
NEUROPATHIE
AUTONOME CHEZ LE DIABETIQUE
1997
Recommandations de l'ALFEDIAM
P. VALENSI (1), J.F. GAUTIER (2), G. AMARENCO (3), J.P. SAUVANET (4),
M. LEUTENEGGER (5), J.R. ATTALI (6).
(1) Bondy. (2) Paris. (3) Aulnay-sous-Bois. (4) Paris. (5) Reims. (6)
Bondy -Coordonnateur.
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus (réuni les 24 et 25 novembre
1995 à Paris) et validé par les membres des Conseils d'Administration
et Scientifique de l'ALFEDIAM.
Remerciements :
- à l'Institut Lipha pour son support financier.
- à Madame Anne-Marie DEL NEGRO pour son travail de secrétariat.
Adresse pour correspondance : J.R ATTALI - Service d'Endocrinologie-Diabétologie-Nutrition
CHU Jean Verdier - Université Paris Nord - 93143 BONDY
Tel (1) 48.02.65.80 Fax (1) 48.02.65.79
PREAMBULE
L'atteinte du système nerveux autonome au cours du diabète est associé
à une mortalité accrue. Dans une grande étude prospective, il est apparu
que la neuropathie autonome cardiaque (NAC) mise en évidence sur des anomalies
des variations de fréquence cardiaque s'associait à un taux de mortalité
à 10 ans de 29% alors que ce taux n'était que de 6 % chez les patients
indemnes de NAC (1). En outre, la neuropathie autonome par certaines de
ses manifestations patentes augmente la morbidité et altère le confort
de vie.
La neuropathie autonome touche les petites fibres amyéliniques des systèmes
sympathique et parasympathique. Quelques études nécropsiques effectuées
chez des DID atteints d'une dysautonomie sévère ont mis en évidence des
lésions au sein des ganglions sympathiques, du pneumogastrique et des
troncs nerveux sympathiques (2), ce qui confirme les nombreuses études
ultrastructurales, faites chez l'animal (rats rendus diabétiques par la
Streptozotocine par exemple).
La physiopathologie de la neuropathie autonome diabétique est complexe,
notamment en raison de l'atteinte de différents appareils qui peuvent
être touchés de façon inégale et variable dans le temps et par l'insuffisance
d'informations relatives à son histoire naturelle, d'autant que son évolution
ne semble pas parallèle à celle de la Neuropathie Périphérique. L'essentiel
des données est fourni par l'étude de la NAC. L'influence de l'équilibre
métabolique est suggérée par sa mise en évidence précoce, le plus souvent
avant celle des autres complications du diabète, par des données tranversales
(3), et par l'effet favorable de l'équilibre optimisé du diabète de type
1 (4). Des facteurs immunologiques sont également proposés dans le diabète
de type 1 (5). Les perturbations des épreuves autonomes cardiaques dans
l'histoire du diabète de type 2 est aussi compatible avec le rôle joué
par l'obésité chez ces patients, puisque de telles perturbations sont
également rencontrées avec une grande fréquence chez l'obèse non diabétique
(6).
La neuropathie autonome peut toucher le système cardio-vasculaire, le
tractus digestif, le système uro-génital, le système sudoral et la motricité
pupillaire (7). Elle peut être également incriminée dans certaines hypoglycémies
non ressenties.
L'expression clinique peut être patente, parfois par des symptômes invalidants
qui accroissent la morbidité. Elle est beaucoup plus souvent latente,
mise en évidence par des examens de complexité variable.
Le diagnostic dans les formes patentes est délicat en raison du caractère
non spécifique des symptômes et de l'atteinte souvent dissociée des différents
organes. Au stade infraclinique, pour chaque système touché par la neuropathie
autonome, différents tests sont proposés, inégaux quant à leur sensibilité,
leur reproductibilité, leur interprétation physio-pathologique, la difficulté
de leur réalisation et leur coût (8). En outre, la neuropathie autonome
n'est pas spécifique du diabète et d'autres étiologies comme l'éthylisme
chronique et l'insuffisance rénale peuvent être en cause.
L'interrogatoire et certains gestes cliniques simples qui devraient être
pratiqués chez tous les diabétiques permettent parfois déjà de soupçonner
une dysautonomie. Les épreuves complémentaires, qui exigent du temps et
une grande rigueur, devraient être effectuées plus largement en milieu
diabétologique spécialisé.
Peu de données épidémiologiques fiables sont à ce jour publiées, la difficulté
de telles études étant liée au caractère non spécifique des symptômes,
à la multiplicité et à la fiabilité des tests disponibles et à la nécessité
d'une population de référence (en tenant compte de l'âge). Seules les
informations sur la NAC sont valides et permettent de retenir une prévalence
très élevée dans le diabète de type 2. Si la connaissance de l'histoire
naturelle de la neuropathie autonome doit être enrichie, la mise en évidence
d'une NAC chez de nombreux diabétiques de type 1 ou de type 2 dès le diagnostic
du diabète, une fois passée la phase de grand déséquilibre glycémique,
et sa très grande fréquence chez les patients ayant des complications
microangiopathiques permettent de considérer que cette complication du
diabète pourrait être un marqueur précoce de risque de microangiopathie.
Le traitement des manifestations dysautonomiques est pour l'essentiel
symptomatique. Toutefois, pour certaines d'entre elles, une amélioration
significative peut être obtenue par l'amélioration du contrôle glycémique
(4). Les inhibiteurs de l'aldose réductase n'ont pas fait preuve à ce
jour de leur efficacité. Des essais sont en cours avec l'acide gamma linolénique,
un acide gras poly-insaturé en n-6, d'autres molécules sont en cours d'investigation.
Malgré l'absence de thérapeutique réellement satisfaisante, pour chacun
des systèmes touchés par la neuropathie autonome, la sévérité des complications
qui peuvent en résulter doit amener à les rechercher de façon systématique.
A quelle fréquence et selon quelles modalités rechercher ces atteintes
et en évaluer les conséquences ? Cette question a été abordée par le comité
d'experts et les réponses que nous apportons sont indicatives et nécessitent
d'être confortées par des études prospectives. Nous envisagerons successivement
la neuropathie autonome du système cardio-vasculaire, du tractus digestif,
de la vessie, des organes sexuels, de la pupille, des glandes sudoripares
et enfin le problème des hypoglycémies non ressenties.
LA NEUROPATHIE AUTONOME
CARDIO-VASCULAIRE
Au stade infra-clinique, la NAC est une complication très fréquente,
retrouvée selon les séries chez 20 à 70 % des diabétiques. Elle survient
précocément, affectant près de 10 % des patients atteints d'un diabète
de type 1 récent et environ 6% des patients atteints d'un diabète de type
2 récemment diagnostiqué. Un des intérêts majeurs du dépistage de la NAC
réside dans l'augmentation de la mortalité qui lui est attribuée par plusieurs
séries prospectives (1). L'allongement du segment QT et la survenue d'arythmies
ventriculaires pourraient être en cause dans certaines morts subites (9).
En outre, les corrélations entre NAC et rétinopathie et sévérité de la
néphropathie diabétique (10) suggèrent fortement que la NAC pourrait être
un marqueur précoce de microangiopathie diabétique.
1) La NAC peut avoir une
expression clinique patente.
L'hypotension orthostatique en est la manifestation la plus classique,
parfois invalidante. Elle est définie par la baisse de la pression artérielle
systolique d'au moins 30 mmHg et/ou de la pression artérielle diastolique
d'au moins 20 mmHg après une minute d'orthostatisme.
L'infarctus du myocarde silencieux a pu être relié dans quelques cas à
des lésions des fibres nerveuses autonomes issues du myocarde. Mais le
lien entre NAC et le caractère silencieux de la cardiopathie ischémique,
en particulier avant la survenue d'un infarctus, n'est pas établi de façon
formelle.
La tachycardie permanente est une autre manifestation classique de la
NAC. Cependant son authenticité est discutable à la lumière des enregistrements
électrocardiographiques Holter sur 24 heures (11).
Des oedèmes des membres inférieurs peuvent également résulter de la dysautonomie,
par levée du tonus sympathique vaso-constricteur périphérique.
2) La NAC est beaucoup
plus souvent infra-clinique mise en évidence par des épreuves standardisées
De nombreuses méthodes ont été proposées pour explorer les variations
de fréquence cardiaque et de pression artérielle dans les conditions de
repos et dans des conditions dynamiques. Les plus fréquemment utilisées
en raison de leur faisabilité et de leur reproductibilité (8,12) restent
les cinq épreuves proposées par Ewing (tableau 1).
Tableau 1 : Batterie de cinq épreuves standardisées proposées
par Ewing (8)
| Trois de ces épreuves explorent les variations de
fréquence cardiaque, essentiellement sous contrôle parasympathique
:
- respiration profonde consistant en six cycles respiratoires en
une minute : le résultat est exprimé par la moyenne des différences
entre la fréquence cardiaque maximale en inspiration et la fréquence
cardiaque minimale en expiration ou par le rapport de ces deux fréquences.
- épreuve d'orthostatisme actif : après une accélération cardiaque
initiale maximale autour de la 15ème seconde, le coeur se ralentit
essentiellement sous l'influence de la stimulation parasympathique.
Le résultat est évalué par l'écart entre la fréquence cardiaque
maximale et la fréquence cardiaque minimale ou par le rapport de
ces deux fréquences cardiaques.
- épreuve de Valsalva * : consistant en une expiration active de
40 mmHg pendant 15 secondes. La réponse est évaluée par le rapport
de la fréquence cardiaque maximale pendant la phase active à la
fréquence cardiaque minimale à la relâche de l'expiration.
|
| Les deux autres épreuves explorent la réponse tensionnelle,
sous dépendance sympathique :
- recherche d'une hypotension orthostatique : la pression artérielle
est mesurée après 10 minutes de decubitus et de nouveau après une
minute d'orthostatisme.
- réponse tensionnelle à une contraction isométrique de la main
à l'aide d'un dynamomètre : après détermination de la contraction
maximale, il est demandé au patient de maintenir pendant 5 minutes
un tiers de ce niveau maximal. La pression artérielle est prise
toutes les minutes et la pression diastolique s'élève normalement
d'au moins 10 mmHg au cours de l'épreuve.
|
* Contre-indiquée en cas de rétinopathie sévère.
Pour les trois épreuves explorant le contrôle parasympathique, le résultat
décroît physiologiquement avec l'âge et doit donc être interprété selon
l'âge du patient. Les épreuves respiratoire et d'orthostatisme sont plus
souvent perturbées que l'épreuve de Valsalva. La présence d'une NAC peut
être affirmée de façon formelle sur deux tests perturbés. Si un seul test
est perturbé, il s'agit d'une NAC débutante.
Quant aux épreuves sympathiques, leurs perturbations ne se rencontrent
quasiment jamais indépendamment de perturbations parasympathiques. Rappelons
que d'autres tests ont été proposés pour explorer la réponse tensionnelle
: test au froid ou test d'accroupissement. L'analyse spectrale des variations
de fréquence cardiaque et de pression artérielle permet également d'analyser
le contrôle vagosympathique. Toutefois, cette technique n'est pas encore
couramment disponible.
Compte tenu de sa valeur pronostique, il apparaît justifié de rechercher
systématiquement une NAC chez tous les diabétiques, en recourant au moins
à deux tests avec un cardiographe ordinaire: respiration profonde et orthostatisme.
La recherche d'une NAC apparaît également justifiée pour permettre de
rattacher à la dysautonomie des manifestations cliniques isolées (cardio-vasculaires
patentes, digestives ou urogénitales) ou des hypoglycémies sans symptôme
adrénergique.
3) - Apport du référent
diabétologue :
Si un ou plusieurs tests autonomes cardiaques sont perturbés, il paraît
utile de faire confirmer la dysautonomie par une équipe entraînée.
De même cette équipe est habilitée à faire le bilan complémentaire de
la NAC :
- un allongement du segment QT sur l'ECG standard doit être recherché
et si tel est le cas, un trouble du rythme ventriculaire paroxystique
doit être dépisté par l'enregistrement ECG sur 24 heures ;
- un enregistrement ambulatoire de la pression artérielle peut être proposé
dans la mesure où la baisse nocturne de la pression artérielle est souvent
amortie s'il existe une neuropathie cardiaque, ce qui risque d'aggraver
d'autres manifestations de la microangiopathie ;
- les médicaments susceptibles de favoriser l'apparition d'une hypotension
orthostatique seront recherchés et si possible arrêtés ou remplacés ;
- la mise en évidence d'une NAC doit rendre particulièrement vigilant
vis à vis de l'anesthésie générale et en particulier conduire à traiter
préalablement toute infection broncho-pulmonaire, car le risque anesthésique
serait alors majoré.
4) Traitement de la NAC
L'amélioration de l'équilibre glycémique apparaît souhaitable dans la
mesure où elle se révèle capable de stabiliser et même d'améliorer les
épreuves autonomes cardiaques. Les autres thérapeutiques basées sur une
approche physio-pathologique n'ont pas fait preuve de leur efficacité.
Le traitement de l'hypotension orthostatique consiste d'abord à écarter
les facteurs iatrogènes potentiels : suppression d'un régime désodé, éviction
des diurétiques et de certains agents psychotropes, modification des heures
d'injection d'insuline (dans la mesure où l'insuline est parfois en cause
dans la chute orthostatique de la pression artérielle). Les méthodes physiques
destinées à améliorer le retour sanguin au coeur, en particulier les bandes
de contention, s'asseoir au bord du lit avant le lever, la natation peuvent
être préconisées. La dihydroergotamine, un antagoniste alpha 2 adrénergique,
peut être essayée en premier lieu. Le traitement médicamenteux le plus
efficace est la prise de minéralo-corticoïdes : fludrocortisone à la dose
de 100 à 300 µg/j. La midodrine (Gutron R), un agoniste alpha 1 adrénergique,
peut être utile par son effet positif sur la constriction artériolaire
et veineuse et sur les résistances périphériques. Le pindolol, un bétabloqueur
doté d'une action sympathomimétique intrinsèque, est parfois efficace.
L'octréotide, un analogue de la somatostatine, les inhibiteurs de la synthèse
des prostaglandines (tels que indométacine ou ibuprofène) et les antagonistes
dopaminergiques comme le métoclopramide sont aussi susceptibles de corriger
la baisse tensionnelle orthostatique post-prandiale chez les diabétiques
(1). Il faut enfin mentionner que le traitement de l'hypotension orthostatique
peut poser des problèmes délicats en cas d'hypertension associée.
5) Implications pratiques
minimales de la détection d'une NAC
La mise en évidence d'une NAC doit conduire au minimum à
- mesurer la pression artérielle après 10 minutes de decubitus puis après
une minute d'orthostatisme ;
- pratiquer un ECG standard annuellement à la recherche de signes de cardiopathie
ischémique et d'un allongement du segment QT.
- être particulièrement attentif au dépistage des autres complications
du diabète.
LA NEUROPATHIE AUTONOME
DU TRACTUS DIGESTIF
La neuropathie autonome du tractus digestif touche l'oesophage, l'estomac,
la vésicule, le colon et le sphincter anal. Les signes cliniques sont
en général tardifs. Les tests utilisés pour conforter le diagnostic ne
permettent pas de distinguer l'atteinte du sympathique de l'atteinte du
parasympathique et le rôle des hormones. Il convient de distinguer l'atteinte
du tractus supérieur représentée essentiellement par la gastroparésie,
de l'atteinte du tractus inférieur.
A) La neuropathie du tractus digestif supérieur (13,14)
1 - Signes d'appel
La neuropathie du tractus digestif supérieur est suspectée devant des
symptômes digestifs ou des excursions glycémiques importantes, fréquentes
et rapides.
Les symptômes digestifs du tractus supérieur reflètent une atteinte oesophagienne
(dysphagies, brûlures retrosternales, symptômes de reflux gastro-oesophagien)
et/ou gastrique (anorexie, nausées, vomissements, douleurs abdominales,
ballonnements, distensions abdominales, sensation de satiété précoce ou
de lenteur à la digestion). Exceptionnellement il existe une gastroplégie
avec intolérance digestive totale.
Le déséquilibre glycémique qui évoque l'existence d'une gastroparésie
associe de façon typique des hypoglycémies post-prandiales immédiates,
des hyperglycémies à distance des repas du fait du retard d'absorption
du bol alimentaire et un retard à la correction par voie orale d'une hypoglycémie
pouvant être responsable d'un coma hypoglycémique.
2 - Données de l'examen
clinique :
Elles sont assez modestes en règle. La distension abdominale avec le classique
clapotage à jeun est un signe tardif de gastroparésie. L'examen doit écarter
d'autre part une mycose buccale, un mauvais état dentaire, une hépatomégalie,
une masse abdominale qui conduiraient à une prise en charge spécifique.
3 - L'apport du référent
:
Lorsqu'il existe des signes digestifs, il est souhaitable de recourir
en premier lieu à l'avis du gastro-entérologue et de réaliser une fibroscopie
oesophago-gastrique afin d'éliminer un obstacle mécanique, une oesophagite,
un ulcère gastrique ou une mycose. Si l'endoscopie se révèle négative,
la vidange gastrique devra être explorée.
Lorsque le point d'appel est un déséquilibre glycémique, l'indication
de l'étude de la vidange gastrique peut être posée par le diabétologue
sans nécessiter de fibroscopie oesophagogastrique préalable.
La scintigraphie gastrique double phase est la méthode de référence, la
plus précise et la plus physiologique, d'étude de la vidange gastrique.
Dans la mesure où l'hyperglycémie aigüe ralentit la vidange gastrique,
cet examen doit être effectué après quelques jours d'équilibre glycémique
satisfaisant. Des marqueurs radioactifs sont incorporés dans des repas
tests. La mesure de la radioactivité résiduelle à intervalles réguliers
par une gamma caméra permet de quantifier la vidange gastrique (exprimée
en temps de demi évacuation gastrique en minutes). Les radio- éléments
les plus utilisés sont le technetium 99 m pour les solides et l'indium
111 pour les liquides.
En cas de gastroparésie, la scintigraphie gastrique montre un retard d'évacuation
des solides et/ou un trouble à l'évacuation des liquides. L'évacuation
gastrique des liquides peut être ralentie ou accélérée.
De plus la prévalence de la gastroparésie dans la population diabétique
explorée par la scintigraphie gastrique varie de 30 à 60% selon les études.
Environ 50% des patients qui présentent un ralentissement franc de la
vidange gastrique ne se plaignent pas de symptôme. Parmi les symptômes
digestifs, la sensation de satiété précoce semble le symptôme le plus
prédictif de gastroparésie. Concernant les troubles de l'équilibre glycémique
secondaires à une gastroparésie, aucune étude à notre connaissance n'a
démontré de différence dans la vidange gastrique entre les patients présentant
un diabète instable et/ou mal équilibré et les patients "témoins".
La mise en évidence d'une NAC apporterait un argument supplémentaire en
faveur d'une dysautaunomie digestive.
4 - Traitement de la gastroparésie
Le traitement repose sur l'amélioration du contrôle glycémique et l'utilisation
de molécules qui accélèrent la vidange gastrique. Le cisapride (Prepulsid
®) à la dose de 10 mg 4 fois par jour, qui bloque les récepteurs de la
5 hydroxytryptamine, est le traitement de première intention. La dompéridone
et le métoclopramide, qui bloquent les récepteurs dopaminergiques, à la
dose de 10 à 20 mg 4 fois par jour, représentent une alternative au cisapride.
La dompéridone (Motilium ®, Peridys ®) présente l'avantage par rapport
au métoclopramide (Primpéran ® ou Prokinyl LP ®) de ne pas avoir d'effet
secondaire neurologique central. Si l'effet de ces trois molécules est
modéré, le cisapride aurait une efficacité au long cours plus intéressante.
La combinaison de plusieurs de ces produits n'a jamais été évaluée. L'érythromycine
(750 mg/jour pendant quatre semaines), par son effet agoniste de la motiline,
est un puissant accélérateur de la vidange gastrique. En cas de gastroplégie,
une hospitalisation est nécessaire. Le traitement repose sur la mise au
repos du tractus digestif et l'alimentation par voie parentérale et sur
l'érythromycine à la dose de 3 mg/kg IV x 3 par jour.
5 - Implications sur l'éducation
du patient
La mise en évidence d'une gastroparésie justifie la pratique plus étroite
de l'auto surveillance glycémique, des essais de modification des horaires
d'injections d'insuline, souvent la mise en route d'une "insulinothérapie
intensive", et la réduction de la consommation de fibres alimentaires.
B) L'atteinte du tractus digestif inférieur (7)
1 - Signes d'appel
Les troubles de la motricité colique sont à l'origine de diarrhée ou de
constipation. La constipation, plus fréquente que la diarrhée, est rarement
rapportée spontanément par le patient mais souvent retrouvée à l 'interrogatoire.
Le caractère impérieux, fréquemment nocturne et explosif de la diarrhée
plaide en faveur de l'origine dysautonomique. Mais d'autres facteurs doivent
être préalablement écartés. L'atteinte du sphincter anal est responsable
d'incontinence.
2 - Exploration étiologique
:
Une diarrhée d'apparition récente peut être en relation avec l'introduction
d'un traitement par biguanides ou inhibiteurs de l'alpha-glucosidase.
Une diarrhée chronique, surtout chez le DID doit faire rechercher une
hyperthyroïdie ou une maladie coeliaque. Les caractères de la diarrhée
ou la notion d'un alcoolisme chronique peuvent orienter vers une insuffisance
pancréatique exocrine. Si cette enquête est négative, un bilan étiologique
gastroentérologique de la diarrhée est justifié. Une cause infectieuse
doit être envisagée mais les examens complémentaires dont la coproculture
sont peu contributifs.
3 - Explorations complémentaires
spécialisées
Ces explorations, radiographiques, endoscopiques ou fonctionnelles, peuvent
être indiquées et entreprises conjointement par le diabétologue et le
gastro-entérologue, guidées par l'orientation clinique. Si les résultats
sont négatifs, le diagnostic de neuropathie digestive est très probable.
La mise en évidence d'une NAC peut, là encore, apporter un argument supplémentaire
en faveur de l'origine dysautonomique d'une diarrhée ou d'une constipation
chronique.
4 - Traitement
Devant une diarrhée chronique confirmée chez un diabétique, il est licite
de soupçonner une cause infectieuse et de réaliser un test thérapeutique
aux tétracyclines (1500 mg/j) pendant 2 à 4 semaines car les diarrhées
motrices pures sont exceptionnelles.
Les traitements antidiarrhéiques habituels peuvent être utilisés à la
demande : loperamide (Imodium ®) ou diphénoxylate (Diarsed ®). D'autres
traitements ont été proposés : cholestyramine (Questran ®, une résine
liant les sels biliaires), diphenylhydantoine (Dihydan ®, qui inhibe la
sécrétion de certaines hormones digestives) ou clonidine (Catapressan
®, par son effet alpha 2 agoniste périphérique).
L'amélioration de l'équilibre glycémique (parfois au moyen d'une insulinothérapie
"intensive" s'accompagne souvent d'une régression de la diarrhée.
5 - Implications sur l'éducation
du patient
La constipation serait plus fréquente que la diarrhée. Les règles hygieno-diététiques
sont à encourager et en particulier il faudra insister sur les auto-médications
à éviter.
L'incontinence anale, conséquence de l'atonie du sphincter anal, est
rare et tardive. Le traitement est difficile et repose sur la rééducation.
LA NEUROPATHIE VESICALE
La fréquence des troubles du contrôle vesico-sphinctérien est estimée
entre 20 et 88% des patients, avec pour la plupart des séries un taux
proche de 50%. Il n'existe aucune corrélation entre les troubles urinaires
et le type ou la durée du diabète, l'âge du patient, l'existence ou non
d'une neuropathie périphérique ou d'autres manifestations dysautonomiques.
La symptomatologie fonctionnelle est extrêmement variable suivant les
mécanismes physiopathologiques des troubles. On peut ainsi distinguer
le plus souvent une atteinte mixte touchant le système nerveux somatique
(voies sensitives principalement) et une atteinte végétative où aussi
bien le système sympathique que le système parasympathique peuvent être
touchés.
1 - Signes d'appel
La classification du type de comportement vesico-sphinctérien sera formellement
obtenue par les explorations urodynamiques, qui précisent le mode de réactivité
vésicale soit dans le sens d'une hyperactivité, soit dans le sens d'une
hypoactivité. Cependant, certains signes d'appels peuvent déjà orienter
vers une vessie hypoactive ou une vessie hyperactive :
a) La vessie hypoactive, hypocontractile, hypoesthésique se caractérise
par un trouble de la perception du besoin d'uriner qui est réduite et
retardée, une diminution de la perception du passage uréthral des urines,
une dysurie avec nécessité de poussées abdominales pour tenter de vider
totalement la vessie, parfois une rétention chronique avec perception
d'un résidu post-mictionnel par le patient.
b) Une vessie hyperactive s'exprime par un besoin beaucoup trop précoce,
impérieux, avec un délai de sécurité réduit, aboutissant parfois à des
mictions impérieuses avec fuites.
2 - Données de l'examen
clinique
L'examen neurologique général n'est pas contributif. L'examen neuropérinéal
ne retrouve pas d'anomalie corrélée aux désordres urinaires : notamment
les troubles sensitifs périnéaux, l'hypotonie du sphincter anal au retrait
du doigt intra-rectal, la diminution ou l'abolition des réflexes du cône
médullaire (réflexe bulbo-caverneux, réflexe bulbo-anal), s'ils sont des
éléments d'orientation en faveur d'une étiologie neurogène aux troubles
vesico-sphinctériens, ne sont en rien pathognomoniques et peuvent même
co-exister avec l'absence de troubles urinaires.
3 - Examens complémentaires.
Ils sont essentiels pour confirmer et caractériser les troubles vésicaux.
Ils sont dominés par les explorations urodynamiques.
a) La débimétrie est un bon examen de dépistage. Une dysurie se traduit
par une diminution du débit maximum minute et du débit moyen avec prolongation
et aplatissement de la courbe.
Il faut néanmoins connaître l'existence de faux-négatifs (la faiblesse
de la contractilité vésicale est compensée par l'hyper-pression abdominale
qu'effectue le sujet), et de faux-positifs (les débimétries étant parfois
difficiles à réaliser par les patients stressés devant l'appareillage
et par la présence des examinateurs). Des débimétries répétées ou une
débimétrie ambulatoire peuvent être proposées.
b) La cystomanométrie est l'examen de référence (16), permettant de monitorer
les pressions intra-vésicales pendant le remplissage continu d'un fluide
(eau ou gaz). Elle explore la sensibilité vésicale qui peut être diminuée
voire abolie, la contractilité et l'activité vésicales, lors de l'analyse
des phases de remplissage et de miction.
La cystomanométrie permet de classer la vessie :
- soit en vessie normale,
- soit en vessie hyperactive, définie par la présence de contractions
désinhibées survenant à moins de 200 ml de remplissage et supérieures
à 15 cm d'eau,
- soit encore en vessie hypoactive, hypo-réflectique, hypoesthésique à
grande capacité.
c) La sphinctérométrie (étude des pressions uréthrales) a beaucoup moins
d'importance dans l'exploration urodynamique des vessies diabétiques,
mais peut parfois être utile pour préciser une hypertonie uréthrale de
dénervation ou au contraire une insuffisance sphinctérienne, par lésion
neurogène somatique associée importante.
d) Différents tests pharmacologiques peuvent être pratiqués suivant le
type de vessie :
- test aux para-sympathicomimétiques directs : test à l'Urécholine de
Lapidès, qui en cas de positivité constitue un argument supplémentaire
pour le caractère neurogène de l'atteinte vésicale ;
- test aux anti-cholinergiques en cas de vessie hyperactive.
Ainsi l'exploration urodynamique permet d'apporter des arguments en faveur
de l'étiologie neurogène aux troubles vésico-sphinctériens.
e) Les explorations neuro-physiologiques périnéales peuvent aussi contribuer
à ce diagnostic.
L'électromyographie de détection des muscles du plancher périnéal permet
de retrouver un processus neurogène périphérique dans les muscles du plancher
périnéal (sphincter strié, muscles bulbo-caverneux) ; l'augmentation de
la latence du réflexe bulbo-caverneux traduit une lésion sur l'arc réflexe
nerf honteux interne - métamères S2, S3, S4 ; l'altération des potentiels
évoqués somesthésiques corticaux du nerf pudendal témoigne d'une lésion
sur les voies lemniscales à point de départ honteux interne ; les potentiels
évoqués moteurs par stimulation trans-corticale magnétique peuvent aussi
être altérés.
Les vitesses de conduction sensitives distales du nerf dorsal de la verge,
ainsi que l'étude des latences distales des nerfs pudendaux, peuvent aussi
être contributifs dans le sens d'une atteinte neurogène somatique sensitive
associée.
Enfin, les réponses cutanées sympathiques périnéales restent à évaluer
dans l'expertise des troubles vésico-sphinctériens des diabétiques.
f) L'échographie vesico-rénale est très utile pour dépister d'une manière
strictement atraumatique un résidu post-mictionnel et juger de l'état
de la vessie et du haut appareil.
g) L'urographie intra-veineuse, l'uréthro-cystoscopie, l'uréthro-cystographie
rétrograde avec clichés per-mictionnels, sont discutés au coup par coup
par l'urologue s'il existe un syndrome obstructif.
4 - Apports du référent
:
Les troubles vésico-sphinctériens du diabétique une fois dépistés et caractérisés
sont importants à prendre en charge, en raison de l'altération de la qualité
de vie qu'ils impliquent et de la possibilité de complications purement
"médicales" (vessie diabétique acontractile, hypoactive) favorisant la
rétention chronique et ainsi les infections à répétition pourvoyeuses
de pyélonéphrites et de septicémies, ou plus rarement un reflux et une
dilatation de l'arbre urinaire.
L'existence d'une dysurie, d'une diminution de la sensation du besoin
d'uriner, la perception d'une sensation de résidu post-mictionnel, l'existence
d'infections urinaires fréquentes (plus de 2 par an) doivent faire pratiquer
une échographie vésicale à la recherche d'un résidu.
Si un résidu est décelé, un bilan urologique est indispensable. Un des
problèmes principaux des troubles vésico-sphinctériens des diabétiques
est en effet l'existence de facteurs associés : un trouble mictionnel
est le plus souvent multi-factoriel en raison de l'apparition rapide d'une
hypertrophie bénigne de la prostate chez l'homme et de troubles vésico-sphinctériens
inhérents aux grossesses, ou à une ménopause débutante chez la femme.
Cette symptomatologie intriquée doit faire systématiquement pratiquer
- un bilan urologique en cas de dysurie avec rétention chez l'homme,
- une exploration urodynamique si le bilan urologique est négatif ou s'il
existe une suspicion de vessie hyperactive (mictions impérieuses avec
fuites, pollakiurie),
- un bilan gynécologique.
5 - Le traitement des troubles
vésico-sphinctériens
Il dépend du type de vessie, dont le mécanisme physiopathologique a été
élucidé par l'exploration urodynamique.
Les vessies hypoactives peuvent bénéficier d'un traitement parasympathicomimétique
direct (Urécholine) ou indirect notamment par l'ambenonium chlorure, un
inhibiteur de la cholinesterase (Mytelase ®) ou par alphabloquant. Les
autres substances essayées (métoclopramide par exemple) n'ont pas apporté
la preuve de leur efficacité.
L'existence d'une vessie hyperactive conduit à un traitement parasympathicolytique
anti-cholinergique, par l'oxybutynine (Ditropan ®), seul ou en association
éventuellement aux inhibiteurs calciques ou aux antispasmodiques.
6 - Implications pratiques
sur l'éducation du patient
En l'absence d'amélioration d'une vessie hypoactive par les moyens médicamenteux,
devant une rétention chronique, la technique des auto-sondages est la
meilleure des techniques, permettant de supprimer le résidu et d'empêcher
les infections. Elle doit être rigoureusement enseignée au patient qui
sera également informé de la nécessité de rechercher régulièrement une
infection urinaire et que la surveillance de la glycosurie ne revêt alors
plus aucune valeur.
LA NEUROPATHIE GENITALE
1 - Généralités :
Les troubles génitaux concerneraient 50 % des hommes diabétiques et 30
% des femmes diabétiques. Ils sont d'origine multifactorielle et lorsqu'une
origine neurologique peut être invoquée, elle fait appel à une atteinte
du système nerveux autonome et des nerfs somatiques.
Au plan physiopathologique, plusieurs facteurs peuvent être impliqués
dans l'impuissance du diabétique :
- des facteurs psychogènes : très souvent présents mais rarement seuls
en cause,
- une origine endocrinienne : hypogonadisme ou hyperprolactinémie (classiquement
exceptionnels),
- une origine artérielle,
- une fuite veineuse,
- des facteurs iatrogènes,
- un alcoolisme chronique,
- un déséquilibre glycémique qui peut entraîner une impuissance "fonctionnelle",
réversible avec le retour à un équilibre glycémique correct,
- une origine neuropathique, dysautonomique ou somatique.
2 - Signes d'appel :
Chez la femme, l'interrogatoire peut retrouver la notion d'une baisse
des sécrétions vaginales et d'une anorgasmie.
Chez l'homme, il peut s'agir d'une éjaculation rétrograde qui peut être
perçue par le patient ou décelée par la mise en évidence de spermatozoïdes
à l'examen des premières urines émises après un rapport sexuel et dont
l'inconvénient essentiel réside dans l'infécondité. Il s'agit surtout
d'une baisse des capacités sexuelles (troubles de l'érection).
Le bilan d'une impuissance ne doit être entrepris que s'il s'agit d'une
véritable impuissance depuis au moins trois mois, si le patient est demandeur
et motivé, si l'équilibre du diabète est satisfaisant (HbA1c ne dépassant
pas 8%), et après avoir écarté un facteur iatrogène ou alcoolique.
3 - Données d'examen clinique
:
- Des signes en faveur d'une insuffisance gonadique primitive ou secondaire
ou d'une hyperprolactinémie doivent être éliminés.
- Une origine artérielle peut être évoquée devant des signes cliniques
d'artériopathie dont le diagnostic sera confirmé par la pratique d'un
doppler ou d'un echo-doppler.
- L'origine dysautonomique peut être soupçonnée lorsque les troubles de
l'érection s'associent à une neurovessie de type vessie hypoactive, mais
cette association n'est pas constante. Là encore la mise en évidence d'une
NAC pourrait apporter un argument supplémentaire.
- Une neuropathie somatique peut être envisagée devant une hypotonie musculaire
périnéale.
4 - Les tests de première
intention :
La première étape devant une véritable impuissance consiste à
- réaliser une fenêtre thérapeutique vis à vis des médicaments suspects,
en particulier des anti-hypertenseurs, des psychotropes, des fibrates,
des anti-H2 et évidemment des anti-androgènes et des estrogènes,
- convaincre de l'arrêt de l'alcool ;
- améliorer l'équilibre glycémique : cette démarche permet parfois une
régression des troubles ;
- écarter une anomalie hormonale par les dosages plasmatiques de la testostérone,
l'estradiol, la FSH, la LH et la prolactine : une origine endocrinienne
conduirait à une exploration complémentaire et un traitement spécifique
encadrés par un endocrinologue.
Après cette étape, un traitement oral simple par alphabloquant, par exemple
alfuzosine (Xatral ®, Urion ®) ou nicergoline (Sermion ®) en plusieurs
prises quotidiennes et une prise supplémentaire précoïtale, peut être
proposé.
5 - La place du référent
:
En cas d'échec, le patient doit être adressé à un centre expérimenté dans
la prise en charge des troubles sexuels chez les diabétiques. Alors deux
stratégies peuvent être proposées :
a) Soit la prise en charge multidisciplinaire incluant le concours de
diabétologues, de psychologues et d'un laboratoire d'explorations fonctionnelles
neurovasculaires ;
On pourra recourir :
- soit à la pléthysmographie pénienne nocturne réalisée au minimum deux
nuits consécutives,
- soit à la même technique mais diurne sous stimulation sexuelle visuelle,
La présence d'érections normales en nombre, durée et qualité permet d'éliminer
toute organicité. La moindre anomalie orienterait fortement vers un mécanisme
au moins partiellement organique.
L'apport d'un psychologue sensibilisé aux troubles sexuels est essentiel,
pour repérer un facteur psychogène et en préciser le mécanisme, sans omettre
la pathologie du couple.
Si l'impuissance apparaît d'origine organique ou mixte, un bilan non
invasif doit être envisagé en première intention :
- bilan neurologique comportant :
* la recherche d'une origine dysautonomique : (neurovessie, NAC....),
* la recherche d'une neuropathie génitale somatique par des explorations
neurophysiologiques périnéales (mentionnées au chapître précédent) complétées
par un électromyogramme des corps caverneux et la détermination des seuils
de sensibilité thermique et vibratoire sur le dos de la verge (16,17).
- bilan artériel par l'echodoppler qui explore la circulation aorto-iliaque
et hypogastrique et mesure les vitesses circulatoires des artères caverneuses.
b) Soit d'emblée un test thérapeutique consistant en l'injection intra-caverneuse
de prostaglandines PGE1 (Caverject® , Edex®), moxisylyte (Icavex®) ou
de papavérine (hors AMM). Ce test ne permet pas formellement de rapporter
les troubles à une étiologie précise, mais conduit à proposer au long
cours un traitement par auto-injections. Ce traitement ne pourra toutefois
être proposé que par une unité présentant une structure d'accueil et offrant
les moyens d'un soutien psychothérapique et d'une décompression en urgence
des corps caverneux en cas de priapisme. Compte tenu de ce risque, la
posologie doit être progressivement croissante et prudente.
Les autres moyens thérapeutiques : les "pompes à vide" qui provoquent
un afflux sanguin et une érection représentent une alternative sans riques
aux auto injections intracaverneuses et à la prothèse pénienne qui est
d'indication très limitée chez les diabétiques.
6 - Traitement
a) Traitement de l'impuissance :
Si l'impuissance est d'origine neuropathique, les agents vaso-actifs intra
caverneux sont très souvent efficaces et la "pompe à vide" peut être essayée,
avant d'envisager la prothèse pénienne.
Si l'origine est psychogène pure ou prédominante, une thérapie adaptée
(psychothérapie, relaxation) ou des drogues psychotropes peuvent être
proposées. Un traitement alpha-bloquant per os apporte souvent une aide.
Un traitement vaso-actif intra caverneux peut être proposé à titre de
"starter" pour lever une angoisse d'échec.
Si l'origine est artérielle, les vaso-actifs intra caverneux sont parfois
efficaces. Les techniques de revascularisation chirurgicales sont réservées
aux lésions proximales et aux atteintes distales rebelles aux injections
intra caverneuses. En cas d'échec de ces techniques, la "pompe à vide"
ou la prothèse peut être discutée.
La rééducation périnéale par un kinésithérapeute qualifié est indiquée
en cas d'hypotonie périnéale. Elle permet de retrouver un fonctionnement
périnéal correct, notamment des bulbocaverneux, par une récupération du
schéma corporel. Elle utilise l'électrostimulation et le bio-feedback.
b) Les éjaculations rétrogrades peuvent bénéficier d'un traitement par
un agoniste alpha-1 comme la midodrine (Gutron ®).
c) Chez la femme se plaignant de sécheresse vaginale et d'anorgasmie,
l'application locale de crèmes oestrogéniques peut être proposée. La rééducation
périnéale peut être également indiquée.
La prise en charge des troubles sexuels chez les diabétiques reste très
délicate, à la fois au plan diagnostique et thérapeutique. Il faut insister
sur la nécessité d'obtenir la motivation des patients pour un meilleur
équilibre glycémique et s'appuyer sur la prise en charge du couple.
ANOMALIES DE LA MOTRICITE
PUPILLAIRE
1 - Signes d'appel
L'atteinte autonome de la motricité pupillaire peut induire un défaut
d'adaptation à l'obscurité.
2 - L'examen clinique permet
parfois de déceler l'anomalie de la motricité pupillaire :
- soit une altération de la dilatation pupillaire à l'obscurité, relevant
d'une perturbation sympathique (18).
- soit plus rarement, une anomalie infra-clinique d'origine parasympathique
de la contraction pupillaire.
3 - Tests diagnostiques
:
Ces altérations seraient également des marqueurs précoces de neuropathie.
Leur mise en évidence doit conduire à rechercher des signes cliniques
et neurophysiologiques de neuropathie périphérique et d'autres signes
de dysautonomie.
4 - Explorations complémentaires
spécialisées :
Il s'agit d'explorations menées par des ophtalmologues expérimentés. La
confirmation formelle et la quantification des anomalies de la motricité
pupillaire peuvent être fournies avec une bonne reproductibilité par des
moyens complémentaires comme la vidéo pupillographie ou les photographies
des pupilles, en tenant compte de l'âge qui modifie les réponses à l'obscurité
et à la lumière.
5 - Implications pratiques
:
Bien qu'il n'existe pas de traitement spécifique connu, de tels troubles
revêtent des conséquences pratiques. Il est nécessaire d'attirer l'attention
du patient sur le risque de conduite automobile le soir et de marcher
dans les endroits sombres. Une autre conséquence à connaître est l'impossibilité
de dilater les pupilles par l'atropine.
L'ATTEINTE DU SYSTEME
SUDORAL
1 - Signes d'appels
Les anomalies de la sudation peuvent se faire dans le sens d'une anhydrose
ou d'une hyperhydrose.
a) L'anhydrose distale intéresse préférentiellement les extrémités des
membres inférieurs qui sont sèches et, dans les cas sévères, la partie
basse du tronc et les membres supérieurs. Elle s'associe à une réduction
de la capacité thermorégulatrice et à des anomalies vasomotrices.
b) L'hyperhydrose (compensatrice, dissipatrice de chaleur) intéresse
préfentiellement le visage et le tronc. Elle se traduit par des sueurs
diffuses au début du repas, lors de l'exercice physique ou la nuit. Elles
sont parfois déclenchées par l'ingestion de certains aliments (fromage,
alcool, vinaigre).
2 - Examen clinique :
Ces anomalies de la sudation peuvent être mises en évidence par l'examen
clinique incluant l'examen des pieds, et s'intègrent dans le tableau clinique
du "pied diabétique" avec toutes ses conséquences.
3 - Apport du référent
diabétologue :
La distinction entre certains accès sudoraux qui sont d'origine dysautonomique
et des hypoglycémies peut être problématique. Une hospitalisation de nuit
avec glycémies itératives, surtout dans les périodes d'hypersudation,
peut être justifiée.
4 - Implications pratiques
:
L'existence d'anomalies sudorales doit conduire à informer le patient
du risque d'hyperthermie lors des grandes chaleurs, ainsi que du risque
potentiel de lésions des pieds.
HYPOGLYCEMIES NON RESSENTIES
1 - Signes d'appel
Il s'agit d'hypoglycémies survenant sans perception des symptômes adrénergiques
(sueurs, palpitations). Le seuil glycémique de réponse adrénergique est
abaissé, de sorte que les symptômes neurovégétatifs surviennent non pas
avant mais après les symptômes neuroglycopéniques (trouble de l'humeur,
perte de concentration intellectuelle et de l'attention, troubles oculaires,
fourmillements des extrémités, troubles du langage). Cette désensibilisation
n'est pas, contrairement à ce qu'on a longtemps cru, secondaire à la neuropathie
autonome, bien qu'elle soit plus fréquente chez les diabétiques âgés et
lorsque le diabète est ancien. Elle semble surtout induite par la répétition
des hypoglycémies elles-mêmes (19). Elle concerne les diabétiques de type
1 et se distingue de la neuropathie autonome classique par le fait que
:
- les anomalies de réponse autonomique concernent seulement l'hypoglycémie
alors qu'elles sont mises en évidence lors de différents stimuli s'il
existe une NAC ;
- l'élévation de l'adrénaline en réponse à l'hypoglycémie y est notablement
réduite et beaucoup plus modérément dans la NAC ;
- la neuropathie autonome ne provoque pas d'hypoglycémies iatrogènes excessives
;
- cette désensibilisation est réversible après quelques semaines ou mois
d'évitement des hypoglycémies.
2 - Dépistage des épisodes
d'hypoglycémie non ressentie :
Le diagnostic repose sur la survenue d'hypoglycémies biologiques parfois
sévères sans signe neurovégétatif mais avec symptômes neuroglycopéniques,
voire sans aucun signe clinique (désensibilisation globale).
3 - Diagnostic différentiel
:
La distinction entre hypoglycémie sans perception des symptômes adrénergiques
et absence de ces symptômes en relation avec une NAC peut s'appuyer sur
:
- la mise en évidence d'une NAC par les épreuves appropriées ;
- la réversibilité des hypoglycémies non ressenties avec la suppression
du cercle vicieux entretenu par les hypoglycémies iatrogènes itératives.
4 - Apport du référent
diabétologue
Le diagnostic différentiel peut être aidé par le recours à une équipe
ayant une bonne expérience des tests de NAC et des possibilités d'exploration
de la réponse contre-régulatrice à l'hypoglycémie, et par l'hospitalisation
de nuit.
5 - Implications thérapeutiques
:
La survenue d'hypoglycémies non ressenties du fait d'une désensibilisation
de la réponse adrénergique doit conduire à éviter l'insulinothérapie intensive,
du moins transitoirement, alors qu'elle ne serait pas contre-indiquée
en présence d'une NAC.
6 - Implications sur l'éducation
du patient et de l'entourage :
Le patient doit être bien informé sur le risque hypoglycémique et la nécessité
d'une pratique rapprochée de l'auto-surveillance glycémique. Une surveillance
diabétologique plus étroite avec vérification lors de chaque consultation
de l'adéquation de ses comportements, et la formation de l'entourage et
du milieu professionnel au traitement de l'hypoglycémie, en particulier
à l'injection du glucagon sont indispensables. L'entourage doit notamment
être informé des symptômes d'alerte de l'hypoglycémie, de l'urgence du
resucrage, de la fréquence du déni de l'hypoglycémie chez les diabétiques
et donc de l'intérêt de la surveillance glycémique capillaire.
CONCLUSION
L'atteinte du système nerveux autonome induit de nombreuses manifestations
cliniques qui par leur diversité et leur sévérité altèrent grandement
le confort de vie et participent au mauvais pronostic de la maladie et
à l'augmentation de la mortalité. C'est dire la nécessité de son dépistage
précoce et de la recherche annuelle d'une dysautonomie par l'interrogatoire,
l'examen clinique et quelques examens paracliniques simples. Des signes
précoces de dysautonomie cardiaque et pupillaire devraient aussi être
plus largement recherchés (Tableau 2).
Tableau 2 : BILAN DE LA NEUROPATHIE AUTONOME A REALISER ANNUELLEMENT CHEZ
LES DIABETIQUES
| 1) Données cliniques et paracliniques courantes
(mais à collecter de manière spécifique)
Recherche d'une hypotension orthostatique
ECG standard : recherche de signes de cardiopathie ischémique et
d'un allongement du segment QT
Recherche de symptômes digestifs hauts et d'une diarrhée chronique
Recherche de troubles mictionnels
Culot urinaire
Recherche de troubles de l'érection
Recherche d'une sécheresse des pieds
Examen du carnet d'auto-surveillance à la recherche d'hypoglycémies
non ressenties
|
| 2) Les experts proposent de pratiquer systématiquement
deux examens destinés à mettre en évidence une dysautonomie à un stade
précoce :
- recherche d'une neuropathie autonome cardiaque par l'analyse
des variations de fréquence cardiaque au cours de deux tests : respiration
profonde et orthostatisme ;
- recherche de troubles de la motricité pupillaire.
|
PERSPECTIVES
Plusieurs points concernant la neuropathie autonome chez le diabétique
restent à préciser.
1 - Quelle est sa place
dans l'histoire de la maladie diabétique ?
2 - Quelle est la signification
pronostique exacte des anomalies infracliniques, en particulier celle
de la NAC dépistée par les épreuves standardisées ?
3 - La NAC a-t-elle bien
une valeur de marqueur de risque des complications chroniques du diabète
?
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