
RECOMMANDATIONS
POUR LE DEPISTAGE ET LA SURVEILLANCE DE LA RETINOPATHIE DIABETIQUE
1996
P. Massin (Rapporteur), K. Angioi-Duprez, F. Bacin, B. Cathelineau, G.
Cathelineau, G. Chaine, G. Coscas, J. Flament, J. Sahel, P. Turut , PJ.
Guillausseau, A. Gaudric
- Introduction et généralités
La rétinopathie diabétique est une cause majeure de malvoyance* et de
cécité ** en France. C'est la première cause de cécité avant l'âge de
50 ans, et la troisième après 50 ans, après la dégénérescence maculaire
liée à l 'âge et le glaucome. La prévalence de la rétinopathie diabétique
augmente avec la durée du diabète et l'importance de l'hyperglycémie chronique.
Dans la population diabétique, environ 45% des diabétiques traités par
insuline et 17% des diabétiques traités par hypoglycémiants oraux ont
une rétinopathie diabétique. Après 20 ans d'évolution du diabète, plus
de 90% des diabétiques de type1 et plus de 60% des diabétiques de type
2 ont une rétinopathie diabétique.
L'évolution de la rétinopathie diabétique est bien connue. Il est important
de savoir que la baisse visuelle ne survient qu'après une longue période
d'évolution silencieuse de la rétinopathie diabétique et qu'elle est causée
par ses complications. Le malade peut ne ressentir aucun signe fonctionnel
, ni baisse visuelle alors qu'il a déjà une rétinopathie diabétique évoluée
et des lésions à haut risque de cécité. Il importe donc de chercher à
dépister précocément les lésions de rétinopathie diabétique, car la cécité
peut d'autant mieux être prévenue que le traitement est réalisé à temps.
Pour cela, une surveillance ophtalmologique régulière doit être poursuivie
tout au long de la vie du diabétique et le traitement par laser doit être
réalisé avant que la rétinopathie diabétique n'ait causé une perte irréversible
de la vision .
Une coopération entre l'ophtalmologiste, le diabétologue et le médecin
généraliste est indispensable pour motiver le patient à accepter une surveillance
ophtalmologique régulière. Les principes de cette surveillance et les
modalités du traitement sont bien connus et largement acceptés par la
communauté médicale, mais malheureusement de très nombreux patients ne
bénéficient pas encore du suivi ophtalmologique nécessaire. Le but de
ces recommandations est de contribuer à rationaliser et à généraliser
la surveillance ophtalmologique des diabétiques.
- La Rétinopathie diabétique
La rétinopathie diabétique est une manifestation de la microangiopathie
diabétique. Elle est dûe à deux processus pathologiques: l'hyperperméabilité
de la paroi des capillaires rétiniens source d'oedème rétinien, et l'occlusion
des capillaires rétiniens, responsable d'ischémie rétinienne ; lorsque
l'ischémie rétinienne est étendue, une prolifération réactionnelle de
néovaisseaux se produit à la surface de la rétine, puis dans le vitré.
Les phénomènes démateux prédominent dans la région centrale de la rétine,
la macula, et les phénomènes occlusifs affectent surtout la rétine périphérique.
La rétinopathie diabétique débute par un stade de rétinopathie diabétique
non proliférante , et évolue vers la rétinopathie diabétique non proliférante
sévère (ou préproliférante) caractérisée par une ischémie rétinienne étendue,
puis vers la rétinopathie diabétique proliférante caractérisée par
la prolifération de néovaisseaux à la surface de la rétine, sur la papille
puis sur la face postérieure du vitré.
La perte de vision peut résulter de plusieurs mécanismes: oedème maculaire
qui entraîne une baisse progressive de la vision centrale, ischémie maculaire,
hémorragie intra-vitréenne responsable d'une perte brutale et quasi-complète
de la vision, décollement de la rétine dû à une contraction du tissu fibreux
de soutien des néovaisseaux, qui entraîne également une baisse profonde
de la vision. Enfin, à un stade ultime de l' évolution de la rétinopathie
diabétique, un décollement de rétine complexe et/ou un glaucome néovasculaire
peuvent être responsables de cécité définitive.
Un examen précoce du fond d'oeil dès la découverte du diabète, et répété
régulièrement tout au long de la vie du diabétique est indispensable pour
reconnaitre les stades initiaux de la rétinopathie diabétique, et pour
réaliser éventuellement les traitements qui permettront de diminuer le
risque d'une baisse sévère de l'acuité visuelle.
A. Classification de
la rétinopathie diabétique
Avant de détailler les modalités de surveillance ophtalmologique des
patients diabétiques , il est nécessaire de présenter la classification
de la rétinopathie diabétique. Elle est définie à partir des lésions observées
au fond d'il et / ou en angiographie. Cette classification définit les
différents stades de la rétinopathie diabétique et donne une indication
aisément compréhensible de gravité et de pronostic. L'utilisation d'un
langage standardisé dans la description du fond d'oeil et le compte rendu
d'angiographie permet une meilleure communication entre les ophtalmologistes,
les médecins généralistes, et les diabétologues (cf annexes 1 et 2).
| Pas de rétinopathie diabétique (RD) |
+- maculopathie diabetique |
| Rétinopathie diabétique non proliférante
RD non proliférante minime
RD non proliférante modérée
RD non proliférante sévère (ou RD préproliférante)
|
| Rétinopathie diabétique proliférante *
RD proliférante minime
RD proliférante modérée
RD proliférante sévère
RD proliférante compliquée
|
*: Proliférante : avec néovaisseaux pré-rétiniens et/ ou pré-papillaires
Maculopathie diabétique
Maculopathie oedémateuse:
- oedème maculaire localisé entouré d' exsudats
- oedème maculaire diffus de la région centrale:
->oedème maculaire non cystoïde
->oedème maculaire cystoïde
Maculopathie ischémique
B - Dépistage et surveillance
de la rétinopathie diabétique
a - Modalités de l'examen ophtalmologique du diabétique
Réalisé par l' ophtalmologiste, l'examen oculaire du diabétique comprend
:
- un interrogatoire portant sur l'anamnèse du diabète, l'équilibe glycémique
(taux de l'hémoglobine glyquée) et tensionnel, l'existence d'autres complications
du diabète (microalbuminurie, complications cardio-vasculaires)
- l' analyse des symptômes visuels,
- la mesure de l'acuité visuelle avec correction optique,
- la mesure de la pression intraoculaire (recherche de glaucome),
- l'examen de l'iris et du cristallin (recherche de rubéose et de cataracte),
- l'examen du vitré et du fond d'oeil après dilatation pupillaire (collyre
à 1 % de tropicamide (Mydriaticum*) et/ou collyre à 1 % de cyclopentholate
(Skiacol*) et collyre phényléphrine (Néosynéphrine*) 2,5 à 10 % sans dépasser
deux instillations).
Méthode pour l'examen du fond d'oeil :
Deux techniques complémentaires peuvent être employées pour l'examen
de la rétine : la biomicroscopie et l'angiographie en fluorescence.
- Biomicroscopie du fond d'oeil :
Elle se fait à la lampe à fente, à l'aide d'une lentille d'examen avec
ou sans contact cornéen.
L'examen du fond d'oeil doit être complet, et comprendre l'analyse soigneuse
de la région maculaire, de la papille et de la rétine périphérique. L'emploi
du filtre vert de la lampe à fente facilite la détection précoce des néovaisseaux
et des autres anomalies vasculaires.
Les malades présentant des lésions manifestes de rétinopathie diabétique
et tous les malades chez lesquels l'examen du fond d'oeil laisse un doute
sur l'existence ou non de lésions minimes de rétinopathie diabétique doivent
avoir un examen angiographique du fond d'oeil.
- Examen angiographique du fond d'oeil :
L'angiographie en fluorescence est indispensable lorsqu'il existe une
rétinopathie diabétique. Elle peut être également pratiquée en dépistage
chez les diabétiques de type 1 ayant plus de 5 années d'évolution du diabète
, ou comme premier examen de référence chez les diabétiques de type 2,
même si l'examen du fond d'oeil parait normal. L'angiographie permet,
en effet, de mettre en évidence des signes infracliniques de rétinopathie
diabétique, ou des signes discrets qui peuvent échapper à l'examen biomicroscopique.
Elle sert également de guide au traitement par photocoagulation.
Elle est précédée de photographies sans injection du pôle postérieur
et éventuellement de la périphérie rétinienne. La séquence angiographique
(après injection intra-veineuse de fluorescéine) sera centrée sur le pôle
postérieur, des clichés périphériques seront systématiquement réalisés
dans les huit champs du fond d'oeil, et l'examen comportera toujours un
cliché tardif, centré sur la macula , 5 minutes puis 10 minutes après
l'injection de fluorescéine.
b - Dépistage de la rétinopathie diabétique et rythme de surveillance
(annexe 3 )
Les modalités de surveillance ophtalmologique du diabétique reposent
sur les données épidémiologiques et la connaissance de l'évolution spontanée
de la rétinopathie diabétique.
Toute découverte d'un diabète doit s'accompagner d'un examen ophtalmologique.
Il faut cependant distinguer le cas des diabétiques de type 1 de celui
des diabétiques de type 2.
Diabète de type 1 : chez un diabétique de type 1, le début du
diabète est connu avec précision. La rétinopathie diabétique ne survient
en général pas avant 7 ans d'évolution du diabète, mais après 20 ans d'évolution,
90 à 95 % des diabétiques ont une rétinopathie diabétique.
Un examen du fond d'oeil sera réalisé à la découverte du diabète, puis
tous les ans.
Une angiographie de référence pourra être réalisée dès la 5ème année de
diabète même si l'examen biomicroscopique du fond d'oeil parait normal,
et être répétée tous les 2 à 3 ans .
Une angiographie en fluorescence doit être pratiquée impérativement
dès les premiers signes biomicroscopiques de rétinopathie diabétique.
Sa fréquence ultérieure sera fonction des résultats de l'examen du fond
d'oeil.
Chez les enfants, il n'est pas nécessaire que le premier examen ophtalmologique
soit réalisé avant l'âge de 10 ans.
Diabète de type 2 : chez les diabétiques de type 2, le début de
la maladie diabétique est souvent inconnu. L'examen ophtalmologique initial
peut déjà découvrir une rétinopathie diabétique plus ou moins évoluée
(20 % des diabétiques de type 2 ont une rétinopathie diabétique lors de
la découverte de leur diabète).
Un examen du fond d'oeil est donc impératif dès la découverte du diabète.
Une angiographie en fluorescence est nécessaire s'il y a déjà une rétinopathie
diabétique.
Une angiographie de référence pourra être réalisée même si l'examen biomicroscopique
du fond d'oeil parait normal.
La surveillance ophtalmologique sera ensuite réalisée tous les ans ou
plus fréquemment s'il existe une rétinopathie diabétique évoluée à la
découverte du diabète.
c - Circonstances particulières :
Il existe des périodes de la vie du diabétique pendant lesquelles le
risque d'une évolution rapide de la rétinopathie rend nécessaire une surveillance
ophtalmologique renforcée.
- La puberté et l'adolescence (période entre 13 et 18 ans): chez
les enfants diabétiques, la prévalence de la rétinopathie diabétique est
faible, et il n'y a notamment pas de rétinopathie proliférante avant la
puberté.
La puberté et l'adolescence constituent une période à haut risque d'évolution
de la rétinopathie diabétique, et justifient une surveillance ophtalmologique
renforcée.
La période entre 16 et 18 ans est particulièrement critique, la surveillance
ophtalmologique doit être rapprochée; s'il existe une rétinopathie diabétique,
un contrôle ophtalmologique tous les 3 à 6 mois est justifié.
- La grossesse : au cours de la grossesse il existe un risque
majoré de progression de la rétinopathie diabétique. Il est nécessaire
d'examiner le fond d''oeil avant la grossesse; en l'absence de rétinopathie
diabétique en début de grossesse, une surveillance ophtalmologique trimestrielle
puis en post partum doit être réalisée. S'il existe une rétinopathie diabétique
en début de grossesse, une surveillance ophtalmologique mensuelle est
nécessaire.
Des angiographies en fluorescence peuvent être réalisées si elles sont
indiquées, aucun effet tératogène n'ayant été décrit.
La photocoagulation peut être également réalisée au cours de la grossesse
si elle est nécessaire.
- La normalisation rapide de la glycémie par un traitement intensif
exige un examen préalable , et une surveillance rapprochée du fond d'oeil.
Il existe en effet au cours et au décours de cette période un risque accru
d'aggravation de la rétinopathie diabétique.
La constatation d'une rétinopathie diabétique proliférante doit faire
réaliser une photocoagulation panrétinienne avant ou pendant la période
de normalisation glycémique.
La constatation d'une rétinopathie diabétique préproliférante doit inciter
à normaliser progressivement la glycémie sous contrôle rapproché du fond
d'il et/ou à réaliser une photocoagulation panrétinienne au préalable.
d- Rythme de surveillance de la RD (annexe 3 )
*Pas de rétinopathie diabétique : surveillance annuelle du fond
d'oeil (FO )
*Rétinopathie diabétique non proliférante minime : FO + angiographie
annuels
*Rétinopathie diabétique non proliférante modérée :
- FO + angiographie tous les 6 mois à un an fonction de la maculopathie
associée
- si traitement par laser maculaire, FO + angiographie 4 à 6 mois après
le traitement
*Rétinopathie diabétique non proliférante sévère ( ou préproliférante)
:
FO + angiographie tous les 6 mois (sauf conditions particulières)
Photocoagulation panrétinenne selon circonstances particulières
*Rétinopathie diabétique proliférante :
Photocoagulation panrétinienne
FO + angiographie 2 à 4 mois mois après la fin du traitement
(Dans certains cas particuliers , des contrôles angiographiques peuvent
être indiqués à des intervalles de temps plus rapprochés que ceux sus-cités)
C - Traitement de la
Rétinopathie Diabétique par laser
a - Traitement de la rétinopathie diabétique proliférante
La photocoagulation panrétinienne (PPR) est le traitement de la rétinopathie
diabétique proliférante. Son efficacité a été démontrée par une étude
prospective randomisée aux USA, la DRS (Diabetic Retinopathy Study) qui
a montré que la PPR permettait de réduire considérablement le risque de
cécité lié à la rétinopathie diabétique proliférante , et a été confirmée
par une vaste expérience clinique en France et en Europe (3, 7, 8).
Indication de la PPR :
La photocoagulation panrétinienne est indiquée dans tous les cas de
rétinopathie diabétique proliférante avec présence de néovaisseaux prépapillaires
ou d'hémorragie pré-rétinienne ou intra-vitréenne.
Elle est indiquée aussi, mais peut être réalisée plus lentement dès la
découverte de néovaisseaux prérétiniens isolés.
La photocoagulation panrétinienne sera réalisée en plusieurs séances,
dont l'espacement dépend de la sévérité de la rétinopathie diabétique
proliférante. Par exemple, le traitement devra être terminé en 1 à 2 mois,
en cas de rétinopathie diabétique proliférante associée à des facteurs
de "haut risque" (néovaisseaux prépapillaires étendus et/ou néovaisseaux
prérétiniens ou prépapillaires associés à une hémorragie pré-rétinienne
ou intra-vitréenne) ou en cas de rubéose irienne; par contre, pour des
néovaisseaux prérétiniens isolés, la photocoagulation peut être menée
à raison d'une séance par mois ou tous les deux mois s'étalant sur 6 mois
à un an .
b - Traitement de la rétinopathie diabétique préproliférante
L'ETDRS (Early Treatment of Diabetic Retinopathy Study), étude prospective
randomisée menée aux USA a montré qu'un traitement précoce par photocoagulation
panrétinienne d'une rétinopathie diabétique préproliférante ou d'une rétinopathie
diabétique proliférante débutante ne réduisait que faiblement l' incidence
de la perte de vision par rapport à un traitement réalisé à des stades
plus avancés (10).
Néanmoins, une photocoagulation des territoires ischémiques peut être
indiquée avant même l'apparition des néovaisseaux, en particulier:
- en cas de grossesse,
- en cas d'équilibration rapide de la glycémie par mise à un traitement
hypoglycémiant intensif,
- avant ou après la chirurgie de la cataracte,
- chez un patient dont le suivi sera difficile ,
- lorsqu'il existe une néovascularisation de l'autre oeil, ou en cas de
rétinopathie diabétique préproliférante bilatérale.
La photocoagulation doit alors être menée suffisamment lentement pour
minimiser les effets secondaires de la photocoagulation panrétinienne,
notamment l'oedème maculaire.
c - Traitement de la maculopathie diabétique
Les lésions focales extra maculaires entourées d'exsudats menaçant
la macula doivent être traitées par photocoagulation au laser, même si
l'acuité visuelle est normale. Plusieurs études randomisées ont montré
l'efficacité de la photocoagulation au laser du centre des exsudats circinés
pour préserver de l'acuité visuelle (10).
L'oedème diffus de la région centrale, losqu'il s'accompagne d'une baisse
visuelle significative et modérée peut nécessiter une photocoagulation
en quinconce périfovéolaire non confluente ("grid"). Ce traitement donne
des résultats inconstants, et sa réalisation est délicate: on peut espérer
au mieux un ralentissement de la baisse visuelle. Dans ce type d'oedème,
certaines circonstances particulières comme une insuffisance rénale, une
pression artérielle non contrôlée, un déséquilibre glycémique patent doivent
faire surseoir au traitement jusqu'à correction de ces anomalies. Après
une chirurgie récente de la cataracte, ou une photocoagulation panrétinienne
réalisée récemment , la photocoagulation de l' oedème maculaire peut être
retardée de 6 mois à 1 an, car ces deux circonstances peuvent engendrer
des oedèmes maculaires spontanément réversibles.
D - Traitement médical
de la Rétinopathie Diabétique
a - Lien entre facteurs généraux et rétinopathie diabétique
L'effet bénéfique d'une bonne équilibration glycémique sur l'incidence
et la progression de la rétinopathie diabétique avait été suggéré par
de nombreuses études (15). Récemment le DCCT (Diabetic Control and Complications
Trial Research Group) a démontré l'effet bénéfique d'une équilibration
stricte de la glycémie par insulinothérapie intensive, sur l'incidence
et la progression de la rétinopathie diabétique, chez les diabétiques
de type 1 sans rétinopathie diabétique ou atteints de rétinopathie diabétique
minime à modérée (6). Cet effet bénéfique a été démontré à moyen et long
terme. L'effet bénéfique d'un bon équilibre glycémique chez les diabétiques
de type 2 est également suggéré mais non encore démontré .
Un effet bénéfique de l' équilibration de la pression artérielle sur l'importance
de l'oedème maculaire est probable, mais aucun essai clinique n'a montré
à ce jour qu'un traitement anti hypertenseur pouvait ralentir l'évolution
de la rétinopathie diabétique et /ou de l'oedème maculaire.
b - Traitements médicamenteux
Certaines études ont testé l'influence de traitements médicamenteux sur
la progression des stades initiaux de la rétinopathie diabétique . Deux
études ont montré l'effet bénéfique des anti-agrégants plaquettaires (ticlopidine,
et aspirine à 1 gr par jour) pour ralentir l'augmentation du nombre des
microanévrysmes , l'effet de la ticlopidine n'étant observé que chez les
diabétiques insulino- dépendants. (4, 17).
En revanche, l' ETDRS n'a pas démontré d'effet bénéfique de l'aspirine
(à 650 mg par jour). sur l'évolution de la rétinopathie diabétique évoluée
; cependant il n'existe pas d'effet délétère de l'aspirine, notamment
pas de risque majoré d'hémorragie en cas de rétinopathie diabétique proliférante
(9).
Il n'a pas été démontré d'effet bénéfique des inhibiteurs de l'aldose
réductase tel que le sorbinil sur la progression de la rétinopathie diabétique
. Une étude multicentrique avec le Tolrestat* est en cours.
- TRAITEMENT DE LA CATARACTE
La chirurgie de la cataracte chez le diabétique nécessite des précautions
particulières, notamment chez les patients ayant une rétinopathie diabétique,
en raison du risque majoré d'aggravation de la rétinopathie.
La technique chirurgicale recommandée est l'extraction extra-capsulaire,
qu'elle soit manuelle ou par phacoémulsification, avec implantation d'un
cristallin artificiel dans le sac capsulaire, de diamètre optique égal
ou supérieur à 6,5 mm.
En pré-opératoire, une recherche des foyers infectieux et leur traitement
seront systématiquement réalisés en raison du risque majoré d'endophtalmie
chez le diabétique, une antibioprophylaxie pourra être envisagée. Un examen
pré-opératoire du fond d'il doit être réalisé ainsi qu'une angiographie
en fluorescence lorsque la cataracte le permet. En cas de cataracte obturante
empêchant l'examen du fond d'oeil, une angiographie pré-opératoire de
l'iris est recommandée pour s'assurer qu'il n'existe pas de rubéose irienne
infra-clinique, ainsi qu'une échographie en mode B pour rechercher une
hémorragie intra-vitréenne ou un décollement de rétine.
La surveillance post-opératoire doit être plus rapprochée et prolongée
que chez le patient non diabétique, surtout s'il existe une rétinopathie
diabétique, en raison du risque majoré d'inflammation du segment antérieur,
et d'aggravation de la rétinopathie diabétique (2, 16). S'il existe une
rétinopathie diabétique, une angiographie en fluorescence sera réalisée
durant les quinze premiers jours post-opératoires, et éventuellement répétée
en fonction des résultats.
Si un traitement par photocoagulation au laser est indiqué, notamment
en cas de rétinopathie diabétique proliférante menaçant la vision, il
pourra être réalisé dès les premiers jours post-opératoires.
- CONCLUSION
La mise en oeuvre à l'échelon national de ces mesures de dépistage, de
surveillance et de traitement de la rétinopathie diabétique devrait faire
diminuer le taux de cécité et de malvoyance lié à la rétinopathie diabétique.
Un meilleur recueil des données, une meilleure prise en charge ophtalmologique
des diabétiques ainsi que la collaboration entre ophtalmologistes, diabétologues
et médecins généralistes devraient permettre de mener des études prospectives
sur la prévention des complications oculaires du diabète, notamment chez
les diabétiques de type 2 . Une étude épidémiologique française sur les
complications oculaires du diabète devrait être menée.
La création de centres de référence spécialisés, libres d'accès quelque
soit le lieu d'habitation, est souhaitable pour l'évaluation et le traitement
des cas difficiles de rétinopathie diabétique.
Annexe 1: CLASSIFICATION
DE LA RETINOPATHIE DIABETIQUE (RD) (d'après la classification de l'ETDRS)
| Pas de rétinopathie diabétique (RD) |
+- maculopathie diabetique |
| Rétinopathie diabétique non proliférante
RD non proliférante minime
RD non proliférante modérée
RD non proliférante sévère (ou RD préproliférante)
|
| Rétinopathie diabétique proliférante *
RD proliférante minime
RD proliférante modérée
RD proliférante sévère
RD proliférante compliquée
|
*: Proliférante : avec néovaisseaux pré-rétiniens et/ ou pré-papillaires
Maculopathie diabétique
Maculopathie oedémateuse:
- oedème maculaire localisé entouré d' exsudats
- oedème maculaire diffus de la région centrale:
->oedème maculaire non cystoïde
->oedème maculaire cystoïde
Maculopathie ischémique
Annexe 2 : CLASSIFICATION
DE LA RETINOPATHIE DIABETIQUE
LEXIQUE
Pas de rétinopathie diabétique (au biomicroscope ou en angiographie
si elle est pratiquée)
Rétinopathie diabétique non proliférante minime
Petit nombre de microanévrysmes
et / ou micro-occlusions capillaires et diffusions intra-rétiniennes
localisées si une angiographie est pratiquée
Rétinopathie diabétique non proliférante modérée
- Assez nombreux, nombreux, très nombreux microanévrysmes et / ou hémorragies
en flammèches ou ponctuées
- Quelques, assez nombreux, nombreux nodules cotonneux
- Anomalies microvasculaires intra rétiniennes peu nombreuses (dans
moins d'un quadrant)
- Anomalies veineuses (dans moins de deux quadrants)
- Hémorragies intra-rétiniennes étendues dans moins de quatre quadrants
- Dilatations et diffusions capillaires étendues en angiographie
- Territoires d'ischémie rétinienne localisés, de petite taille, peu
ou assez nombreux en périphérie et / ou au pôle postérieur en angiographie
Rétinopathie diabétique non proliférante sévère ( ou préproliférante)
- Hémorragies rétiniennes étendues dans 4 quadrants
et / ou anomalies veineuses en chapelet dans 2 quadrants
et / ou anomalies microvasculaires intra-rétiniennes nombreuses dans
1 quadrant
- Vastes territoires d'ischémie rétinienne périphérique en angiographie
(surface fixée arbitrairement à plus de 25 surfaces papillaires)
Rétinopathie diabétique proliférante minime
Néovaisseaux pré rétiniens < 1/2 surface papillaire dans 1 ou plusieurs
quadrants
Rétinopathie diabétique proliférante modérée
Néovaisseaux pré rétiniens > 1/2 surface papillaire dans 1 ou plusieurs
quadrants ou néovaisseaux pré-papillaires < 1/4-1/3 surface papillaire
Rétinopathie diabétique proliférante sévère
Néovaisseaux pré-papillaires > 1/4-1/3 surface papillaire
Rétinopathie diabétique proliférante compliquée
- Hémorragie intra-vitréenne , pré rétinienne
- Décollement de rétine par traction et/ou rhegmatogène
- Rubéose, glaucome néovasculaire
* Aux stades de rétinopathie diabétique proliférante, peuvent exister
tous les signes de rétinopathie diabétique non proliférante
** Les formes à "haut risque" de cécité sont les stades de rétinopathie
diabétique proliférante sévère et compliquée.
Annexe 3 : DEPISTAGE
ET SURVEILLANCE DE LA RETINOPATHIE DIABETIQUE (RD)
DEPISTAGE DE LA RETINOPATHIE
DIABETIQUE
Diabète de type 1:
* Examen du fond d'oeil dès la découverte du diabète
(chez les enfants, premier examen à l'âge de 10 ans)
*Fond d'oeil annuel , puis première angiographie dès les premiers signes
de rétinopathie diabétique ( et éventuellement de façon systématique après
5 années de diabète)
Diabète de type 2:
*Examen du fond d'oeil à la découverte du diabète et angiographie dès
les premiers signes de rétinopathie diabétique ( et éventuellement angiographie
systématique à la découverte du diabète)
*Puis surveillance annuelle ou plus fréquente selon les résultats du
premier fond d'oeil
SURVEILLANCE DE LA RETINOPATHIE
DIABETIQUE
* Pas de rétinopathie diabétique : surveillance annuelle du fond d'oeil
* Rétinopathie diabétique minime : FO + angiographie annuels
* Rétinopathie diabétique non proliférante modérée :
- FO + angiographie tous les 6 mois à un an fonction de la maculopathie
associée
- si traitement par laser maculaire, FO + angiographie 4 à 6 mois après
le traitement
* Rétinopathie diabétique non proliférante sévère ( ou préproliférante)
:
FO + angiographie tous les 6 mois (sauf conditions particulières)
PPR à envisager en cas de grossesse , d'équilibration rapide de la glycémie,
de chirurgie de la cataracte, de Rétinopathie Diabétique Proliférante
ou de Rétinopathie Diabétique Préproliférante controlatérale, chez un
sujet à suivi aléatoire
* Rétinopathie diabétique proliférante :
Photocoagulation panrétinienne (rapidité fonction de la gravité de
la RD)
FO + angiographie 2 à 4 mois mois après la fin du traitement
(Dans certains cas particuliers , des contrôles angiographiques
peuvent être indiqués à des intervalles de temps plus rapprochés que ceux
prescrits)
GLOSSAIRE POUR LES COMPTES
RENDUS
DE FOND D'OEIL ET D'ANGIOGRAPHIE
Clichés sans préparation
(lumière verte, lumière bleue, couleur)
rares, quelques, nombreux (assez, très)
microanévrysmes , microhémorragies
exsudats, dispersés / en couronne / en placard central
nodules cotonneux
anomalies microvasculaires intrarétiniennes
dilatation et irrégularité du calibre veineux
prolifération fibrovasculaire, localisée étendue
hémorragie pré-rétinienne, intravitréenne
modérée / dense / récente / ancienne / éteudue/ localisée
en résorption / empêchant l'examen du FO
Angiographie
Pôle postérieur
rares, quelques, nombreux (assez, très)
microanévrysmes
dilatations capillaires
anomalies microvasculaires intrarétiniennes (AMIR)
pas d'oedème maculaire
oedème maculaire non cystoïde, discret / modéré
oedème maculaire cystoïde, partiel / complet - avec / sans logette centrale
bonne perfusion d'ensemble du pôle postérieur
petits territoires d'ischémie
ischémie étendue du pôle postérieur , agrandissement de la zone avasculaire
centrale
Néovascularisation
Néovaisseaux prérétiniens un / plusieurs bouquets
surface < ou > 1/2 surface papillaire
Néovaisseaux prépapillaires surface < ou > 1/4-1/3 surface papillaire
___
reliquat de ___s'étendant sur la rétine
proliférant dans le vitré
Périphérie
rares, quelques, nombreux (assez, très)
hémorragies rétiniennes superficielles / profondes
nodules cotonneux
AMIR
anomalies veineuses
dans un ou plusieurs quadrants
bonne perfusion périphérique
territoires d'ischémie périphérique petits / vastes / supérieurs à 25
surfaces papillaires
Néovaisseaux prérétiniens un / plusieurs bouquets
surface < ou > 1/2 surface papillaire
dans un ou plusieurs quadrants
PPR dispersée / dense/ confluente / non confluente
en cours de réalisation / incomplète / complète
devant être encore densifiée
Mots pour l'évolution
sans changement / stable / aggravation / régression par rapport à l'examen
de... / initial de ... etc.
En conclusion
Pas de rétinopathie diabétique
Rétinopathie diabétique non proliférante
Minime
Modérée
avec oedème maculaire, non cystoïde / cystoïde
Rétinopathie diabétique non proliférante sévère ou préproliférante
Avec / sans oedème maculaire, non cystoïde / cystoïde
Rétinopathie diabétique proliférante
Minime
Modérée
Sévère
Compliquée
Indications thérapeutiques
et surveillance
Pas de traitement par laser envisagé
Nécessite une photocoagulation au pôle postérieur
Focale
En quinconce péri fovéolaire ("grid")
Nécessite une photocoagulation pan rétinienne
Nouvel examen dans, 2 ans / 1 an / 6 mois / 4 mois / 2 mois
Indication à un traitement chirurgical
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