diabétiques
coronariens.
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