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Hypertension
Artérielle et Diabète
1ère Partie : Etat de la Question
1996
B. BAUDUCEAU, G. CHATELLIER, D.CORDONNIER , M. MARRE, A. MIMRAN, L. MONNIER,
J.-P. SAUVANET, P. VALENSI, N. BALARAC
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus et validé par les membres
des conseils d'administration et scientifique de l'ALFEDIAM
Abréviations: PAS: Pression Artérielle Systolique, PAD. Pression Artérielle
Diastolique, DID: Diabétique Insulino-Dépendant, DNID: Diabétique Non
Insulino-Dépendant.
L' association entre hypertension artérielle et diabète est d'une fréquence
plus grande que celle déterminée par le hasard. Les mécanismes de cette
association sont différents selon les sujets concernés. Le risque de morbidité
et mortalité lié à l'association hypertension artérielle-diabète est fort,
mais la prévention est possible parce que les médicaments antihypertenseurs
sont efficaces. Il est donc d'intérét majeur d'appliquer les moyens nécessaires
pour individualiser le diagnostic et le traitement d'une hypertension
artérielle chez un diabétique.
ÉTAT DE LA QUESTION
Epidémiologie de
l'hypertension artérielle chez les diabétiques
Prévalence de l'hypertension artérielle chez les diabétiques
L'ensemble des enquêtes épidémiologiques a montré que l'hypertension
artérielle était plus fréquente chez les diabétiques, insulino-dépendants
ou non, que chez les non-diabétiques. L'ampleur du problème est soulignée
par quatre enquêtes récentes portant sur des populations représentatives:
- L'enquête de l'O.M.S. de 1985 a été menée sur 6 695 diabétiques des
2 sexes de 35 à 54 ans dans 14 pays dont 3 pays d'Asie, mais aucun
d'Afrique. La prévalence de l'hypertension artérielle (PAS > 160 mmHg
ou PAD > 95 mmHg ou traitement en cours) était de 31,8 % (29,5 à 64,8
% selon les pays) chez l'homme et de 36,0 % (29,5 à 65,3 % selon les pays)
chez la femme. On ne dispose pas dans ce travail d'une étude séparée des
DlDs et des DNIDs [1] ;
- Dans l'étude PROCAM portant sur 4 043 hommes et 1 333 femmes de la
région de Munster et âgés de 50 à 65 ans, la prévalence de l'hypertension
artérielle chez les diabétiques était supérieure à 50 % [2] ;
- Pour l'essai MRFIT, un important travail de dépistage a été effectué
parmi 347 978 hommes âgés de 35 à 57 ans: la prévalence de l'hypertension
(PAS > 160 mmHg) était de 13,0 % chez les diabétiques contre 4,6 %
chez les non-diabétiques. Ce travail ne sépare pas DIDs et DNIDs [3];
- l'Hypertension in Diabetes Study a porté sur 3 648 patients ayant un
diabète de type 2 de découverte récente. Chez ces patients des 2 sexes
(59% d'hommes) âgés en moyenne de 52 ans, la prévalence de l'hypertension
artérielle définie selon les règles de l'OMS était de 35 % chez l'homme
et de 59 % chez la femme [4].
Même si les estimations sont très variables, le problème est donc d'une
ampleur considérable puisque dans ces populations de diabétiques d'âge
moyen, l'hypertension artérielle concerne de 1 sujet sur 8 à 2 sujets
sur 3. Enfin, la définition de l'hypertension artérielle est arbitraire.
Dans les dernières recommandations de l'OMS, la définition de l'hypertension
artérielle a été abaissée (PAS >= 140 mmHg ou PAD >= 90 mmHg) [5,6].
Tarnow et coll. ont étudié les conséquences de cette modification de la
définition sur la prévalence de l'hypertension artérielle dans la population
de leur clinique spécialisée : celle-ci chez les sujets normoalbuminuriques
(définition en Annexe 1) atteint 42 % chez les DIDs, et 71 % chez les
DNIDs, contre 15 et 51 % respectivement en utilisant l'ancienne définition
de l'OMS (PAS >= 160 mmHg ou PAD >= 95 mmHg) [7].
Les facteurs rendant compte du nombre excessif d'hypertendus sont multiples
chez les DNIDs. En revanche, chez les DIDs, la prévalence excessive de
l'hypertension est expliquée entièrement et seulement par la proportion
de DIDs ayant une néphropathie diabétique [8].
Risques liés à l'association de l'hypertension artérielle et du
diabète
En ce qui concerne le risque de cette association et donc le bénéfice
potentiel du traitement, deux domaines différents doivent être considérés
: les maladies rénales et les maladies cardiovasculaires.
Maladies rénales - L'hypertension artérielle et le diabète sont
les causes principales de l'insuffisance rénale terminale. D'après les
données du US Renal Data System, 57 % des nouveaux cas sont attribuables
au diabète et à l'hypertension artérielle. Dans une étude cas-témoins
basée sur une population représentative, Perneger et coll. ont calculé
que le risque d'insuffisance rénale était augmenté de manière majeure
par la présence d'un diabète : risque relatif de 33,7 pour le diabète
insulino-dépendant et de 7 pour le diabète non insulino-dépendant [9].
Quelle que soit l'ethnie des sujets, les DNIDs sont à plus faible risque
d'insuffisance rénale que les DIDs, mais leur plus grand nombre explique
cependant qu'ils soient à l'origine d'un nombre de cas plus important
que les DIDs. Ce fait a été vérifié en France métropolitaine. En France
d'Outre- Mer, la proportion de diabétiques parmi les sujets en épuration
extra-rénale est aussi forte qu'aux USA. Ce fait tient à la forte proportion
de DNIDs hypertendus parmi les Français d'ethnie non caucasienne, et ceci
constitue un problème de santé publique important [10, 11].
Maladies cardiovasculaires - Dans l'enquête MRFIT [3], le risque
relatif de décès chez les hypertendus comparés aux normotendus était de
1,88 chez les diabétiques contre 3,35 chez les non-diabétiques. En revanche,
malgré ce risque relatif plus faible, la prévalence de l'hypertension
artérielle étant plus forte chez le diabétique, la proportion de décès
attribuables à l'hypertension artérielle était de 23,6 % chez les diabétiques
contre 14,6 % chez les non-diabétiques. Le risque relatif de décès diabétique/non-diabétique
décroît linéairement lorsque le niveau de pression artérielle augmente,
passant de 4,4 chez les hommes dont la pression artérielle systolique
est inférieure à 160 mmHg à 1,9 chez ceux dont la PAS est >= 200 mmHg.
Le même phénomène est observé pour la consommation de cigarettes et le
taux de cholestérol. En revanche, le risque relatif de décès diabétique/non-diabétique
est peu influencé par l'âge, du moins dans la fourchette d'âge étudiée.
Il existe donc chez les diabétiques comme pour l'ensemble des patients,
une interrelation entre facteurs de risque. Ceci a été également démontré
dans l'Enquête Prospective Parisienne : 7166 sujets âgés de 44 à 55 ans
en 1968-1972 ont été suivis en moyenne pendant 15,6 ans ; le risque relatif
de décès diabétique/non-diabétique était de 2 chez les diabétiques connus,
et de 2,7 chez ceux dont le diabète a été découvert à l'occasion de l'enquête
[12].
Rétinopathie diabétique - L'existence d'une hypertension artérielle
est un facteur de risque de rétinopathie diabétique exsudative chez les
DNIDs [13] ; chez les DIDs, une microalbuminurie est un facteur de risque
de rétinopathie proliférative [14].
Association entre hypertension artérielle et autres facteurs de
risque cardio-vasculaire chez les diabétiques
La proportion de sujets hypertendus est plus élevée parmi les sujets
ayant une intolérance au glucose et encore plus élevée chez les DNIDs
que parmi les sujets ayant une tolérance au glucose normale. Cette association
entre intolérance au glucose et hypertension artérielle est indépendante
de l'âge, de l'obésité et des traitements antihypertenseurs. Inversement,
la prévalence de l'intolérance au glucose est beaucoup plus élevée parmi
les hypertendus non traités et encore plus élevée parmi les hypertendus
traités que chez les sujets normotendus [15].
Une insulinorésistance et une hyperinsulinémie se rencontrent très souvent
dans le diabète de type 2 et l'intolérance au glucose. Une augmentation
des taux d'insuline lors d'une hyperglycémie provoquée par voie orale
a aussi été mise en évidence dans l'hypertension artérielle, après prise
en compte de l'effet de la surcharge pondérale, de l'âge du sexe et de
la tolérance au glucose. Ceci suggère bien l'existence d'une insulinorésistance
dans l'hypertension artérielle essentielle. Il existe une association
qui n'est pas fortuite entre hyperinsulinisme, intolérance au glucose
ou diabète non insulino-dépendant, hypertriglycéridémie, baisse du HDL
cholestérol, répartition androïde des graisses (appréciée par le rapport
tour de taille/ tour de hanches) et hypertension artérielle qui aurait
comme substratum commun l'insulinorésistance, nommée "syndrome métabolique"
ou " syndrome d'insulinorésistance" [16, 17].
Ces relations statistiques conduisent à évoquer la possibilité d'un effet
presseur de l'insuline. L'insuline induit une augmentation du tonus sympathique,
une rétention tubulaire du sodium. Elle favorise aussi l'accumulation
intracellulaire de Na+ et Ca++ et stimulerait la prolifération des cellules
musculaires lisses de la paroi vasculaire, ce qui conduirait à une augmentation
des résistances vasculaires périphériques. Toutefois, l'effet presseur
éventuel de l'insulinothérapie au long cours n'a pas été démontré [17].
Comme le souligne Alderman [18], il n'y a pas de seuil de normalité de
la pression artérielle, ou du taux de cholestérol. Une décision thérapeutique
plus rationnelle devrait donc être basée sur le risque absolu de maladie
cardio-vasculaire estimé au moyen de l'ensemble des facteurs de risque.
Un tel calcul a été effectué à titre d'exemple pour le risque à 10 ans
de cardiopathie ischémique et d'accident vasculaire cérébral au moyen
de l'équation obtenue dans l'enquête de Framingham [19]. Le résultat est
présenté dans le Tableau I. Le risque de cardiopathie ischémique d'un
diabétique dont la pression artérielle systolique est de 140 mmHg est
égal à celui d'un sujet non diabétique de caractéristiques identiques
dont la pression artérielle est de 170 mmHg. En ce qui concerne le risque
d'accident vasculaire cérébral, le décalage est de 20 mmHg. Une illustration
des bénéfices potentiels du traitement antihypertenseur est fournie dans
le tableau II. Dans ce tableau, les risques absolus sont calculés selon
le même principe que dans le tableau I et le Nombre de Sujets à Traiter
(NST) pour éviter un accident est obtenu selon la méthode de Laupacis
et coll. [20]: 1/ (réduction relative de risque x risque absolu). Les
réductions relatives de risque sont celles calculées par Collins et coll.
dans leur méta-analyse de 14 essais contrôlés du traitement de l'hypertension
artérielle (réduction de 14 % du risque de cardiopathie ischémique et
de 42 % du risque d'accident vasculaire cérébral) [21]. Le nombre
de sujets à traiter pour éviter un accident exprime le bénéfice individuel
du traitement. Celui-ci est constamment supérieur chez les diabétiques
comparés aux non-diabétiques, quels que soient l'âge et le sexe.
Tableau I. Bases décisionnelles reposant sur l'équation
de Framingham.
|
PAS (mmHg)
|
Cardiopathies ischémiques (%)
|
AVC (%)
|
|
non diabétique
|
diabétique
|
non diabétique
|
diabétique
|
| 140 |
17,5 |
22,3 |
3,0 |
4,9 |
| 150 |
19,2 |
24,1 |
3,9 |
6,1 |
| 160 |
20,8 |
25,9 |
4,9 |
7,8 |
| 170 |
22,3 |
27,6 |
6,1 |
9,7 |
| 180 |
23,9 |
29,3 |
7,6 |
11,9 |
calculs effectués pour un homme de 60 ans sans hypertrophie
ventriculaire gauche, non fumeur, avec les équations fournies par Anderson
et coll. (19). AVC=accident vasculaire cérébral.
Yudkin a utilisé la même approche en utilisant les données du dépistage
de l'enquête MRFIT et le décès comme critère de jugement (22). Chez les
hypertendus non diabétiques, 1 178 années- patient de traitement antihypertenseur
sont nécessaires pour prévenir un décès ; chez les diabétiques hypertendus,
615 années-patient de traitement suffisent.
Tableau II. Risques à 10 ans en rapport avec l'hypertension
artérielle et bénéfice potentiel du traitement chez des sujets ayant une
PAS de 180 mmHg,
selon le sexe, l'âge et la présence d'un diabète.
| Age |
Sexe |
PAS |
Diabète |
CI (%) |
AVC (%) |
NST-CI |
NST-AVC |
| 40 |
homme |
180 |
non |
9,6 |
1,8 |
74 |
139 |
| 40 |
homme |
180 |
oui |
13 |
2,8 |
55 |
89 |
| 60 |
homme |
180 |
non |
23,8 |
7,6 |
30 |
33 |
| 60 |
homme |
180 |
oui |
29,3 |
11,9 |
2,4 |
21 |
| 60 |
femme |
180 |
non |
16,2 |
5,6 |
44 |
45 |
| 60 |
femme |
180 |
oui |
26,7 |
13 |
27 |
19 |
PAS : pression artérielle systolique ; CI : cardiopathie
ischémique ; AVC : accident vasculaire cérébral ; NST-CI (resp.AVC): nombre
de sujets à traiter pour éviter un cas de cardiopathie ischémique (resp.AVC),
sous l'hypothèse d'une réduction de risque de 14% (resp. 42%) (Collins
et al. (21)) grâce au traitement antihypertenseur.
Relation entre hypertension
artérielle et néphropathie chez les diabétiques
Les reins peuvent être victimes ou coupables de l'hypertension artérielle,
dans les diabètes comme dans d'autres conditions : les différentes néphropathies
et particulièrement les maladies glomérulaires induisent très souvent
une hypertension artérielle : à l'inverse une hypertension artérielle
peut retentir sur le fonctionnement rénal et causer des lésions longtemps
réversibles puis irréversibles qui conduisent à l'insuffisance rénale
chronique terminale. Les hypertensions artérielles quels que soient leurs
mécanismes, accélèrent l'évolution de la néphropathie, et ceci est particulièrement
vrai chez les diabétiques.
La nature de ces relations est analysée au mieux en confrontant les valeurs
de pression artérielle et d'albumine urinaire chez un sujet donné (23)
(Tableau III). En cas d'hypertension artérielle permanente et de normoalbuminurie
en l'absence de traitement antihypertenseur, il s'agit d'une hypertension
artérielle essentielle sans retentissement rénal. En cas d'hypertension
artérielle permanente associée à une microalbuminurie (définition en Annexe
1), cette dernière indique la sévérité de l'hypertension artérielle au
même titre qu'une hypertrophie ventriculaire gauche, autre conséquence
possible de l'hypertension artérielle. En cas de protéinurie clinique
(définition en Annexe 1 ) associée à une hypertension artérielle chez
un DID, l'existence d'une rétinopathie diabétique sera un élément en faveur
d'une hypertension artérielle secondaire à une néphropathie diabétique.
L'existence d'une microalbuminurie même sans hypertension artérielle indique
un risque cardiovasculaire majeur. Chez les DIDs, une microalbuminurie
permanente isolée est habituellement en rapport avec une néphropathie
diabétique débutante. Chez les DNIDs, comme dans la population générale,
elle peut être aussi bien en rapport avec un autre facteur de risque cardiovasculaire
(obésité, hyperlipémie, style de vie, pathologie uro-néphrologique), qu'avec
le diabète (24).
Chez les DNIDs, environ un tiers des protéinuries cliniques sont dues
à une autre maladie rénale que le diabète, et un autre tiers à la sclérose
artérielle secondaire à l'hypertension [25, 26].
Chez les DlDs comme chez les DNIDs, l'existence d'une protéinurie clinique
ne pouvant pas être rapportée au diabète (au vu de la durée du diabète
insuffisante et/ou de l'absence de rétinopathie diabétique) doit inviter
à référer le sujet à un consultant néphrologue.
Tableau III. Relations entre hypertension et néphropathie
chez les diabétiques.
| |
Normoalbuminurie
|
Microalbuminurie
|
Protéinurie clinique
|
| DID |
|
Hypertension artérielle permanente
|
Hypertension artérielle essentielle non compliquée
|
Hypertension artérielle compliquée*
|
Néphropathie diabétique**
|
|
Pas d'hypertension artérielle permanente
|
Tout va bien
|
Néphropathie diabétique débutante
|
Néphropathie diabétique**
|
| DNID |
|
Hypertension artérielle permanente
|
Association DNID Hypertension***
|
Hypertension et DNID compliqués*,***
|
Néphropathie diabétique** ou d'autre nature
Insuffisance cardiaque ou autre cause de protéinurie?
|
|
Pas d'hypertension artérielle permanente
|
Tout va bien ?***
|
Vigilance ***
|
Néphropathie diabétique** ou d'autre nature
Insuffisance cardiaque ou autre cause de protéinurie?
|
* Rechercher une hypertrophie ventriculaire gauche ; **
Confirmée si rétinopathie diabétique ; *** Rechercher les autres facteurs
de risque cardio-vasculaire.
Aspect particuliers
Maladies endocriniennes - L'association d'un diabète et
d'une hypertension artérielle peut être révélatrice d'une cause commune
chirurgicalement curable ; les autres symptômes ou signes en rapport avec
la sécrétion endocrine inappropriée orienteront la recherche diagnostique
(phéochromocytome, acromégalie, hypercorticisme métabolique, hypeminéralocorticisme).
Diabète, hypertension artérielle et sténose des artères rénales
- Des études d'autopsie suggèrent que la fréquence des sténoses athéromateuses
des artères rénales est plus forte chez les diabétiques que chez les autres
hypertendus (27). Devant un tableau évocateur (hypertension artérielle
résistante au traitement, hypokaliémie, hypertension artérielle accélérée,
mauvaise tolérance d'un traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion),
on devra rechercher une sténose uni- ou bilatérale des artères rénales.
Diabète, hypertension artérielle et injecion de produits radiologiques
de contraste - Il y a un risque supplémentaire d'insuffisance
rénale aiguë lors de l'injection d'un produit radiologique de contraste
chez un diabétique hypertendu, surtout s'il est en déplétion sodée (en
particulier lors d'un traitement diurétique au long cours) ou lors d'une
réduction préexistante de la fonction rénale (28). Il est recommandé d'assurer
une réplétion volémique suffisante chez les diabétiques hypertendus devant
subir un examen radiologique utilisant ces produits.
Quelles sont les preuves
d'un bénéfice attribuable au traitement de l'hypertension artérielle chez
les diabétiques ?
La réponse est différente selon que l'on considère l'utilisation des
antihypertenseurs dans le traitement de l'hypertension artérielle ou dans
le traitement de la néphropathie diabétique.
Traitement de l'hypertension artérielle chez les diabétiques
- Il n'y a pas d'essai disponible aujourd'hui qui ait testé spécifiquement
l'intérêt de la réduction d'une hypertension artérielle chez les diabétiques,
insulino-dépendants ou non, en termes de bénéfice clinique, c'est-à-dire
la prévention primaire ou secondaire des complications de l'hypertension
artérielle. Les bénéfices attribuables au traitement de l'hypertension
artérielle ont été démontrés dans la population générale. Les recommandations
adoptées pour la population générale reposent sur la preuve d'une augmentation
de l'incidence des maladies rénales, des accidents cardio-vasculaires
mortels ou non mortels (insuffisance coronarienne et accidents vasculaires
cérébraux) proportionnelle aux chiffres de pressions artérielles systolique
et diastolique (5,6). Les sociétés savantes spécialisées dans l'hypertension
artérielle recommandent d'obtenir des chiffres de pression artérielle
inférieurs à 140/90 mmHg. Or, le risque attribuable à un niveau de pression
artérielle donné est plus fort chez les diabétiques que chez les non-diabétiques
(voir supra). En conséquence, il est acceptable d'appliquer les recommandations
de l'OMS (6) aux diabétiques ayant comme seul facteur de risque une hypertension
artérielle.
Utilisation des médicaments antihypertenseurs dans le traitement
de la néphropathie diabétique - Des essais thérapeutiques ont
été menés avec une classe particulière de médicaments antihypertenseurs,
les inhibiteurs de l'enzyme de conversion :
- chez les DIDs :
* au stade de néphropathie établie (définie par une protéinurie clinique,
ou macroalbuminurie, définition en Annexe 1), chez les DIDs ayant une
pression artérielle <140/90 mmHg soit spontanément, soit sous l'effet
d'un traitement antihypertenseur conventionnel, l'Enalapril ou le Captopril
réduisent le risque de doublement de la crétinine plasmatique ou de mort
rénale de 50% environ (29, 30) ;
* au stade de népropathie débutante (définie par une microalbuminurie
sans hypertension artérielle), l'Enalapril et le Captopril préviennent
ou retardent l'apparition de la néphropathie établie (31,32). Cependant,
il n'est pas prouvé aujourd'hui que cette stratégie préserve la filtration
glomérulaire de ces sujets, et réduise leur risque excessif de mortalité
cardio-vasculaire.
- chez les DNIDs, un taux élevé d'albumine urinaire (microalbuminurie
ou protéinurie clinique) indique un risque cardio-vasculaire multiplié
par 3 par rapport aux DNIDs normoalbuminuriques (33). Cependant aucun
essai n'a prouvé qu'une intervention thérapeutique basée sur ce marqueur
réduit le risque prédit par celui-ci.
Concernant le risque rénal indiqué par une microalbuminurie chez les DNIDs,
un seul essai utilisant l'Enalapril contre placebo pendant 5 ans a montré
une moindre ascension de la créatinine plasmatique sous Enalapril (34).
Moyens de taitement
de l'hypertension artérielle chez les diabétiques
Seront considérés les moyens non médicamenteux et les moyens médicamenteux.
Moyens non médicamenteux
Style de vie
- Une activité physique régulière peut réduire la pression artérielle
(35). Elle doit être adaptée aux capacités physiques et à l'âge du patient
: 30 à 40 min, trois à quatre fois par semaine, à 40 à 60% de la consommation
maximale d'oxygène. Elle est bénéfique aussi bien chez les sujets hypertendus
traités que chez les sujets sans hypertension artérielle. L'activité physique,
par ailleurs, améliore le profil lipidique (élévation du HDL-cholestérol
et baisse des triglycérides en particulier) (36).
- Le tabagisme : le risque cardio-vasculaire absolu conféré par la consommation
de tabac est multiplié par trois chez les diabétiques par rapport aux
non diabétiques (3). C'est un marqueur de risque de néphropathie chez
les DIDs (37). L'arrêt absolu de toute consommation de tabac est donc
vivement recommandé chez tous les diabétiques.
- L'excès de poids : la prise de poids s'accompagne d'une élévation de
la pression artérielle et la perte de poids d'une réduction de celle-ci
(38). Cet effet est indépendant et additif par rapport à l'effet d'une
réduction de l'apport en sodium qui est souvent associée à un régime hypocalorique
(38).
Alimentation - Les principes en sont identiques, que le diabétique
soit hypertendu ou non (39) : l'apport calorique doit être réduit chez
le sujet obèse, et équilibré quel que soit le poids du sujet : 45 à 55%
de glucides, 15% environ de protides et 35% de lipides. Un apport glucidique
supérieur à 50% peut entraîner une hypertriglycéridémie, marqueur de risque
cardio-vasculaire chez les diabétiques ; les acides gras monoinsaturés
sont conseillés jusqu'à un maximum de 20% des calories totales. Les régimes
hypoprotidiques (moins de 0,8 g par kg de poids et par jour) ne sont indiqués
que chez des diabétiques en insuffisance rénale. L'apport quotidien recommandable
en sodium doit être inférieur ou égal à 100 mmol (2400 mg). Les régimes
plus restrictifs ne sont indiqués que dans des situations particulières
(insuffisance cardiaque, ou insuffisance rénale avancée). La consommation
excessive d'alcool peut entraîner une élévation de la pression artérielle
(40). Mais une consommation modérée d'alcool, en particulier sous forme
de vin rouge (moins de trois verres par jour) pourrait protéger du risque
cardio-vasculaire (41). La pression artérielle peut se réduire sous l'effet
d'une importante consommation d'acides gras Oméga 3 contenus dans l'huile
de poisson (42).
Moyens médicamenteux
Diurétiques - Les diurétiques peuvent être utilisés de façon logique
chez le diabétique hypertendu, car celui-ci présente souvent une hypervolémie
avec rétention hydro-sodée. Ils sont efficaces, d'utilisation simple,
et bon marché (43). Ils peuvent avoir des effets métaboliques indésirables
dans la population générale ; ceux-ci sont fonction de la dose utilisée,
et sont plus marqués pour les diurétiques thiazidiques que pour les diurétiques
de l'anse. Ces effets métaboliques sont pour la plupart en rapport direct
avec une baisse de la kaliémie : aggravation de l'intolérance au glucose
par baisse de la sécrétion d'insuline et/ou accentuation de l'insulino-résistance
; risque de coma hyperosmolaire, particulièrement chez le sujet âgé ;
augmentation modérée du cholestérol LDL et des triglycérides ; augmentation
de l'uricémie. Ces effets sont détectables avec les diurétiques thiazidiques
lorsque leur posologie dépasse l'équivalent de 25 mg d'hydrochlorothiazide
par jour (44, 45). Au-delà de cette dose, une étude cas-témoins menée
dans la population générale indique un surcroît de risque d'arrêt cardiaque,
sans doute en rapport avec la baisse de la kaliémie (46). Les diurétiques
épargneurs de potassium ne semblent pas avoir d'effet métabolique, mais
sont contre-indiqués en cas de néphropathie diabétique, en raison de la
rétention hydro-sodée qu'elle comporte. L'impuissance sexuelle chez l'homme
diabétique hypertendu peut être favorisée par le traitement par diurétiques.
Béta-bloquants - Les bêta-bloquants sont des médicaments éprouvés
dans le traitement de l'hypertension artérielle ; ils ont fait la preuve
de leur efficacité dans l'insuffisance coronarienne et la prévention secondaire
de l'infarctus du myocarde, cause majeure de mortalité prématurée chez
les diabétiques (43).
Les bêta-bloquants non cardiosélectifs ou cardiosélectifs à fortes doses
peuvent réduire la sécrétion d'insuline et diminuer la tolérance au glucose.
Ils peuvent masquer les signes adrénergiques d'hypoglycémie chez les diabétiques
traités par insuline ou sulfamides hypoglycémiants. Ils peuvent modifier
le profil lipidique d'une façon non désirable : élévation du cholestérol
LDL, des triglycérides et réduction du HDL-cholestérol. Ils peuvent aggraver
une artériopathie périphérique et/ou une impuissance pré-existantes.
Les bêta-bloqants cardiosélectifs n'empêchent pas la remontée de la glycémie
après une hypoglycémie induite par l'insuline (47).
Au total, les bêta-bloqants peuvent être utilisés chez les diabétiques.
Chez ceux traités par insuline ou sulfamides hypoglycémiants, les béta-bloquants
cardiosélectifs seront utilisés préférentiellement par rapport aux non-cardiosélectifs.
Antagonistes calciques - Les antagonistes calciques sont aussi
bien tolérés chez les diabétiques que chez les non-diabétiques. Ils ne
provoquent pas de rétention hydro-sodée et n'ont pas d'effet métabolique
délétère (43). La signification clinique des variations de l'excrétion
urinaire d'albumine sous antagonistes calciques reste à démontrer. Il
faut rappeler que certaines dihydropiridines n'ont pas pu démontrer leur
intérêt dans la prévention secondaire de l'insuffisance coronarienne (48,49).
Inhibiteurs de l'Enzyme de Conversion - Ils sont efficaces et
bien tolérés chez les diabétiques. Ils ne modifient pas leur profil métabolique.
Cependant, il a été rapporté que leur usage chez le diabétique traité
par insuline ou par antidiabétique oral confère un risque supplémentaire
d'hospitalisation pour hypoglycémie (50). Chez les sujets ayant une insuffisance
rénale avec neuropathie végétative, ils peuvent facilement induire une
hyperkaliémie à cause de l'hyporéninisme-hypoaldostéronisme fréquent chez
ces sujets. Chez les sujets diabétiques ayant une insuffisance rénale,
le traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion doit commencer
avec de faibles doses (43). En cas de sténose préexistante des artères
rénales, le traitement par inhibiteur de l'enzyme de conversion peut entraîner
une réduction brutale de la filtrattion glomérulaire, surtout si le sujet
est traité préalablement par diurétiques (voir recommandations infra).
A côté de leur propriété hypotensive, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion
ont démontré leur intérêt dans le traitement de l'insuffisance cardiaque
et du post-infarctus du myocarde (51-52). Chez les DIDs, l'Enalapril et
le Captoril peuvent ralentir la progression de l'insuffisance rénale en
cas de néphropathie diabétique établie (29-30) et prévenir l'apparition
de la protéinurie clinique au stade de néphropathie diabétique débutante
(31-32), bénéfices qui ne sont pas attribuables seulement à leur effet
hypotenseur (29,30,53,54). Chez les DNIDs, un bénéfice spécifiquement
attribuable aux inhibiteurs de l'enzyme de conversion n'a pas été démontré
: seule une étude contre placebo suggère que l'Enalapril pourrait retarder
l'élévation de la créatinine plasmatique chez des diabétiques non insulino-dépendants
micro ou macroalbuminuriques normotendus (34).
Antihypertenseurs centraux - Les antihypertenseurs centraux sont
efficaces, mais d'une utilisation souvent limitée chez les diabétiques
en raison de leurs effets secondaires possibles : hypotension orthostatique,
apparition ou aggravation d'une impuissance. Ils ne peuvent pas être indiqués
comme traitement de première intention de l'hypertension artérielle chez
les diabétiques (43).
Alpha-bloquants - Les Alpha-bloquants n'ont pas d'effet sur le
métabolisme glucidique, et pourraient modifier favorablement le métabolisme
lipidique. Cependant, leur utilisation est rendue difficile par le risque
d'hypotension orthostatique. Pour cette raison, on ne peut pas encourager
leur utilisation en première ou deuxième intention chez les diabétiques
(43).
Autres vasodilatateurs - La dihydralazine et le minoxidil n'ont
pas d'effet métabolique particulier. Ils induisent une puissante vasodilatation
artérielle. Le risque de rétention hydrosodée et de décompensation d'une
insuffisance coronariennne que comporte leur utilisation ne les fait pas
recommander comme traitement de première ou de deuxième intention de l'hypertension
artérielle chez les diabétiques (43).
L'intérêt des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II est à évaluer
chez les diabétiques.
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la 2ème partie ?
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