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NEUROPATHIE
DIABÉTIQUE PÉRIPHÉRIQUE
1997
J.F. GAUTIER (1), B. CAHAGNE (2), G. EDAN (2), N. BALARAC (3), S. HALIMI
(4)
H. ALLANNIC (2)
Coordinateur : H. Allanic. Rapporteur : J.F. Gautier
(1) Paris, (2) Rennes, (3) Saint Laurent du Var, (4) Grenoble
Texte établi par le comité d'experts ci-dessus (réuni le 27 mars 1996)
et validé par les membres des conseils d'administration et scientifique
de l'ALFEDIAM
Conseil d'administration de l'ALFEDIAM: G. Cathelineau, Ph. Vague, J.M.
Brun, C. Levy Marchal, H. Allanic, J. Bel Khadir, D . Bensoussan, J.F.
Blickle, J.L. Chiasson, A. Dubreuil, P. Fontaine, A. Golay, A. Grimaldi,
S. Halimi, E. Kaloustian, G. Michel, L. Monnier, D. Simon, G. Slama, B.
Vialettes.
Conseil scientifique de l'ALFEDIAM: R. Assan, J. Girard Ch. Boitard,
G. Cathelineau, J.M. Brun, M. Beylot, V. Durlach, J. Capeau, H. Gin, A.
Grimaldi, M. Marre, J.C. Henquin, P. Saï.
La neuropathie diabétique périphérique se définit par la présence de
symptômes e/ou de signes d'altération nerveuse périphérique secondaires
au diabète, après exclusion des autres causes de neuropathie; elle peut
donc être infra-clinique ou symptomatique. Elle touche le système nerveux
périphérique et le système nerveux autonome, ces atteintes étant à l'origine
d'un groupe hétérogène de syndromes. La neuropathie
autonome et le pied
diabétique (complications possibles de la neuropathie) ont déjà été
traités dans le cadre des recommandations de l'ALFEDIAM [1,
2]
et ne seront donc pas abordés ici.
HISTOIRE NATURELLE DE
LA NEUROPATHIE DIABETIQUE
Elle affecte les patients atteints de diabète insulino-dépendant (DID)
et les patients atteints de diabète non insulino-dépendant (DNID) avec
la même fréquence mais elle varie de 0 à 93 % selon les études [3]. Les
raisons de cette disparité sont multiples: les symptômes cliniques ne
sont pas spécifiques à la neuropathie diabétique; la prévalence dépend
des critères diagnostiques utilisés et de l'utilisation ou non des tests
électro-physiologiques dont la sensibilité est variable; les vitesses
de conduction nerveuse diminuent physiologiquement avec l'âge; les fibres
nerveuses de type différent pouvant être atteintes. L'étude de Pirart
[4] fait toujours référence: environ 4 500 patients ont été étudiés entre
1947 et 1973, les critères de diagnostic étaient essentiellement cliniques:
la prévalence de la neuropathie augmente avec la durée d'évolution du
diabète: 7 % pour un diabète découvert à moins de 1 an et s'élève à moins
de 50 % après 25 ans d'évolution. Les 2 facteurs essentiels retenus par
Pirart pour leur incidence sur la fréquence et la gravité de la neuropathie
sont la durée de la maladie diabétique et la qualité du contrôle glycémique.
Ces données ont été confirmées par Young et al. [5], Ziegler et al. [6].
Les observations récentes de Partanen [7] portant exclusivement sur la
neuropathie des DNID confirment certaines données rapportées par Pirart.
La prévalence de la neuropathie au moment du diagnostic est de 8,3 %.
La fréquence va en augmentant avec le temps, la qualité du contrôle glycémique
est un élément important sur le plan évolutif et, donnée nouvelle, la
diminution des taux d'insulinémie circulante constituerait un facteur
aggravant.
En dehors des préjudices fonctionnels dont elle est responsable, la neuropathie
diabétique est associée à une mortalité accrue. Ainsi Navarro et al. [8]
ont montré une diminution de la survie chez les sujets ayant une diminution
des vitesses de conduction nerveuse. L'étude de Partanen [7] confirme
l'existence d'une association entre la neuropathie, le déséquilibre glycémique
et l'incidence des complications cardiovasculaires.
ASPECTS PHYSIOPATHOLOGIQUES
Le rôle de l'hyperglycémie dans l'histoire naturelle de la neuropathie
diabétique révélé par les études épidémiologiques a trouvé une confirmation
récente dans l'étude du DCCT. Cette étude [9] révèle dans la cohorte de
prévention primaire concernant des sujets indemnes de neuropathie lors
de leur inclusion dans l'étude, que l'insulinothérapie intensive pendant
5 ans, réduit de 69 % l'apparition de la neuropathie par comparaison au
traitement comportant 1 ou 2 injections d'insuline/jour. Dans le groupe
de prévention secondaire (patients porteurs d'une neuropathie lors de
l'inclusion dans l'étude), l'insulinothérapie intensive diminue l'apparition
de la neuropathie clinique de 57 % par rapport à l'insulinothérapie conventionnelle.
A côté de ces données aujourd'hui bien établies, il apparaît qu'en contrepartie
50 % des patients, quel que soit leur type de diabète, quel que soit le
niveau de leur équilibre glycémique ne développent pas de neuropathie
clinique, même après 20 ans d'évolution. A l'opposé certains patients
peuvent présenter une neuropathie invalidante peu de temps après le diagnostic
de diabète [10]. Ces constatations suggèrent l'existence de facteurs indépendants
de l'état de l'hyperglycémie chronique dans la physiopathologie de la
neuropathie. Ces facteurs pourraient être génétiques et/ou liés à l'environnement
notamment nutritionnel. On expliquerait ainsi une prévalence plus importante
de la neuropathie dans certaines populations: indienne, nord-africaine.
Plusieurs mécanismes intriqués les uns aux autres ont été proposés pour
expliquer l'effet toxique de l'hyperglycémie sur la cellule de Schwann
et les axones: I'activation de la voie des polyols, la toxicité des produits
terminaux de la glycation des protéines, le stress oxydatif, les facteurs
vasculaires en particulier l'ischémie, l'oxyde nitrique, les anomalies
hémorrhéologiques, les facteurs de croissance, les facteurs immunologiques
et enfin l'insuline. Ces divers mécanismes sont schématisés dans la Figure
1. Il est à l'heure actuelle impossible de dire quelle est l'importance
de chaque mécanisme dans l'histoire naturelle de la neuropathie et à quel
niveau interviennent les facteurs génétiques et nutritionnels [11-14].
DESCRIPTION CLINIQUE
Il est plus juste de parler des neuropathies diabétiques que de la neuropathie
diabétique périphérique tellement sont diverses les manifestations neurologiques
observées.
Etude analytique
Elle permet de distinguer les troubles sensitifs, moteurs, des anomalies
des réflexes, des troubles trophiques, et l'atteinte des paires crâniennes.
Les troubles sensitifs sont avant tout subjectifs. Les douleurs
constituent la plus fréquente des manifestations nerveuses:
- les paresthésies sont à type de fourmillements (impatience des membres
inférieurs, jam-bes sans repos), d'engourdissements, d'impression de
pieds morts, de sensations thermiques, de marche sur du coton...
- des douleurs diffuses, d'allure musculaire, accompagnées d'hyperalgies
cutanées et musculaires sans déficit objectif;
- des douleurs d'allure névralgique, survenant par paroxysmes, parfois
très violentes comparées à des déchirements, des broiements;
- très souvent des douleurs causalgiques donnant une sensation de brûlure,
d'élancements, de picotements (aiguille, punaise...) s'exacerbant la
nuit et souvent atténuées par la marche, l'exercice musculaire.
La topographie des douleurs peut être très variée: limitée à un territoire
de type radiculaire ou tronculaire (crural, sciatique, fémoro-cutanée,
intercostal, cervical...) ou atteignant plusieurs territoires simultanément
ou successivement. Elles prédominent aux membres inférieurs. Lorsqu'elles
sont intenses, ces douleurs sont parfois associées à une anorexie, à un
syndrome dépressif, conduisant à une perte de poids importante malgré
le bon équilibre du diabète (forme cachectisante).
Les troubles de la sensibilité objective sont souvent au second plan:
- trouble de la sensibilité profonde; (au maximum tableau pseudo-tabétique)
- trouble de la sensibilité superficielle thermo-algésique et tactile
parfois systématisé aux extrémités distales.
Ils exposent le patient aux risques de brûlure ou de traumatismes indolores
(pieds diabétiques).
Les troubles moteurs - Leur fréquence est nettement moindre que
celle des troubles sensitifs, le plus souvent l'examen du diabétique ne
les met pas en évidence; parfois ils se réduisent à un déficit discret
dans le territoire des névralgies. Cependant de véritables paralysies,
flasques, amyotrophiantes, parfois avec fasciculation peuvent s'observer
soit dans des territoires localisés (quadriceps, loge antéro-externe),
soit de façon plus diffuse, principalement à la racine des membres (amyotrophie
diabétique proximale). Au niveau des membres supérieurs l'atteinte est
particulière: l'atrophie intéressant les premiers muscles de la main (ler
interosseux, éminence thénar, éminence hypothénar) de façon bilatérale
et symétrique. Elle touche plus volontiers les sujets de sexe masculin
avec intoxication alcoolique. Les diagnostics différentiels de la neuropathie
diabétique amyotrophiante sont l'hyperthyroidie, la maladie de Cushing,
la myasthénie, la maladie de Guillain Barré, les syndromes paranéoplasiques,
l'alcool et les neuropathies amyloïdes.
L'aréflexie achilléenne, est fréquente dans la neuropathie diabétique,
presque toujours bilatérale. L'aréflexie rotulienne moins fréquemment
constatée est également bilatérale. Toutefois elle peut être unilatérale
en cas d'association à une névralgie crurale. Les autres réflexes ostéo-tendineux
sont en règle générale conservés.
L'atteinte des nerfs crâniens entre dans le cadre des mononévrites.
Le nerf facial (VII), le grand hypoglosse (XII) et surtout les nerfs oculo-moteurs
(IV et III) sont le plus volontiers intéressés. Les paralysies oculo-motrices
sont habituellement précédées de douleurs unilatérales pendant une durée
de quelques jours dans le territoire du trijumeau (branche ophtalmique
en particulier) et suivi de l'installation rapide d'une diplopie. L'atteinte
est généralement unilatérale, mais il existe des formes récidivantes et
alternantes. La régression est habituellement totale en I'espace de 6
à 12 semaines, mais des récidives peuvent s'observer. Le diagnostic différentiel
principal est l'anévrisme vestigial de la carotide interne.
Formes cliniques
de la neuropathie diabétique périphérique
Plusieurs classifications ont été proposées pour répondre au polymorphisme
clinique. Dans la classification de Brown et Asbury [15] que nous reprendrons,
on distingue 3 entités: les neuropathies distales et symétriques, les
neuropathies symétriques proximales motrices, les neuropathies focales
et multifocales.
Les neuropathies distales et symétriques représentent 90 % des
neuropathies périphériques. Elles se caractérisent par une atteinte bilatérale
et symétrique débutant à l'extrémité distale des membres inférieurs pour
gagner de branche en branche d'autres territoires dans un sens ascendant.
La polynévrite se manifeste le plus souvent par des paresthésies et des
dysesthésies (fourmillements, brûlures, picotements, sensations de chaud
et de froid...). Les symptômes sont fonction des fibres atteintes. Les
petites fibres non myélinisées sont les premières à être touchées et correspondent
à la perte de la sensibilité thermique et douloureuse. L'atteinte des
fibres moyennes et grosses, myélinisées, correspond à la perte de la sensibilité
vibratoire, du tact fin, de la sensibilité proprioceptive (sens positionnel
du gros orteil) et à l'abolition des réflexes ostéo-tendineux. L'atteinte
des fibres myélinisées explique la diminution de la conduction nerveuse.
Classiquement on distingue:
- les neuropathies mixtes sensitivo-motrices (70 % des cas), les troubles
sensitifs y sont au premier plan, l'amyotrophie des sites moteurs peut
manquer mais les vitesses de conduction motrice sont en général anormales;
- les polyneuropathies sensitives pures (environ 30 %) prédominent soit
sur les fibres de petit calibre (10 %), intéressant alors les sensibilités
superficielles thermoalgésiques et thermiques, soit sur les fibres de
gros calibres (5 %) et dans ce cas sont responsables de troubles proprioceptifs
et de troubles de sensibilité vibratoire;
- les polyneuropathies symétriques et distales à prédominance motrices
sont exceptionnelles.
Les neuropathies symétriques proximales motrices - elles se caractérisent
par l'installation insidieuse et progressive sur plusieurs semaines ou
mois d'une faiblesse et d'un déficit musculaire intéressant plus particulièrement
la racine des membres inférieurs et notamment les quadriceps; elles sont
parfois associées à des manifestations douloureuses au niveau des cuisses,
sans trouble de la sensibilité objective. L'étude analytique de la force
musculaire peut relever une certaine asymétrie du déficit moteur. Les
réflexes rotuliens sont absents ou faibles. Cette forme de neuropathie
périphérique touche surtout les sujets âgés atteints de diabète non insulino-dépendant.
Il existe fréquemment une protéinorachie. L'électrophysiologie permet
d'affirmer l'atteinte neurogène éliminant de ce fait une myopathie.
Les neuropathies focales et multifocales - elles sont à l'origine
d'un déficit neurologique correspondant au territoire d'un seul tronc
nerveux (mononeuropathie) ou à plusieurs troncs nerveux (mononeuropathie
multiple). Elles réalisent des tableaux hyperalgiques pouvant atteindre
le nerf crural, le nerf fémoro-cutané, le nerf sciatique, ou encore le
plexus lombaire. La phase d'installation est généralement rapide, réalisant
un tableau hyperalgique en quelques heures à quelques jours. Un déficit
musculaire est souvent associé. L'atteinte des nerfs crâniens déjà évoquée
entre dans le cadre d'une mononeuropathie et a déjà été traitée.
A part, nous citerons l'apparition de neuropathies hyperalgiques
chez des sujets atteints de diabète non insulino-dépendant dans les 5
semaines suivant le début d'une insulinothérapie [16]. Les vitesses de
conduction étaient normales, de même que la densité des fibres myélinisées
et non myélinisées. Les biopsies nerveuses montraient des anomalies vasculaires
à type de néo-vaisseaux qui faisaient évoquer des lésions de rétinopathie
proliférante et suggéraient une ischémie de l'endonèvre. Il est probable
que des anomalies vasculaires de l'endonèvre soient responsables des douleurs
observées au cours de la neuropathie diabétique.
Enfin, il faut également faire une place à part aux fibromyosites
diabétiques ainsi qu'aux syndromes canalaires. Ces derniers correspondent
à une atteinte isolée d'un nerf périphérique au niveau d'un défilé (par
exemple le syndrome du canal carpien). Ces syndromes canalaires sont deux
fois plus fréquents dans la population diabétique que dans la population
générale. Les nerfs les plus fréquemment concernés étant le médian, le
radial, le fémoral et le péronier latéral.
Une classification établie par le groupe de neuropathie de l'EASD (Neurodiab)
(Tableau I) résume ces principales données, les principaux diagnostics
différentiels étant évoqués (Tableau II).
LÉSIONS ANATOMO-PATHOLOGIQUES
DES FIBRES NERVEUSES
Il est établi que les lésions observées prédo-minent à la partie distale
des nerfs des membres inférieurs, sachant que l'on rencontre des fibres
en dégénérescence axonale et des fibres présentant des lésions de démyélinisation
segmentaire.
Cette démyélinisation qui ne semble pas relever d'un mécanisme unique,
pourrait être la conséquence d'une altération de la cellule de Schwann
ou d'une perturbation des rapports entre l'axone et la dite cellule. Il
existe de plus une raréfaction axonale pouvant intéresser préférentiellement
certaines catégories de fibres. La dégénérescence axonale est loin d'épargner
les fibres amyéliniques. Dans le syndrome des petites fibres, leur atteinte
est extrêmement sévère, plus marquée même que celle des fibres myéliniques.
Dans les anomalies fréquemment rapportées figurent également les épaississements
des membranes basales des capillaires laissant supposer que les lésions
nerveuses périphériques observées dans le diabète seraient en partie tout
au moins de nature ischémique.
LES EXPLORATIONS PARA-CLINIQUES
Les tests quantitatifs
Ils représentent un prolongement de l'examen clinique standard:
La recherche de troubles de sensibilité vibratoire - La démyélinisation
entraîne un dysfonctionnement de la conduction rapide, une altération
de la sensibilité discriminative. Les tests proposés pour chercher ces
anomalies sont:
- l'étude du temps de perception de la vibration au diapason: un diapason
standard est appliqué sur une surface osseuse (malléole, rotule, olécrâne,
tête métacarpienne). On mesure sur plusieurs sites (un seul site d'étude
rend l'étude non fiable) le temps de perception de la sensation vibratoire.
Plusieurs essais sont effectués, une moyenne aboutit à un score qui
sert de valeur de référence. Cette technique est simple, mais elle ne
peut être pratiquée en double insu;
- le vibratomètre: il s'agit d'un appareil spécialisé testant plusieurs
seuils de perception de la vibration sur différents sites, une moyenne
est faite. L'accomplissement d'un tel examen est plus long, mais le
résultat est reproductible, les causes d'erreur liées à l'inattention,
à l'influence de l'examinateur sont gommées. La méthodologie doit être
stricte car la sensibilité vibratoire évolue en fonction de l'âge ;
la constitution d'un groupe témoin est donc indispensable.
Recherche d'anomalies de la sensibilité thermique - Les fibres
nerveuses véhiculant la sensation de froid sont très peu myélinisées,
celles véhiculant la sensation de chaud ne sont pas myélinisées. L'atteinte
des 2 sensations n'est pas toujours associée, pour certains dans le diabète
prédominerait l'altération de la sensation au froid. L'étude de la sensibilité
thermique renseigne donc sur les atteintes axonales.
Sensibilité tactile - On détecte les seuils tactiles généralement
sur le dos du gros orteil.
Examens neurophysiologiques
Le principe de ces examens repose sur la stimulation des fibres périphériques
et le recueil de l'influx sur le trajet de l'influx. Les paramètres mesurés
sont:
- la vitesse de conduction: la mesure est effectuée au début du potentiel
et non au pic: c'est l'activité électrique des fibres les plus myélinisées
qui est prise en compte. Le ralentissement de vitesse est donc le témoin
d'un processus démyélinisant. Une neuropathie axonale (notamment au
début) peut de ce fait ne se traduire par aucun ralentissement de vitesse;
- l'amplitude du potentiel: les pathologies axonales provoquent une
diminution de l'amplitude du potentiel de nerf, la perte d'amplitude
n'est pas proportionnelle à l'altération axonale;
- la latence distale motrice: ce paramètre est utile dans les syndromes
canalaires pour prouver un ralentissement focal;
- les réflexes H soléaires: la stimulation dans le creux poplité des
fibres sensitives du nerf tibial déclenche l'apparition d'une réponse
motrice dans le soléaire. Cette réponse survient avec une latence parfaitement
stable, témoignant du caractère monosymptomatique de la réponse;
- les ondes F: les nerfs stimulés lors de la réalisation des vitesses
de conduction sont superficiels, ce qui contraint à la mesure de la
partie distale des nerfs périphériques. Une latence indiquant le fonctionnement
de la partie proximale est obtenue par la mesure des ondes F. Cette
technique est cependant peu informative car très variable.
L'aspect pratique: la pratique de ces mesures n'est pas douloureuse,
mais jugée désagréable par la grande majorité des patients. Elle nécessite
un appareil particulier et un médecin ou un technicien formés spécialement.
L'interprétation des résultats n'est pas élémentaire, en effet, il existe
une variation des paramètres en fonction de l'âge et de la taille du patient
(des équations correctri-ces ont été établies), de la température cutanée,
l'abaissement de la température diminue la vitesse de conduction et augmente
l'amplitude du potentiel. L'équilibre glycémique influence également les
résultats. La reproductibilité de la technique est médiocre.
La biopsie neuromusculaire
La biopsie neuromusculaire ne peut être réalisée que dans des services
très spécialisés: la biopsie nerveuse porte généralement sur le nerf sural.
Il existe de façon constante une diminution de la densité des fibres nerveuses
avec au niveau du muscle des signes de dénervation. Les lésions intéressent
les fibres non myélinisées ainsi que les fibres myélinisées. Dans les
neuropathies sensitivo-motrices il semble que l'atteinte prédomine sur
les fibres de gros calibres. La biopsie neuromusculaire est surtout utile
pour exclure d'autres causes de neuropathies comme la sarcoïdose ou une
granulomatose [17].
Etude du liquide céphalo-rachidien
Celle-ci peut être réalisée dans le but d'éliminer un auhe diagnostic
neurologique. Il faut à cet effet savoir qu'au cours du diabète une élévation
de la protéinorachie est habituellement observée; en cas de neuropathie
symptomatique, les chiffres vont se situer entre 0,45 et 1 g/l.
LES MOYENS THÉRAPEUTIQUES
Le traitement de la neuropathie diabétique périphérique compte 3 volets:
l'amélioration du contrôle glycémique; le traitement symptomatique; le
traitement bloquant les mécanismes impliqués dans la physiopathologie
de la neuropathie.
Amélioration du contrôle glycémique- C'est à l'heure actuelle
le seul traitement spécifique de la neuropathie. Chez le DNID, I'amélioration
du contrôle métabolique n'implique pas nécessairement une insulinothérapie.
Celle-ci ne sera envisagée que si l'objectif glycémique n'est pas atteint.
En effet, il a été montré que l'insulinothérapie peut aggraver voire induire
une neuropathie douloureuse dans certaines circonstances [16].
Le traitement symptomatique - Il est fondamental de faire comprendre
au diabétique qui présente une neuropathie douloureuse que l'évolution
est en général favorable mais qu'il faut être patient... Le traitement
symptomatique repose sur l'utilisation de plusieurs médications:
- les antidépresseurs [16]: L'amitriptyline (Laroxil®, Elavil®) et la
desipramine (Pertofran®) donnent de meilleurs résultats que la fluoxetine
(Prozac®). Certains utilisent volontiers un autre antidépresseur, la
fluvoxamine (Floxyfral®) en une prise au coucher. La carbamazépine (Tegretol®,
100 mg 2 fois par jour, puis 200 mg 2 fois par jour) est une alternative
intéressante. Lorsqu'il existe des crampes musculaires, il est utile
d'utiliser des benzodiazépines ou des antiinflammatoires non stéroïdiens.
Enfin, la capsaicin sous forme de crème, largement utilisée dans d'autres
pays, peut être utilisée contre les dysesthésies en applications locales
plusieurs fois par jour;
- lorsqu'il existe une amyotrophie diabétique proximale, une corticothérapie
par voie générale peut être envisagée après avis du neurologue.
Traitement à visée physiopathologique -
- Les inhibiteurs de l'aldose reductase ont été largement utilisés chez
l'animal et ont contribué à la compréhension des mécanismes physiopathologiques.
Ils préviennent l'accumulation de sorbitol, la déplétion en myoinositol
et le ralentissement des vitesses de conduction des nerts périphériques
chez le diabétique. Chez l'homme ils améliorent les vitesses de conduction
nerveuse, augmentent le nombre de fibres régénérées ainsi que le débit
sanguin du nerf [12]. Cependant il n'a pas été démontré d'effet positif
sur la neuropathie clinique.
- L'aminoguanidine [19] agit au niveau de l'étape tardive de la formation
des produits terminaux de la glycation. Elle prévient l'altération des
vitesses de conduction chez le rat diabétique et préserverait la vasodilatation
induite par l'oxyde nitrique. Elle aurait également un effet favorable
sur la voie des polyols. Son efficacité est en cours d'évaluation chez
l'homme.
- Au cours du diabète, la delta6-desaturase qui permet la désaturation
de l'acide linoléique en acide gamma-linolénique est altérée, ce qui
induit des modifications du métabolisme des prostaglandines avec pour
conséquence des troubles de l'agrégation plaquettaire qui participeraient
à l'ischémie du nerf. La supplémentation en acide gamma-linolénique
[20] améliore les vitesses de conduction nerveuse, le seuil de perception
thermique, mais n'est pas convaincante quant à l'amélioration des signes
cliniques.
- La L-acetyl carnitine et les anti-oxydants sont également efficaces
chez l'animal et leur évaluation est en cours chez l'homme. En particulier
dans une étude récente, un anti-oxydant (l'acide alpha-lipoïque) [21]
administré par voie intraveineuse à la posologie de 600 mg/j pendant
3 semaines améliore les symptômes de la neuropathie diabétique sans
manifestation secondaire significative. L'utilisation de cet anti-oxydant
repose sur le fait que certaines neuropathies diabétiques expérimentales
s'accompagnent d'une augmentation de radicaux libres responsables de
modifications hémostatiques et de lésions endothéliales.
EN PRATIQUE, COMMENT
PROCÉDER
Comment dépister la neuropathie diabétique - Le diagnostic de
neuropathie repose sur l'interrogatoire à la recherche de douleurs, dysesthésies
ainsi que sur l'examen objectif: percussion des réflexes, recherche de
troubles de l'équilibre, atteinte de la sensibilité vibratoire et anesthésie
thermo-algique. Dans le cadre de cet examen neurologique, on rappellera
quelques notions cliniques élémentaires.
L'épreuve du pic touche: il ne faut pas utiliser une aiguille mais plutôt
un cure-dent. La question posée doit être " est-ce douloureux " et non
" est-ce que vous le sentez ". Pour analyser le toucher, un coton est
le mieux adapté. L'analyse du site distal doit être comparée à celle d'un
site proximal. La sensibilité vibratoire s'étudie sur le gros orteil à
l'aide d'un diapason gradué à 128 HZ.
Quels sont les pièges par excès à éviter ? La constatation d'une
neuropathie distale et symétrique tout particulièrement dans sa variété
sensitive qui représente 90 % des neuropathies est immédiatement attribuée
au diabète lorsqu'on la constate chez un sujet suivi depuis plusieurs
annces pour un diabète insulino-dépendant ou non insulinodépendant. Le
diagnostic dans un tel tableau parait évident au point tel que l'on peut
omettre de rechercher les autres étiologies de neuropathie. Une telle
enquête est nécessaire malgré le caractère évident du tableau clinique
(Tableau II).
En contrepartie, certaines erreurs par défaut sont lourdes de
conséquences. Ainsi, alors que la neuropathie diabétique est indiscutable,
certains facteurs aggravant existent, accessibles à la thérapeutique.C'est
le cas du canal lombaire étroit, d'une épine irritative rachidienne en
particulier lorsque la neuropathie s'accompagne de sciatique paralysante,
de facteurs métaboliques aggravant, en particulier l'alcool.
Quand faut-il faire appel au neurologue ? Dès qu'il existe un
doute diagnostique. Tels sont les cas représentés par:
- les mononeuropathies des paires crâniennes ;
- les neuropathies des membres supérieurs;
- les neuropathies sévères apparaissant de manière précoce dans les
diabètes de type 1 de moins de 10 ans d'ancienneté.
- Les formes amyotrophiques requièrent également l'avis spécialisé.
L'un des cas les plus difficiles rencontré nécessitant une coordination
étroite entre le diabétologue et le neurologue est représenté par les
neuropathies quel que soit leur type, sans étiologie précise, et pour
lesquelles dans l'enquête étiologique ont été mises en évidence les anomalies
de la tolérance au glucose lors d'une hyperglycémie provoquée par voie
orale. Faut-il relier les 2 phénomènes ? s'agit-il d'une association fortuite
? c'est un problème toujours délicat à résoudre. L'épreuve du temps et
la surveillance à intervalles réguliers du patient par des examens complémentaires
à la recherche d'une cause générale, l'évolution spontanée du trouble
dans un sens aggravant ou à l'inverse favorable pourront aider à répondre
à la question.
Quand le diabétologue doit-il demander les explorations neurophysiologiques
? Il n'a pas à le faire. Ces examens doivent être prescrits par le
neurologue lorsque celui-ci aura été consulté pour un cas difficile et
lorsqu'il juge ces explorations nécessaires. Nous avons souligné en effet
le caractère approximatif des mesures réalisées, d'où le caractère limitatif
de ces explorations. Par ailleurs, la grande majorité des neuropathies
ne pose pas de problème majeur quant à leur reconnaissance, et les seules
données de l'examen clinique sont suffisantes.
Pour l'instant, il n'existe aucune médication à visée symptomatique qui
ait fait la preuve de son efficacité associée à son innocuité. On peut
fonder des espoirs pour l'avenir sur l'acide alphalipoique, si les futures
études cliniques confirment les premières données.
Tous les moyens doivent être utilisés pour obtenir un équilibre glycémique
aussi satisfaisant que possible: adaptation de l'insulinothérapie dans
le diabète de type I, en proposant un schéma optimisé comme le souligne
l'étude du DCCT. Adaptation du régime, activité physique régulière si
l'état le permet et meilleure adaptation des médications hypoglycémiantes
pour réduire l'hyperglycémie chez le diabétique non insulino-dépendant.
En fait, on aura surtout à répondre en premier lieu à la principale doléance
du patient: calmer sa douleur. Bien évidemment on ne résistera pas à la
nécessité de prescrire des vitamines du groupe B. En général les vitarnines
B1 se révèlent assez peu efficaces. Très vite, dans les neuropathies sensitives
on peut être conduit à propo-ser les unes après les autres certaines médications.
Il n'y a aucune loi établie, chacun a ses recettes qu'il croit supérieures
aux autres, certains sont des inconditionnels de la fluvoxamine (Floxyfral®)
à la posologie de 100 mg/j. D'autres n'hésiteront pas à utiliser le clonazepam
(Rivotril®) sous forme de comprimés à 2 mg sur une base de 0,05 à 0,1
/kg et par jour, soit dans les formes sévères par 1 ampoule à 1 mg par
voie intraveineuse lente pouvant être renouvelée 3 à 4 fois dans les 24
h.
D'autres traitements anti-algiques évoqués au chapitre des moyens thérapeutiques
peuvent être utilisés en cas d'inefficacité, en particulier la Carbamazépine
(Tegretol®).
En fait, l'un des points les plus importants à retenir est que ce phénomène
va le plus souvent s'éteindre avec le temps et qu'il faut chercher à garder
toute la confiance du patient en lui précisant ceci.
La place de l'insulinothérapie peut se discuter dans le cas de la neuropathie
diabétique lorsqu'elle est observée chez un diabétique non insulino-dépendant.
Il semble montré en effet dans les études épidémiologiques récentes que
l'insulinopénie est un facteur aggravant. On est donc tenté en cas de
déséquilibre relativement important de placer les sujets atteints de DNID
sous insuline. C'est une éventualité mais on rappellera l'existence de
neuropathies hyperalgiques observées chez les diabétiques non insulino-dépendants
[16] dans les 5 semaines qui suivent le début d'une insulinothérapie.
Enfin, lorsqu'il y a une perte de perception sensitive et qu'il n'y a
pas de douleur, le problème est de prévenir la survenue de lésions des
pieds, d'où la nécessité d'une consultation multidisciplinaire qui peut
aboutir à la prescription de chaussures orthopédiques.
CONCLUSION
Le dépistage de la neuropathie périphérique fait partie du bilan périodique
annuel du diabétique. Il repose sur l'examen clinique et non sur des tests
électrophysiologiques. Une collaboration avec le neurologue est utile
dans les formes de neuropathies très douloureuses afin d'améliorer la
prise en charge thérapeutique, elle est fortement conseillée dans les
formes atypiques pour confirmer le diagnostic. L'amélioration au cours
des dernières années des connaissances des mécanismes physiologiques de
la neuropathie diabétique a permis le développement de nouvelles thérapeutiques
efficaces chez l'animal dont l'intérêt reste à démontrer chez l'homme
par des études prospectives suffisamment longues et basées sur des critères
cliniques précis. Dans l'attente, l'utilisation des antalgiques simples
relayés éventuellement par des anti-inflammatoires non stéroidiens et
des antalgiques majeurs peut s'avérer nécessaire.
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TABLEAU I. Classification de la neuropathie périphérique diabétique (NPD).
TABLEAU II Diagnostics différentiels de la neuropathie diabétique
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