
GROSSESSE
ET CONTRACEPTION CHEZ LA FEMME DIABETIQUE. DIABETE GESTATIONNEL.
1996
Recommandations de l'ALFEDIAM
V. Lassmann-Vague, A. Basdevant, G. Cathelineau, P. Fenichel, D. Laborde,
D. Mouroux, M. Pinget, C. Tchobroutsky, D. Unal, A. Vambergue.
La grossesse chez la femme diabétique comporte plus de risques que la
grossesse normale. Ils engagent l'avenir à long terme de la mère et surtout
de l'enfant. Ces risques sont connus, et les moyens de les réduire également.
De nombreuses études ont clairement démontré que le pronostic de la grossesse
est lié au degré de contrôle glycémique depuis la conception jusqu'à l'accouchement,
à la précocité et à la qualité de la prise en charge médicale pluridisciplinaire
pendant toute la grossesse. Or pendant la grossesse, parce que la femme
diabétique est motivée, parce que le traitement est intensifié, parce
que la surveillance est rapprochée, le diabète peut être très bien équilibré.
Il importe donc que toutes les femmes diabétiques enceintes puissent bénéficier
d'un environnement médical optimal en particulier aux plans obstétrical
et néonatal. Ceci suppose:
- un diabétologue et une équipe (infirmières, diététicienne) disponibles,
formés et motivés.
- un obstétricien, des sages-femmes, ayant l'habitude des grossesses chez
les femmes diabétiques.
- une maternité comportant en permanence un pédiatre néonatologiste.
Chacun doit être conscient de la nécessité de dépasser sa spécialité
pour former une équipe multidisciplinaire, coordonnée, autour de la femme
diabétique qui est elle aussi un des acteurs garants de la réussite de
cette grossesse.
Sur un plan d'organisation de la santé, toute femme diabétique doit avoir
pendant sa grossesse les moyens d'accéder à cet environnement médical
optimal. Parmi les paramètres de la surveillance du diabète, le dosage
de l'hémoglobine glyquée est capital. Un dosage fiable (HPLC ou microcolonnes),
rapide, remboursé doit être disponible pour chaque consultation. Le suivi
obstétrical, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né nécessitent
que toute femme diabétique soit suivie dans une maternité adaptée au suivi
des grossesses à risque. Si une telle maternité n'existe pas dans l'environnement
géographique immédiat, il est justifié que les transports et le séjour
de la femme diabétique dans une maternité de ce type, plus éloignée soient
organisés et pris en charge.
Le diabète gestationnel est un réel problème de santé publique. La glycosurie
est en France le seul examen obligatoire. Or cet examen est peu spécifique.
Une stratégie de dépistage fiable, sensible et universelle ainsi qu'une
prise en charge rapidement instituée sont justifiées par les risque inhérents
à cette pathologie. Le groupe d'experts a décidé de proposer une solution
consensuelle tenant comtre des données scientifiques et des contraintes
pratiques et économiques.
Dans ces recommandations concernant la grossesse chez les femmes diabétiques,
nous aborderons
- les risques de cette grossesse
- la prise en charge par le diabétologue
- la contraception, parce qu'elle est la clef d'une grossesse bien programmée.
La prise en charge obstétricale ainsi que celle de l'enfant de mère diabétique
font l'objet de deux chapitres destinés au diabétologue, afin de lui apporter
toutes les connaissances nécessaires à une bonne collaboration dans l'équipe
médicale multidisciplinaire. Enfin, nous exposerons la stratégie consensuelle
de dépistage et de prise en charge du diabète gestationnel.
RISQUES DE LA GROSSESSE
CHEZ LA FEMME DIABETIQUE
La grossesse chez une femme diabétique représente un risque potentiel
aussi bien pour la mère que pour l'enfant. Bien que l'on assiste ces dernières
années à une régression spectaculaire de la mortalité et de la morbidité
foetale, elle n'en demeure pas moins une grossesse à haut risque, nécessitant
une normalisation glycémique de la période pré-conceptionnelle à l'accouchement
et un suivi rigoureux par des équipes multidisciplinaires ayant l'habitude
de collaborer dans ce domaine.
Les risques sont ceux du retentissement de la grossesse sur le diabète
déstabilisé, du diabète sur la grossesse, favorisant les infections urinaires
et la toxémie gravidique, de l'embryo-foetopathie diabétique liée aux
désordres métaboliques maternels. Les risques de survenue d'une souffrance
foetale chronique voire aiguë, sont liés à la fois à l'état vasculaire
maternel et aux désordres métaboliques.
Le pronostic de la grossesse est essentiellement lié à l'équilibre glycémique
et à l'existence ou non d'une hypertension artérielle chez la mère.
LE RISQUE MATERNEL
L'instabilité métabolique
Afin d'assurer les besoins nutritionnels du foetus, la femme enceinte
est soumise à des bouleversements métaboliques et hormonaux qui contribuent
à favoriser la mise en réserve de glycogène et des lipides lors du premier
trimestre (anabolisme facilité), et l'utilisation des substrats (glucose,
acides gras libres, acides aminés) vers l'enfant à partir de la deuxième
partie de la grossesse (" catabolisme privilégié "). Le premier
trimestre se caractérise donc par une tendance aux hypoglycémies de jeûne,
alors que s'installe progressivement à partir du deuxième trimestre une
altération de la sensibilité à l'insuline, ce qui explique d'une part,
le déclenchement du diabète gestationnel à partir de la fin du deuxième
trimestre sur des terrains prédisposés, et la nécessité d'augmenter régulièrement
les doses d'insuline chez les diabétiques insulino-traitées. L'instabilité
glycémique avec risque d'acidocétose caractérise donc le troisième trimestre,
instabilité encore plus grande lors de l'accouchement. Par contre les
besoins en insuline chutent brutalement, de l'ordre de 30 % lors de la
délivrance, exposant au risque d'hypoglycémie maternelle.
Les complications dégénératives
La grossesse augmente théoriquement le risque de survenue, voire d'apparition
d'une rétinopathie. Mais l'on sait aujourd'hui sur le plan pratique qu'en
cas d'absence de rétinopathie proliférative, les conséquences sont minimes,
et qu'en cas de rétinopathie proliférative ou pré-proliférative, une pan-photocoagulation
avant ou au début de la grossesse limite ce risque, et que seule la rétinopathie
proliférative floride représente une contre-indication réelle au maintien
de la grossesse. La grossesse ne semble pas par contre accélérer à long
terme l'évolution de la néphropathie diabétique. Celle-ci expose quant
à elle au risque lié à toute hypertension pendant la grossesse. Elle doit
être différenciée de la toxémie gravidique. Par contre, une coronaropathie
fera contre-indiquer la grossesse.
Les répercussions du diabète sur la grossesse
La bactériémie asymptomatique est fréquente. Les infections urinaires,
qui prennent parfois des formes bruyantes (pyélonéphrite), et l'hydramnios
souvent associé à la macrosomie et/ou à des malformations, favorisent
la survenue de menaces d'accouchement prématuré. La toxémie gravidique,
qui survient même en l'absence de néphropathie diabétique expose le foetus
à une souffrance chronique cause d'hypotrophie, voir à une souffrance
aiguë imposant une extraction prématurée. Elle constitue aujourd'hui le
principal facteur pronostique de la grossesse diabétique. Enfin l'existence
d'une néphropathie diabétique patente en début de grossesse augmente le
risque de pré-éclampsie et le taux de césarienne.
LE RISQUE FOETAL
Il est lié à la fois aux facteurs métaboliques et aux facteurs vasculaires.
L'embryo-foetopathie diabétique regroupe les conséquences sur le conceptus
de désordres métaboliques liés au diabète. Elle concerne aussi l'organogénèse,
la croissance et la vitalité foetale.
Les malformations
Plus fréquentes lors de la grossesse diabétique, elles sont corrélées
à l'effet tératogène des désordres métaboliques dominés par l'hyperglycémie
maternelle, présents lors des huit premières semaines de grossesse. La
fréquence de ces malformations dépend essentiellement de la qualité de
l'équilibre glycémique de cette période. En moyenne, le risque de malformations
est inférieur à 15 %, le risque de malformations graves et/ou multiples
étant inférieur à 4 à 10 % (2,1 % dans la population générale).
Elles touchent surtout l'appareil cardio-vasculaire, le système nerveux
central, le squelette et l'appareil uro-génital. Les formes létales représentent
la moitié de la mortalité périnatale. La prise en charge et l'équilibration
glycémique dès la période pré et péri conceptionnelle représentent la
seule manière efficace de les prévenir, le risque de malformation étant
ramené à celui de la population générale si l'équilibre glycémique est
normalisé dès la conception.
Les avortements spontanés
Ils pourraient être plus fréquents lors des grossesses diabétiques mal
équilibrées. Une partie d'entre eux sont liés à des malformations léthales.
La souffrance foetale chronique
Le foetus est soumis à deux types de souffrances possibles :
- des désordres métaboliques comprenant hyperglycémie, cétose voire acidocétose.
- une toxémie gravidique qui représente la principale cause de souffrance
foetale chronique.
La macrosomie
La macrosomie est la caractéristique la plus fréquente rapportée chez
le nouveau-né de mère diabétique. Elle est consécutive à l'hyperinsulinisme
foetal lié à l'hyperglycémie maternelle. Elle se traduit par une obésité
et une spanchnomégalie. Il est nécessaire de distinguer les formes majeures,
graves par leurs conséquences métaboliques, cardio-vasculaires (hypertrophie
du septum interventriculaire) et obstétricales (dystocie des épaules).
Sa persistance sous forme modérée lors de grossesse diabétique équilibrée
de façon stricte sur le plan métabolique, illustre la difficulté d'obtenir
une normo-glycémie mais ne constitue pas dans ce cas un facteur pronostic
péjoratif.
L'hypotrophie foetale
L'hypotrophie est plus fréquente chez les nouveaux nés de mère diabétique,
surtout si la mère présente des anomalies vasculaires ou une néphropathie.
La prématurité
Elle est la source la plus importante de morbidité. Le risque de prématurité
dépend de l'état vasculaire de la mère, et surtout de l'existence d'une
hypertension artérielle (risque multiplié par 5). La prématurité est parfois
encore iatrogène. Elle est associée à toutes les autres formes de morbidité.
Les détresses respiratoires
Elles sont plus fréquentes chez les nouveau-nés de mère diabétique, vraisemblablement
liées à un retard de maturation du surfactant pulmonaire, du fait de l'hyperinsulinisme
foetal et la prématurité. Ce problème doit être pris en compte lors de
la programmation de l'accouchement. Il peut s'agir aussi de formes plus
bénignes de tachypnée transitoire.
Les troubles métaboliques néo-nataux
Ils sont représentés essentiellement par les hypoglycémies néonatales,
d'autant plus importantes qu' a existé un hyperinsulinisme foetal, et
que le diabète a été mal équilibré dans les heures et jours qui ont précédé
l'accouchement. D'autres troubles métaboliques peuvent être constatés
comme une hyperbilirubinémie, une hypocalcémie, une polyglobulie ou une
hyperviscosité sanguine.
Les troubles du développement psychomoteur
Le développement du système nerveux central lors du deuxième trimestre
de la grossesse peut être perturbé par les désordres métaboliques et plus
particulièrement la cétose. Un certain nombre de troubles du développement
psychomoteur ont été rapportés à long terme chez les enfants nés de mère
diabétique. Mais il est difficile d'en affirmer objectivement l'origine.
L'existence d'une néphropathie patente chez la mère semble en augmenter
la fréquence.
La mortalité périnatale
La mortalité périnatale a considérablement diminué durant la grossesse
diabétique. Si la mortalité maternelle n'est pas différente dans notre
pays de celle observée lors d'une grossesse normale le foetus reste soumis
à un risque de mort foetale in utéro, en fonction de la gravité des désordres
métaboliques ou de l'état vasculaire maternel préexistant à la grossesse.
La mort est à mettre dans certain cas sur le compte des malformations
létales. Elle peut être aussi d'origine métabolique par cétose massive
ou acidocétose avec passage transplacentaire des corps cétoniques. Dans
une partie des cas, la cause est inconnue. La survenue, au troisième trimestre,
d'une souffrance foetale aiguë liée à un accès d'éclampsie impose une
extraction en urgence, qui majore le risque de complications respiratoires
liées à la prématurité.
Au total, en dehors de complications dégénératives très sévères
(rétinopathie floride, néphropathie avancée avec insuffisance rénale et
HTA sévère, coronaropathie ) la grossesse n'est pas contre-indiquée chez
la femme diabétique. Elle expose néanmoins le foetus à des risques importants
en rapport soit avec les désordres métaboliques maternels, soit avec la
toxémie gravidique. L'obtention d'un strict contrôle métabolique depuis
la période pré-conceptionnelle jusqu'à l'accouchement, permet de diminuer
le premier type de risque. Une surveillance rigoureuse et pluridisciplinaire
dans un centre spécialisé permet de réduire le risque vasculaire.
LA PRISE EN CHARGE DIABETOLOGIQUE
Le diabétologue a la lourde responsabilité de prendre en charge la femme
diabétique afin que l'équilibre métabolique de celle-ci soit optimal (aussi
proche que possible de la normoglycémie), du projet de grossesse jusqu'à
l'accouchement. Il est aussi le pivot autour duquel doit s'articuler toute
l'équipe multidisciplinaire (qui comporte outre le diabétologue, le médecin
traitant, l'obstétricien, le pédiatre néonatologiste, l'infirmière spécialisée
en diabétologie, la diététicienne, la sage-femme) qui va garantir la qualité
de l'environnement médical de la mère diabétique et de son futur enfant.
LES CIRCONSTANCES
DE LA PRISE EN CHARGE
Plusieurs situations peuvent se présenter et modifier les conditions
de la prise en charge diabétologique :
- Il s'agit d'une femme ayant un diabète de type 1, insulino-dépendant.
* Le diabétologue suit la jeune diabétique depuis de nombreuses années
et il lui appartient d'informer celle-ci des problèmes liés à la survenue
d'une grossesse et des moyens de permettre le déroulement satisfaisant
de celle-ci. Cette information doit être fournie très progressivement
dès l'entrée dans l'âge adulte et va de pair avec une contraception efficace.
* La jeune femme consulte pour la première fois car elle souhaite mettre
en route une grossesse dans les meilleures conditions. L'entretien initial
entre le couple et le diabétologue est alors essentiel pour fournir ces
informations et établir le contrat qui définit clairement les " droits
et devoirs " du couple et de l'équipe médicale pour le déroulement
optimal de la grossesse.
* La femme diabétique consulte alors que la grossesse a déjà débuté.
- La patiente présente, situation plus inhabituelle, un diabète de
type II, non insulino-dépendant, antérieurement connu. Dans ce cas
il importera soit avant la grossesse (idéalement) soit dès le diagnostic
d'état gravide de relayer le traitement antérieur par une insulinothéraphie
et de considérer la patiente comme une diabétique insulinodépendante,
en attachant toutefois une attention particulière à l'évolution pondérale.
Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pendant la grossesse. Le
cas du diabète non insulino-dépendant non connu avant la grossesse, sera
évoqué dans le chapitre du diabète gestationnel.
LES MODALITES PRATIQUES
DE L'ACTION DU DIABETOLOGUE
En pratique le diabétologue devra évaluer le risque médical de la grossesse,
définir avec la patiente les modalités du traitement insulinique et sa
surveillance, analyser les éléments morbides associés susceptibles de
nuire au bon déroulement de la grossesse, enfin être prêt à intervenir
chaque fois qu'un événement intercurrent rend plus aléatoire l'équilibre
du diabète et tout particulièrement au moment de l'accouchement.
Le risque médical de la grossesse
Il est habituellement évalué lorsque la femme est prise en charge avant
la gestation et constitue l'élément essentiel de la programmation de la
grossesse. Il doit prendre en compte les facteurs qui peuvent s'opposer
à un strict contrôle glycémique tout au long de la grossesse ou signifier
l'existence d'un risque maternel sévère en cas de grossesse. Il sera jugé
en fonction de :
-L'âge de la patiente (idéalement inférieur à 30 ans pour une nullipare
et 35 ans pour une femme ayant déjà accouchée).
-L'existence d'un tabagisme
-Le statut ophtalmologique : une angiofluographie récente ( datant de
moins de 6 mois ) doit s'assurer de l'absence d'ischémie rétinienne ou
de l'efficacité d'une panphotocoagulation rétinienne au laser complète
en cas de rétinopathie proliférante.
-La fonction rénale par la recherche d'une microalbuminurie ou d'une protéinurie
et la mesure de la clairance de la créatinine. Une néphropathie sévère
avec hypertension artérielle rend très aléatoire la poursuite de la grossesse.
L'existence d'une hypertension artérielle, même modérée, constitue le
principal risque associé au diabète.
-L'état coronarien : l'existence d'une maladie coronarienne sévère constitue
la seule contre-indication absolue à une grossesse, cette dernière pouvant
conduire à la mort maternelle.
-L'équilibre du diabète : apprécié sur le carnet de glycémies capillaires
et le taux d'hémoglobine glyquée.
Le diabétologue devra évaluer également le contexte socio-familial dans
lequel débutera la grossesse et la réelle motivation de la jeune femme
et de son entourage.
Lorsque ce bilan initial est réalisé alors que la grossesse a déjà débuté
et que les conditions maternelles apparaissent préoccupantes, peut se
poser le problème de l'interruption de grossesse. Cette décision ne peut
être que le fait de la diabétique, dûment informée par le diabétologue
de l'existence d'un risque foetal certain, en général modeste, directement
corrélé au taux d'hémoglobine glyquée mesuré dans les toutes premières
semaines de la grossesse.
L'autocontrôle du diabète
Il s'appuiera sur les mêmes principes thérapeutiques, du projet de grossesse
à la délivrance. Il s'agit d'une insulinothérapie optimisée et d'une autosurveillance
glycémique intensifiée, associées à un régime alimentaire adapté.
L'insulinothérapie optimisée est la seule arme thérapeutique envisageable
et consistera soit en un traitement par multi-injections quotidiennes
d'insuline humaine ( une injection d'insuline d'action rapide avant chaque
repas et une ou plusieurs injections d'insuline d'action plus ou moins
prolongée permettant un schéma " basal-bolus " ), soit en un
traitement par pompe à insuline portable infusant l'insuline par voie
sous-cutanée. Ce dernier mode thérapeutique ne sera utilisé qu'en cas
d'échec du traitement par injections car il comporte un risque non négligeable
d'acidocétose en cas d'arrêt brutal de la perfusion : l'acidose ainsi
générée peut entraîner la mort du foetus.
L'adaptation de ce traitement fait appel en tout premier à des contrôles
pluriquotidiens de glycémie capillaire. Six contrôles glycémiques sont
nécessaires chaque jour, dont 3 préprandiaux et 3 postprandiaux. Des contrôles
plus fréquents, notamment nocturnes, peuvent être souhaitables. Il importe
aussi de procéder à la recherche au moins une fois par jour (le matin)
de la présence d'acétone dans les urines. La recherche d'une acétonurie
doit être plus fréquente ( au moins matin et soir ) en cas de traitement
par pompe car elle constitue la meilleure prévention de l'acidocétose
par arrêt de perfusion. Toute acétonurie massive ou répétée, surtout en
deuxième partie de grossesse, doit être rapidement corrigée. Elle ne sera
pas confondue avec une " petite " acétonurie de jeûne. Un dosage
de l'HbA1c et éventuellement de l'index de fructosamine est réalisé à
chaque visite (en moyenne tous les mois) et doit se situer dans la zone
de normalité du dosage. Le médecin doit connaître la méthode utilisée
par le laboratoire pour déterminer le taux d'hémoglobine glyquée. La technique
électrophorétique ne garantit pas la fiabilité du résultat, alors que
le dosages par HPLC ou chromatographie sur microcolonne (avec une limite
supérieure de normalité inférieure ou égale à 6 % ) sont tout à fait performants,
pouvant être effectués à partir de prélèvements veineux ou capillaires
(appareil DCA 2000 - Bayer Ames). L'association d'un taux normal d'HbA1C
à des glycémies capillaires inférieures à 100 mg/dl en préprandial (idéalement
60-90 mg/l ) et à 140 mg/dl en postprandial ( idéalement 100- 120 mg/dl
) caractérise le bon équilibre souhaitable en cours de grossesse.
Le régime alimentaire de la femme diabétique enceinte est aussi adapté
afin de faciliter l'équilibre glycémique, de réduire au maximum la lipolyse
génératrice de corps cétoniques et d'assurer les apports énergétiques
souhaitables: 1800 à 2000 Kcal/jour répartis en au moins quatre prises
quotidiennes (en général six), dont une souhaitable au coucher pour réduire
la période de jeûne nocturne. Ce n'est qu'en cas d'obésité importante
(essentiellement chez la femme porteuse d'un diabète non insulino-dépendant)
que l'on pourra envisager une réduction plus importante des apports caloriques
(sans descendre sous le seuil de 1500 Kcal/24 heures).
L'essentiel de cette prise en charge est ambulatoire, assurée par la
patiente (et son entourage immédiat) en liaison avec le médecin traitant
et le diabétologue.
La surveillance médicale assurée par le diabétologue
Elle a deux rôles essentiels:
-Garantir la qualité du contrôle du diabète
-S'assurer de l'intervention efficace et au moment approprié des autres
spécialistes impliqués dans la prise en charge de la femme diabétique.
Le diabétologue réalisera mensuellement un examen clinique à minima (TA
en position assise aux deux bras, recherche d'oedèmes des membres inférieurs,
évolution pondérale notamment ), demandera un dosage de l'HbA1c et de
l'uricémie et fera pratiquer un ECBU urinaire ainsi que la recherche d'une
protéinurie ou d'une microalbuminurie (mesurée dans les urines de la nuit
ou des 24 heures). Il s'assurera également que les examens habituels de
suivi d'une femme enceinte ne sont pas oubliés (sérologie de la toxoplasmose
par exemple).
Il lui appartiendra de planifier les examens complémentaires indispensables
au suivi de la diabétique enceinte :
- Consultation ophtalmologique ( au 6ème et au 8ème mois ), en principe
simple examen de fond d'oeil. La réalisation d'une angiofluographie rétinienne
n'est toutefois pas contre-indiquée en cas de grossesse, et nécessaire
en cas d'évolution apparente, avant de réaliser une éventuelle photocoagulation
complémentaire au laser.
- Une échographie foetale in utero précoce (pour permettre un bilan morphologique
complet) et tardive pour dépister une cardiomyopathie avec hypertrophie
septale asymétrique.
Il lui appartient aussi d'être en contact permanent avec l'obstétricien,
afin de s'assurer de la croissance harmonieuse du foetus et de préparer,
avec ce dernier, l'information prénatale à fournir à l'équipe pédiatrique
qui assurera le suivi de l'enfant dans la période néonatale.
CIRCONSTANCES PARTICULIERES
Le contrôle du diabète peut être rendu plus difficile par certaines complications
émaillant l'évolution de la grossesse. C'est le cas notamment :
-Des menaces d'accouchement prématuré imposant un traitement par bêta-mimétiques,
particulièrement déstabilisant pour l'équilibre glycémique
-Des infections urinaires qui sont volontiers asymptomatiques, avec risque
de pyélonéphrite
-De la toxémie gravidique conduisant au risque de prématurité
Dans ces situations il est nécessaire d'intensifier encore la prise en
charge diabétologique, en passant le plus souvent à la perfusion insulinique
par voie sous-cutanée, voire par voie intraveineuse. Une hospitalisation
transitoire peut alors être nécessaire, en milieu obstétrical le plus
souvent compte tenu de la spécificité de la surveillance obstétricale
nécessaire. Ceci impose la rédaction de protocoles simples d'adaptation
du traitement insulinique, applicables dans cet environnement obstétrical
sous la surveillance de l'équipe diabétologique.
C'est également le diabétologue qui doit assurer , en liaison si nécessaire
avec un néphrologue, la prise en charge thérapeutique de l'éventuelle
hypertension artérielle. Elle constitue le principal facteur de risque
de la survenue d'une toxémie gravidique avec menace d'accouchement prématuré.
Il existe cependant plusieurs types d'HTA qui n'ont pas le même pronostic
péjoratif.
-L'hypertension artérielle modérée préexistante à la grossesse, qui
en général ne donne pas de complication (encore faut-il surveiller de
près à partir de 26 semaines pour dépister une éventuelle toxémie surajoutée).
-Une HTA induite par la grossesse, qui lorsqu'elle reste isolée n'est
pas très grave non plus.
-Une prééclampsie où une HTA induite par la grossesse s'associe à une
protéinurie qui aggrave le pronostic.
-Une néphropathie préexistante à la grossesse, qui même sans HTA et
sans insuffisance rénale rend le pronostic de la grossesse beaucoup plus
aléatoire et où des complications maternelles et foetales peuvent apparaitre,
en général, après 26 semaines.
Le repos est la première arme thérapeutique, le recours aux médications
anti-hypertensives devant être envisagé en seconde intention, en considérant
l'état hémodynamique (notamment la fréquence cardiaque), la nécessité
de maintien d'une volémie efficace (contre-indiquant les diurétiques et
la restriction sodée). Les inhibiteurs de l'enzyme de consersion sont
formellement contre-indiqués, alors que les antihypertenseurs d'action
centrale représentent la thérapeutique de première intention.
L'ACCOUCHEMENT
L'accouchement constitue le moment le plus intense de la prise en charge,
dans la mesure où les principaux acteurs médicaux seront pour la première
fois réunis auprès de la patiente (diabétologue, obstétricien, anesthésiste
et néonatalogiste). L'équilibre du diabète doit être rigoureux tout au
long de l'accouchement, que celui-ci ait lieu par voie basse ou nécessite
une hystérotomie. Des contrôles glycémiques horaires sont nécessaires
pour régler le débit de la perfusion intraveineuse insulinique (couplée
à l'administration de sérum glucosé à 10%) ou déterminer les doses d'insuline
ordinaire à administrer régulièrement tout au long du travail. L'équipe
doit enfin être consciente de la chute brutale des besoins insuliniques
survenant juste après la délivrance et devant conduire à une diminution
préventive ( de 30 à 50 % ) des apports insuliniques.
Tout au long de la grossesse, le diabétologue ne doit jamais oublier
son rôle d'éducateur tant, vis à vis de la patiente et de son entourage,
qu'auprès des autres membres de l'équipe médicale auxquels il doit enseigner
les notions de base du traitement insulinique et les exigences de la surveillance
diabétologique.
SUITES DE L'ACCOUCHEMENT
ET ALLAITEMENT
Au décours de l'accouchement le diabétologue veillera à ce qu'un traitement
adapté soit proposé à la femme diabétique pour son retour à domicile.
Il s'attachera à convaincre la patiente du bien-fondé d'un traitement
insulinique optimisé (dont les résultats ont été démontrés tout au long
de la grossesse) et à la persuader de poursuivre celui-ci. A défaut, il
pourra orienter la patiente vers un traitement plus conventionnel. Le
retour à un traitement antidiabétique oral pourra être envisagé lorsque
la patiente présente un authentique diabète de type II et uniquement après
la fin de l'allaitement.
Une contraception efficace sera prescrite à la patiente dès la sortie
de la maternité.
L'allaitement n'est nullement contre-indiqué en cas de diabète maternel
sous réserve que celui-ci ne soit traité que par le régime et/ou une insulinothérapie.
Il importera que le régime alimentaire proposé tienne compte des besoins
spécifiques à la femme allaitante. Ces besoins sont à la fois quantitatifs
(majoration des apports de 500 Kcalories/jour par rapport à la fin de
la grossesse) et qualitatifs (privilégier les glucides à faible index
glycémique et veiller à un apport suffisant de calcium, fer, vitamines).
CONTRACEPTION ET DIABETE
Le choix contraceptif met en jeu de nombreux paramètres : l'idée que
la femme a de sa contraception, le contexte psychosocial, la situation
gynéco-endocrinienne, l'âge de la patiente, le type de sexualité, ainsi
que le type de diabète et surtout les facteurs de risque et l'état vasculaire
(micro et macroangiopathie). Une contraception efficace permet une programmation
idéale des grossesses chez la femme diabétique.
LES RISQUES
Les oestro-progestatifs
Dans la population générale, les oestro-progestatifs majorent le risque
d'accidents artériels et veineux. Cette toxicité vasculaire, fortement
aggravée par le tabagisme, dépend des effets des stéroïdes de synthèse
sur la paroi des vaisseaux et sur les facteurs de l'hémostase, ainsi que
des effets hypertenseurs et hypertriglycéridémiants. Même si nous ne disposons
pas de données épidémiologiques prouvant la toxicité des oestroprogestatifs
chez les femmes diabétiques, il est nécessaire de prendre en considération
ces effets qui risquent d'ajouter leur retentissement propre à celui du
diabète pour générer ou aggraver une pathologie vasculaire. C'est à l'ethinyl-oestradiol
que l'on attribue l'essentiel de ces effets métaboliques et vasculaires.
Peu d'informations sont disponibles au sujet des progestatifs. L'effet
hyperglycémiant lui-même est devenu minime avec les pilules faiblement
dosées. Ainsi, c'est l'effet hypertenseur, hyperlipidémiant et thrombogène
de la pilule oestroprogestative qui pose problème chez la femme diabétique
singulièrement en cas de rétinopathie et de néphropathie.
Autres méthodes
Les dispositifs intra-utérins (contrairement à ce qui était soutenu)
et les méthodes locales de contraception, ne posent pas de problème spécifique
de tolérance ou d'efficacité chez les femmes diabétiques. Ils peuvent
donc être proposés sans réserve.
Le choix contraceptif
L'information doit être adaptée à l'idée que chaque patiente a de sa
contraception. Le choix se discute en fonction de l'âge, de la parité,
de la sexualité, des éventuelles contre-indications gynéco-endocriniennes,
du poids, du type de diabète, de son ancienneté, des complications déjà
existantes.
- Chez les femmes ayant un diabète de type 1, insulino-dépendantes,
la contraception durera souvent pendant toute la vie génitale. Il importe
donc qu'elle n'ait pas d'effet péjoratif au plan métabolique et vasculaire.
D'une manière générale, il faut préférer les méthodes locales. Chez la
multipare, le dispositif intra-utérin (DIU) est la solution privilégiée.
Chez la nullipare, chez la femme ayant plusieurs partenaires, le préservatif
doit être conseillé. Si la contraception hormonale est la seule solution
acceptée par la patiente ou indiquée sur le plan médical, sous surveillance
pondérale, le choix entre oestroprogestatifs et progestatifs est fonction
des éléments suivants. Les oestroprogestatifs (dosés à 20 ou 30 ug d'éthinyl-oestradiol)
peuvent être utilisés si le bilan lipidique est normal ( sans hypertriglycéridémie
), si la pression artérielle est normale, s'il n'existe pas de néphropathie,
pas de tabagisme, si le diabète n'évolue pas depuis plus de 15 ans. La
rétinopathie simple n'est pas une contre-indication. Si les oestroprogestatifs
sont contre-indiqués, on peut conseiller des microprogestatifs, en dehors
des contre-indications gynéco-endocriniennes. Une alternative, en particulier
chez la femme en période de préménopause, est la contraception progestative
macrodosée (solution pragmatique n'ayant pas de reconnaissance officielle).
- Chez les patientes présentant un diabète de type 2, non insulino-dépendantes,
étant donné l'âge, la période de contraception est en général plus limitée.
Mais le choix contraceptif est difficile : c'est ici qu'il faut craindre
l'effet hyperglycémiant des stéroïdes. Toutefois la patiente est le plus
souvent déjà multipare. Le DIU représente donc l'indication privilégiée.
Les micro et macroprogestatifs pourront être proposés, en cas de nécessité
et toujours en fonction du contexte, sous surveillance de l'équilibre
glycémique, de la tension artérielle et du poids.
Au total, le choix contraceptif doit privilégier les méthodes locales,
tenir compte des facteurs de risque, et de la présence de micro et macro-angiopathie
et surtout être personnalisé.
SUIVI OBSTETRICAL DE
LA GROSSESSE CHEZ LA FEMME DIABETIQUE
Le suivi obstétrical sera d'autant plus lourd que le diabète est mal
équilibré car la base du traitement de la femme diabétique enceinte est
le contrôle du diabète, avant et pendant la grossesse. Les résultats seront
d'autant meilleurs que la prise en charge sera précoce et faite par une
équipe entraînée de diabétologues, obstétriciens et pédiatres.
AU PREMIER TRIMESTRE
: QUATRE OBJECTIFS
* Déterminer l'âge gestationnel par une échographie fiable faite entre
7 et 12 semaines mesurant la longueur cranio-caudale de l'embryon. La
précision de cette détermination est de + 4 à 5 jours. Connaître l'âge
gestationnel permettra de programmer l'accouchement.
* Connaître la qualité du contrôle du diabète depuis la conception, qui
détermine le risque de malformation foetale.
* Connaître l'état des lésions dégénératives qui influenceront le pronostic
foetal, notamment l'existence d'une HTA et/ou d'une néphropathie.
* Rechercher les facteurs de risque pour la grossesse, indépendants du
diabète, comme pour toute autre femme non diabétique.
APRES LE PREMIER
TRIMESTRE : une consultation tous les 15 jours est souhaitable.
Les objectifs sont :
* Le dépistage des malformations qui se fera par l'échographie,
dans un centre de référence, une première fois vers 20 semaines, puis
à 32 semaines, complétée au besoin à 24 et 28 semaines. Une échocardiographie
(par un opérateur entraîné) est recommandée par certains. Cela ne nous
paraît indispensable que si l'échographiste obstétrical a un doute, ou
si le contrôle du diabète au moment de la conception était très mauvais.
La découverte d'une malformation doit conduire à confier la patiente à
un centre de diagnostic anténatal qui jugera s'il est indiqué de faire
un avortement thérapeutique, ou d'organiser le meilleur accueil possible
à la naissance (notamment chirurgical ).
* La surveillance de la croissance et le dépistage de la macrosomie
se font par l'examen clinique répété et les échographies. La macrosomie
est souvent manifeste dès le deuxième trimestre et s'accompagne d'excès
de liquide amniotique. Le meilleur élément échographique pour juger de
la macrosomie est la mesure de la circonférence abdominale. Certains font
des échographies tous les mois pour juger de la croissance. Une échographie
à 20 puis 32 semaines, couplée à l'examen clinique semble suffisant pour
prédire la macrosomie. Mais l'échographie est imprécise pour juger du
degré de la macrosomie et prévoir le poids de naissance, même la veille
de l'accouchement.
* Le dépistage des complications de la grossesse doit être effectué
d'un façon encore plus obessionnelle que pour une autre grossesse : dépistage
d'une hypertension artérielle, d'une protéinurie, de la menace d'accouchement
prématuré. Une bactériurie doit être recherchée systématiquement tous
les mois et traitée.
* Le dépistage de la souffrance foetale doit être fait par une
surveillance intensive à partir de 32 semaines. L'examen de référence
est l'enregistrement répété du rythme cardiaque foetal. L'intervalle entre
deux enregistrements est très discuté. Il doit être de toute façon de
plus en plus court au fur et à mesure que la grossesse avance. Dans la
grossesse diabétique &laqno; normale » un enregistrement
deux fois par semaine de 32 à 34 semaines, puis un jour sur deux parait
souhaitable. Il peut se faire en ambulatoire ou par télémonitoring avec
autoenregistrement à domicile et transmission téléphonique.
L'étude de la vélocité au niveau de l'artère ombilicale n'a pas d'intérêt
dans la grossesse diabétique, en l'absence d'HTA. La détermination du
profil biophysique une fois par semaine est recommandée par certains.
Elle consiste, en plus de l'enregistrement du rythme cardiaque foetal,
en l'étude échographique de 4 paramètres : mouvements actifs, mouvements
respiratoires, tonus, volume du liquide amniotique. L'auto-surveillance
des mouvements foetaux est un bon appoint à la surveillance.
Le dépistage d'une souffrance foetale doit conduire à une extraction foetale
dans les plus brefs délais.
* La détermination de la date d'hospitalisation. Sur le plan strictement
médical, il n'y a pas d'indication à une hospitalisation de fin de grossesse
en l'absence de complications. Des considérations pratiques (éloignement
du domicile) ou socio-économiques (situation sociale précaire, barrière
de langue, inadéquation culturelle, absence de motivation pour la grossesse,
etc.), peuvent modifier cette attitude.
* La décision du moment de l'accouchement : dans la grossesse diabétique
non compliquée, il n'y a pas d'indication à interrompre la grossesse avant
38 semaines. A partir de ce terme, si les conditions obstétricales sont
favorables, un déclenchement peut être programmé. Il n'y a pas de contre-indication
à faire précéder ce déclenchement d'une maturation du col par des prostaglandines
locales.
* La décision de la voie d'accouchement dépend de considérations
purement obstétricales. La difficulté de l'accouchement par voie basse
est liée à la macrosomie foetale. Les difficultés d'engagement de la tête
ne posent pas de problèmes thérapeutiques, car résolues par une césarienne
en cours de travail. Mais l'accident redoutable dans l'accouchement de
l'enfant de mère diabétique est la dystocie des épaules. Dans ces conditions,
l'engagement des épaules peut entraîner, outre des fractures, peu graves,
une élongation du plexus brachial avec paralysie transitoire ou définitive,
une asphyxie avec séquelles neurologiques possibles. C'est l'échec de
la prise en charge de cette grossesse. Or, ni la clinique ni l'échographie
ne sont capables de prédire le degré de la macrosomie. Qui plus est, aucun
élément pré ou per-natal ne permet de prévoir la dystocie des épaules.
Ces considérations expliquent la fréquence de la césarienne dans la grossesse
diabétique.
LE SUIVI OBSTETRICAL
DANS LES GROSSESSES DIABETIQUES COMPLIQUEES
* L'HTA est un facteur de pronostic péjoratif. Son existence implique
une intensification du suivi. La surveillance et l'attitude thérapeutique
ne diffèrent pas des HTA de la femme enceinte non diabétique. Rappelons
que les inhibiteurs de l'enzyme de conversion sont contre-indiqués au
cours de la grossesse.
* Les menaces d'accouchement prématuré doivent être traitées avec circonspection
: les perfusions intra-veineuses de béta-stimulants devraient être évitées
en raison du risque d'acidocétose rapide qu'elles entraînent. Des complications
foetales et néonatales graves ont été rapportées avec les anti-inflammatoires
non stéroïdiens. Les antagoniste calciques pourraient être un bon choix
si on estime qu'un tocolytique est bénéfique. Des corticoïdes pour accélérer
la maturation pulmonaire foetale peuvent être prescrits, mais les besoins
en insuline augmenteront pendant la durée d'action de ces médicaments.
* L'excès de liquide amniotique ou hydramnios ne nécessitent pas de traitement
particulier.
* En présence d'une néphropathie diabétique, le pronostic foetal dépend
de l'existence ou non d'une HTA et/ou d'une insuffisance rénale. Les risques
de retard de croissance foetale précoce (à la limite de la viabilité ),
de souffrance foetale entraînant l'indication d'une extraction prématurée
sont réels. Si la créatinine dépasse 250 umoles/l, les chances d'arrivée
à la viabilité foetale sont très faibles. Le caractère péjoratif de l'existence
de complications vasculo-rénales du diabète incite à conseiller aux femmes
diabétiques d'entreprendre leurs grossesses assez tôt.
PRISE EN CHARGE DU NOUVEAU-NE
DE MERE DIABETIQUE
Le nouveau-né de mère diabétique n'est plus le colosse aux pieds d'argile
dont la mortalité était de 20 à 30 % il y a quelques décades, mais il
demeure un nouveau-né plus fragile que les autres, avec une mortalité
qui reste élevée ( 2-3 % , dans les centres spécialisés) et une morbidité
importante (60 %). Que l'enfant reste dans la maternité ou qu'il soit
transféré, tout doit être prêt pour diagnostiquer et traiter sans retard
les différentes complications possibles.
LA MACROSOMIE
Elle peut être responsable de complications mécaniques obstétricales,
liées à la dystocie :
- lésions osseuses ( fractures de la clavicule, humérus )
- lésions neurologiques périphériques ( plexus brachial, surtout )
- encéphalopathie hypoxique ischémique, par souffrance foetale aiguë.
Au sein de la macrosomie, la cardiomégalie doit être individualisée.
Elle peut poser deux problèmes : celui du diagnostic différentiel avec
une malformation cardiaque congénitale, et un problème thérapeutique :
l'insuffisance cardiaque par hypertrophie du septum n'est pas l'indication
des cardiotoniques, qui majorent l'obstacle à l'éjection ventriculaire,
mais de ( bloquants, qui l'ouvrent. En pratique moins de 5 % des nouveau-nés
ont une symptomatologie clinique justifiant ce traitement. La régression
des signes cliniques se fait en 15-30 jours, des signes échographiques
en 3-4 mois.
PATHOLOGIE PULMONAIRE
Quatre facteurs peuvent s'associer pour entraîner un syndrome de détresse
respiratoire néonatal : retard de maturation du surfactant, lié à l'hyperinsulinisme
foetal, prématurité, extraction avant tout début de travail, souffrance
foetale aigüe et syndrome d'inhalation.
La fiabilité des tests de maturation pulmonaire par prélèvement de liquide
amniotique a été discutée. Cependant si le diabète maternel est bien contrôlé,
si l'on évite une naissance prématurée ou une césarienne avant tout début
de travail, moins de 10 % des nouveau-nés vont présenter une pathologie
respiratoire, quelle que soit son origine.
HYPOGLYCEMIE
Il n'y a pas de définition réellement précise de l'hypoglycémie, mais
il est admis que la glycémie doit rester supérieure à 0,40 g/l chez l'enfant
à terme, 0,30 g/l chez le prématuré/hypotrophe.
La clef du traitement est la prévention. Il ne faut pas attendre des signes
cliniques pour traiter. La glycémie doit être contrôlée dans l'heure suivant
la naissance, puis jusqu'à la 48ème heure.
Le problème théorique est simple : il faut amener à l'enfant des glucides
dès la naissance ou peu après, en continu et sans à coup, en quantité
suffisante.
La pratique est plus difficile. Idéalement, c'est l'alimentation au lait
maternel. Même si ce n'est pas possible dès la naissance, il faut toujours
expliquer à une diabétique future mère combien un allaitement maternel
est important, pour son enfant comme pour elle. Sinon, il faut s'adapter,
soit par des biberons fréquents, soit par gavage, soit en alimentation
entérale continue.
Si la glycémie est inférieure aux chiffres " normaux ", même
en l'absence de signes cliniques, il faut perfuser l'enfant ( plutôt par
voie périphérique qu'ombilicale ). L'apport de glucose doit être continu,
la perfusion calculée en mg/kg/mn ( en commençant à 8 mg/kg/mn ), sans
bolus initial supérieur à 20 cg/kg ( 2ml/kg de sérum glucosé 10 % ). Le
glucagon peut être utilisé, à la dose de 300 ug/kg, par voie IV ou IM,
dès la naissance ou en urgence.
HYPOCALCEMIE ET HYPOMAGNESEMIE
La plupart du temps, l'hypocalcémie et l'hypomagnésémie sont asymptomatiques.
Lorsque l'hypocalcémie est inférieure à 1,80 mMol/l, elle doit être traitée
par supplémentation intra-veineuse ( 100 mg/kg/j ).
HYPERVISCOSITE ET
HYPERBILIRUBINEMIE
La polyglobulie doit être traitée par saignée, pour ramener le taux d'hématocrite
à moins de 60%. L'hyperbilirubinémie nécessite les traitements habituels
par photothérapie.
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En raison des problèmes auxquels ils peuvent être exposés,
les nouveau-nés de mère diabétique doivent naître dans des maternités
de niveau 3, susceptibles de pouvoir réaliser une alimentation entérale
continue, une oxygénothérapie " correcte ", une perfusion,
la surveillance d'un état clinique non stabilisé. Il s'agit en fait
du travail d'un service de néonatalogie, et donc d'une organisation
identique : puéricultrice et médecin spécialisé sur place en permanence,
et ceci quel que soit le nombre de lits et le " roulement "
prévu ou supposé.
Les nouveau-nés de mère diabétique prématurés ou susceptibles de
présenter des complications sévères doivent naître à proximité d'une
unité de soins intensifs.
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En conclusion
Au plan de la Santé publique, la grossesse chez la femme diabétique appelle
à quelques recommandations.
le pronostic de cette
grossesse a été bouleversé par la possibilité d'obtenir un équilibre glycémique
excellent lié en grande partie au suivi diabétologique. Il importe donc
d'en reconnaître l'importance. Toute femme diabétique enceinte (diabétique
de type I ou de type II) doit être suivie par un diabétologue ( rythme
et modalités définies dans le chapitre 2 ). Ces consultations devraient
être prévues sur les carnets de maternité.
toute
femme diabétique enceinte doit avoir les moyens en terme de prise en charge
d'accéder à un environnement médical optimal. Le suivi obstétrical, l'accouchement
et la prise en charge du nouveau-né doivent se faire dans une maternité
adaptée (de type III).
le
dosage de l'hémoglobine glyquée réalisé avec une technique fiable et reproductible
(HPLC ou microchromatographie), est un élément clef de la surveillance
et doit être remboursé.
le
diabète gestationnel doit être dépisté chez toutes les femmes enceintes
avec des moyens adaptés et remboursés.
DEPISTAGE ET PRISE EN
CHARGE DU DIABETE GESTATIONNEL
Le diabète gestationnel est un diabète diagnostiqué pour la première
fois au cours de la grossesse. Les femmes minces ou obèses, qui présentent
une hyperglycémie pendant leur grossesse et qui ne reçoivent pas de traitement,
exposent leur enfant à un risque à un risque accru de mort néonatale,
de macrosomie, de traumatisme obstétrical, de détresse respiratoire, d'hypoglycémies
et elles-mêmes à celui d'obésité et de diabète à long terme. Il importe
donc de mettre en place une stratégie de dépistage de cette affection
afin de prendre en charge les patientes.
STRATEGIE DE DEPISTAGE
Bien conscient qu'il n'existe pas actuellement de consensus universel
sur la stratégie de dépistage du diabète gestationnel, le groupe d'experts
a décidé en tenant compte des données médicales scientifiques, des données
économiques et pratiques, de proposer une stratégie en deux temps. Les
valeurs retenues pour le diagnostic ont fait l'objet d'un consensus dans
le groupe en raison de leur sensibilité et donc de l'efficacité du dépistage.
Pour être efficace, le dépistage doit être systématique (universel) car
30 à 50 % des femmes atteintes d'un diabète gestationnel n'ont pas de
facteurs de risque connu de cette affection.
La période idéale est la visite prénatale du 6ème mois (24 ou 28 semaines
d'aménorrhée).
La recherche de glycosurie est largement insuffisante car trop peu sensible.
Le dosage de l'hémoglobine glyquée ou de la glycémie à jeun ou au hasard,
manque de sensibilité.
Pour éviter de réaliser une HPO à toutes les femmes enceintes, il est
recommandé d'effectuer un test de dépistage simplifié (test d'0'Sullivan)
en dosant la glycémie une heure après une charge orale de 50 g de glucose,
quelles que soit l'heure du dernier repas ou le moment de la journée.
Le seuil de 1,30 g/l (7,2 mmol/l) offre une sensibilité satisfaisante
de 100 %.
Si lors du test de O'Sullivan la glycémie est supérieure ou égale à 2
g/l (11 mmol/l), le diagnostic est posé. Si la glycémie est supérieure
ou égale à 1,3 g/l (7,2 mmol/l), une HPO est réalisée le lendemain ou
dans les jours qui suivent, en demandant à la femme de ne pas modifier
son alimentation spontanée. La charge orale en glucose est de 100 g, et
le test réalisé chez une femme au repos. Les prélèvements sont effectués
à jeun, à 1h, à 2h et à 3h. Le diagnostic est retenu si deux valeurs sont
supérieures ou égales aux limites suivantes : 0,95 g/l (5,3 mmol/) à jeun,
1,80 g/l (10,1 mmol/l) à 1 heure, 1,55 g/l ( 8,7 mmol/l ) à 2 h, 1,40
g/l (7,8 mmol/l) à 3 h.
Une glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,4 g/l (7,8 mmol/l) affirme
le diagnostic et ne rend pas nécessaire le test de O'Sullivan ou l'HPO.
Lorsqu'il existe un ou plusieurs facteurs de risque, c'est-à-dire une
obésité (IMC supérieur à 27), une glycosurie, des antécédents de diabète
gestationnel, de mort-né ou de macrosomie lors des grossesses précédentes,
des antécédents familiaux de diabète, le risque de diabète gestationnel
est plus élevé. Il est alors licite de réaliser le dépistage par le test
de O'Sullivan et le test diagnostique (HPO avec 100 g de glucose) plus
tôt dans la grossesse, au premier trimestre dès la première visite. Si
le diagnostic n'est pas porté, il faut néanmoins, dépister de nouveau
entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée, voire vers 30-32 semaines d'aménorrhée.
Pour certains, une seule valeur anormale à l'HPO expose aux complications
de diabète gestationnel et incite à une prise en charge minimale.
PRISE EN CHARGE
Dès que le diagnostic est posé, la patiente est adressée au diabétologue,
en cherchant à réduire le délai de la prise en charge (idéalement sans
dépasser une semaine). Des mesures diététiques sont proposées (alimentation
équilibrée, enrichie en calcium et en fer), l'apport spontané étant restreint
d'un tiers en cas d'obésité, sans descendre en dessous de 1500 kcalories
et sans chercher à faire perdre beaucoup de poids. La patiente est initiée
à l'autosurveillance glycémique, pluri-quotidienne, au moyen de lecteur
de glycémie capillaire (4 glycémies capillaires par jour ), ainsi qu'à
la recherche d'acétonurie matin et soir pour dépister des apports caloriques
trop restreints.
Si après une semaine de régime, la glycémie à jeun reste supérieure ou
égale à 0,95 g/l (5,3 mmol /l), ou deux heures après le repas supérieure
ou égale à 1,20 g/l (6,8 mmol / l) , il est nécessaire de mettre en route
une insulinothérapie pour maintenir la glycémie en deçà de ces seuils.
Au fil des semaines, selon les cas, une à quatre injections peuvent donc
être proposées à la patiente. Les doses sont augmentées une à deux fois
par semaine pour maintenir les glycémies capillaires en deçà des ces seuils
(de 2 en 2 unités ou de 4 en 4 unités selon l'obésité). Certains auteurs
utilisent aussi la moyenne glycémique capillaire, pour introduire ou augmenter
les doses d'insuline. Si la moyenne des 4 glycémies quotidiennes est inférieure
à 0,95 g/l le risque de macrosomie est prévenu. Cette insulinothérapie
est débutée au cours d'une brève hospitalisation, plus rarement en externe
ou en hôpital de jour. Le contact avec le diabétologue doit être fréquent.
Tout retard dans la mise en route de l'insulinothérapie ou dans l'adaptation
des doses d'insuline réduit voire même annule l'efficacité de la prise
en charge et facilite le développement de la macrosomie et des autres
complications liées à l'hyperinsulinisme foetal. Revenir à l'euglycémie
est l' objectif prioritaire. Jusqu'à l'accouchement la prise en charge
sera identique à celle réalisée chez une femme diabétique insulino-dépendante.
Après l'accouchement, il sera nécessaire de réaliser une hyperglycémie
provoquée par voie orale, selon les critères de l'OMS, afin d'évaluer
la tolérance au glucose. Ce test sera pratiqué trois mois après l'accouchement,
après la fin de l'allaitement et avant la prise d'oestro-progestatifs.
Le dépistage à ce moment là d'une intolérance au glucose ou d'un diabète
permettra une prise en charge précoce de ces patientes, en particulier
vis à vis de l'excès de poids.
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