Dernière mise à jour : 11/03/2008
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ACTIVITE PHYSIQUE ET DIABETE
1998

Recommandations de l'ALFEDIAM
Jean-François GAUTIER (1), Catherine BERNE (1), Jean-Jacques GRIMM (2), Beatrice LOBEL (3), Vincent COLICHE (4), Etienne MOLLET (5).

(1) Paris, France (2) Lausanne, Suisse (3) Douai, France (4) Boulogne sur Mer , France (5) Dole, France

Adresse pour correspondance: Jean-François GAUTIER,
Service de Diabétologie,
Hôpital Saint-Louis,
1 avenue Claude Vellefaux
75475 PARIS CEDEX 10

Tel: 01 42 49 96 96
Fax: 01 42 49 41 78


INTRODUCTION

L’activité physique régulière est recommandée depuis longtemps aux patients diabétiques. Déjà, à la fin du 19ème siècle Appolinaire Bouchardat conseillait à ses diabétiques " ....la chasse, l’escrime, la rame, le patinage, le jeu de paume, le billard, ainsi que les travaux actifs de labourage et de jardinage ". Dans la population générale, une diminution de la morbidité vasculaire est observée chez les sujets présentant une capacité cardio-respiratoire élevée et/ou un haut niveau d’activité physique (1). Cet effet cardiovasculaire protecteur s’explique en partie par le fait que l’activité physique régulière améliore les anomalies du syndrome pluri-métabolique: augmentation de la sensibilité à l’insuline, diminution de la masse grasse, modification du profil lipidique dans un sens moins athérogène, augmentation de la fibrinolyse, diminution de la pression artérielle.... et diminution de l’incidence du diabète non insulino-dépendant (DNID). Ces données montrent clairement que l’activité physique régulière doit faire partie de la prise en charge thérapeutique du DNID. Le diabète insulino-dépendant (DID) pose un problème différent. Il s’agit le plus souvent d’un patient jeune, sans surpoids ni facteurs de risque cardiovasculaires associés, qui souhaite continuer ou reprendre une activité sportive en toute sécurité, c’est à dire sans risque d’hypoglycémie, ni de décompensation du diabète. Chez ces patients, les recommandations sont plus difficiles à codifier compte tenu du manque de données dans la litérature, et reposent en grande partie sur l’experience acquise.


PHYSIOPATHOLOGIE DE L’EXERCICE MUSCULAIRE

Chez l’homme sain, les principaux substrats énergétiques sont le glycogène musculaire, le glucose plasmatique (qui comprend le glucose produit par le foie), les acides gras libres plasmatiques et les triglycérides intramusculaires (2,3). Les réserves de glucides de l’organisme avoisinent 5 à 10 MJ (1200 à 2400 kcal) et sont principalement localisées dans le muscle (79% des stocks totaux), le foie (14%) sous forme de glycogène et dans le sang (7%) sous forme de glucose. Les réserves de glucides sont donc relativement faibles et leurs déplétions sont une limitation à l’exercice prolongé. Au repos, le muscle oxyde principalement les acides gras libres mis en circulation par les adipocytes qui représentent un stock inépuisable d’énergie. Au début de l’exercice, le muscle utilise le glucose provenant du glycogène intramusculaire et il libère de l’acide lactique (glycolyse anaérobie). Ce processus énergétique ne permet l’activité musculaire que pendant quelques minutes. Lorsque l’exercice se poursuit, le débit sanguin musculaire augmente et le glucose et les acides gras libres sont oxydés via le cycle de Krebs (métabolisme aérobie) tandis que la synthèse musculaire de lactates diminue. Le processus énergétique aérobie possède un rendement beaucoup plus important que le processus anaérobie. 36 vs 2 molécules d’ ATP sont produits pour une molécule de glucose. L’augmentation de la captation musculaire de glucose pendant l’exercice (augmentation de la sensibilité à l’insuline) persiste plusieurs heures après l’arrêt de l’effort permettant la reconstitution des stocks de glycogène.
Les facteurs influençant la contribution des différents substrats à l’effort sont la durée de l’exercice, l’intensité de l’exercice, l’état nutritionnel et l’entraînement physique.

INFLUENCE DE LA DURÉE DE L'EXERCICE

Lorsque l’exercice est modéré (65-70% VO2max 1), l’énergie est d’abord fourni en parts approximativement égales par les glucides et les lipides. Pendant les premières minutes de l’effort le muscle utilise ses propres réserves en glycogène. Dans la suite, le débit sanguin musculaire augmente et le glucose plasmatique prend une part progressivement croissante dans les oxydations. La concentration en glycogène musculaire diminue en fonction du temps de sorte qu’une déplétion des réserves est obtenue après 1 à 4 h, d’autant plus rapidement que l’effort musculaire est intense. L’augmentation de l’utilisation musculaire de glucose observée durant l’exercice comparativement au repos, est rendue possible grâce à l’augmentation du transport transmembranaire du glucose par des mécanismes essentiellement non insulino-dépendant (4), le transport transmembranaire insulino-dépendant étant minoritaire. Cette augmentation de l’utilisation musculaire de glucose induit une diminution significative de la glycémie sans toutefois survenue d’hypoglycémie. Ceci est rendu possible grâce à l’augmentation de la production endogène de glucose. Lorsque l’exercice se prolonge (plus de 40 mn) l’utilisation des acides gras libres devient prépondérante par rapport à celle des glucides. Ces modifications métaboliques à l’exercice musculaire sont régulées par un système neuroendocrinien complexe. La sécrétion de l’insuline est inhibée par l’augmentation de l’activité du système nerveux autonome (récepteur a). Les concentrations plasmatiques des hormones de la contre régulation (adrénaline, noradrénaline, glucagon, hormone de croissance et cortisol) augmentent pendant l’exercice musculaire et jouent un rôle important dans l’homéostasie glucidique en particulier en augmentant la production hépatique de glucose. Les acides gras libres oxydés par le muscle proviennent de la lipolyse qui est stimulée par l’augmentation du tonus du sympathique, l’élévation des concentrations plasmatiques des catécholamines et par la décroissance de l’insulinémie (5).

INFLUENCE DE L'INTENSITÉ DE L'EXERCICE MUSCULAIRE

A très faible intensité (25% VO2max), la majorité de l’énergie provient des acides gras libres plasmatiques avec une discrète contribution du glucose plasmatique. Pour des intensités plus importantes, la contribution des acides gras libres plasmatiques diminue d’autant plus que l’intensité est forte. A forte intensité (environ 85% VO2max), les glucides apportent plus des 2/3 de l’énergie nécessaire, le reste provenant des acides gras libres et des triglycérides intramusculaires. Ce type d’effort est hyperglycémiant compte tenu de la sécrétion importante des catécholamines.

INFLUENCE DE L'ENTRAÎNEMENT

L’entraînement physique augmente les réserves de glycogène et de triglycérides musculaires (6). Il diminue le tonus adrénergique à l’effort et les dépenses énergétiques globales induites par l’exercice (meilleure technique d’exercice, limitation des gestes parasites....). Il privilégie l’utilisation aérobie des acides gras lors de l’exercice physique, en augmentant la lipolyse adipocytaire et l’utilisation musculaire des acides gras libres. Par ailleurs, il augmente l’utilisation de glucose ingéré pendant l’exercice. Ces effets contribuent à épargner les stocks de glycogène et retardent ainsi l’épuisement du sujet.

INFLUENCE DE L'ALIMENTATION

L’ingestion de glucose pendant l’exercice musculaire modifie la contribution des substrats dans la fourniture d’énergie. Il est préférentiellement oxydé ce qui permet de réduire l’oxydation des glucides endogènes, de retarder la fatigue et d’augmenter les performances (7).


ACTIVITE PHYSIQUE ET DIABETE NON INSULINO-DEPENDANT

Bien que le DNID représente une indication évidente à la prescription d’un programme d’activité physique, peu de nos patients en bénéficie. Les raisons sont multiples: la majorité des études consacrée à l’efficacité métabolique de l’entraînement chez ces patients ne sont pas toujours convaincantes; l’activité physique n’est pas codifiée comme l’est la diététique; l’exercice musculaire peut-être dangereux en particulier lorsqu’il existe une insuffisance coronaire latente et enfin il est difficile de convaincre les patients sédentaires souvent depuis longtemps de réaliser une activité physique régulière.

Effets bénéfiques de l’activité physique régulière chez le sujet atteint de DNID

    • Sur le métabolisme du glucose

L’exercice réalisé en aigu possède un effet hypoglycémiant chez le sujet DNID comme chez le sujet sain. Cet effet est comparativement plus important chez le patient DNID du fait d’une atténuation de la diminution des concentrations plasmatiques d’insuline habituellement observée au cours de l’effort musculaire. Lorsque l’exercice est réalisé après le repas, des effets favorables ont été observés non seulement sur la glycémie mais également sur l’insulinémie post-prandiale (8). Devlin et al (9), ont montré qu’un exercice intense, déplétif en glycogène diminue la glycémie à jeun et augmente la sensibilité périphérique et hépatique à l’insuline 12 à 16h plus tard. Ainsi, l’exercice musculaire peut aider les patients à contrôler la glycémie au jour le jour.`

L’exercice physique régulier améliore la sensibilité à l’insuline évaluée par le clamp euglycémique hyperinsulininémique. Les mécanismes impliqués sont une augmentation du débit vasculaire, une augmentation de la synthèse de glycogène induite par l’insuline secondaire à une augmentation du transport et/ou de la phosphorylation du glucose (10), et une augmentation du nombre des transporteurs au glucose (11). En revanche l’efficacité de l’entraînement sur le contrôle glycémique et sur la tolérance au glucose est controversée. Ainsi, l’hyperglycémie provoquée par voie orale a été retrouvée inchangée, améliorée ou normalisée après un programme d’entraînement (revue in 12). Cependant, pour interpréter ces études qui sont souvent non contrôlées, il est nécessaire de savoir à quel moment a été réalisée l’hyperglycémie provoquée par voie orale par rapport à la dernière cession d’exercice. Ainsi, la tolérance au glucose est retrouvée plus facilement améliorée lorsque le test est réalisé dans les 24h après l’exercice, mais il est alors impossible de savoir si les effets bénéfiques observés sont dus à l’entraînement ou à la dernière session d’exercice. Par ailleurs, l’ancienneté du diabète doit être prise en considération. Les patients insulinopéniques ne sont pas répondeurs (13), contrairement aux patients qui présentent une hyperglycémie modérée ou qui sont au stade de l’intolérance aux hydrates de carbone. Un autre élément à prendre en considération est celui de l’intensité de l’entraînement. Lorsque l’exercice est très intense, la tolérance au glucose est améliorée (14).

De même, les effets de l’entraînement sur l’hémoglobine glyquée sont contradictoires (aucun effet ou diminution). Il semble que les effets bénéfiques d’une activité physique régulière exclusivement d’endurance (aérobie) touchent essentiellement la sensibilité à l’insuline et les autres facteurs de risque cardiovasculaire (15). Dans ce type d’entraînement l’efficacité sur le contrôle glycémique est propre à chaque séance d’exercice ce qui souligne la nécessité de répéter les séances de façon rapprochée, au moins 3 fois par semaine. Les entraînements comprenant des efforts de résistance entraînent chez le sujet sain une augmentation de la capillarisation musculaire et des capacités de stockage (16). Récemment, il a été montré qu’un programme d’entraînement faisant intervenir des efforts musculaires d’endurance et des efforts musculaires submaximaux, permettait, après une période de réadaptation à l’exercice physique, d’obtenir une diminution significative de l’hémoglobine glyquée (17).

En conclusion, l’exercice physique régulier diminue la résistance à l’insuline chez le DNID. Par ailleurs, il améliore le contrôle glycémique à un stade précoce de la maladie chez des patients qui ne sont pas insulinopéniques.

    • Sur la perte de poids

Nous ne disposons actuellement pas d’étude prouvant que l’exercice physique régulier sans être associé à un régime restrictif entraîne une perte de poids à court terme (revue in 12). En effet, le coût énergétique de l’effort musculaire est faible comparativement à la dépense énergétique des 24h et il faudrait prescrire plusieurs heures d’entraînement intensif par jour pour obtenir une perte de poids importante, ce que ne tolérerait pas la majorité de nos patients obèses. Cependant, l’entraînement physique modifie la répartition corporelle, à savoir augmente la masse maigre et diminue la masse grasse.

    • Sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire

Chez les patients normotendus il a été montré qu’un programme d’entraînement améliorait la pression artérielle au repos (15) et le profil tensionnel à l’effort (18). Nous ne disposons pas de données concernant des patients DNID hypertendus. La plupart des études ont montré que l’activité physique modifiait le profil plasmatique des lipides dans un sens moins athérogène (diminution des triglycérides, augmentation du HDL cholestérol) et avait un effet antithrombotique. L’activité physique régulière améliore la condition physique comme l’atteste l’augmentation de la VO2max. Cette notion est importante puisque la VO2max qui est abaissée chez le patient DNID semble représenter un facteur de risque cardiovasculaire indépendant (1). Enfin, l’entraînement permet de diminuer la graisse viscérale dont on connaît le rôle délétère dans la survenue des anomalies du syndrome pluri-métabolique et du DNID (15, 17).

    • Sur l’incidence du DNID

L’exercice physique régulier diminue le risque de survenue du DNID à l’âge adulte dans la population générale (19). Cet effet protecteur de l’exercice est d’autant plus important que le niveau d’activité physique est élevé au cours des années précédentes depuis l’enfance et l’adolescence. Il est plus marqué chez les sujets à risque (obèses, hypertendus, apparentés à un DNID) que chez les autres.
Plus récemment, il a été montré dans une étude chinoise prospective comprenant une large cohorte de patients intolérants aux hydrates de carbone que l’exercice physique permettait de diminuer l’incidence du DNID (20).

Risques potentiels de l’activité physique chez le patient atteint de DNID

Une activité physique surtout si elle est intense et sans entraînement préalable peut être nocive pour le patient. L'exercice musculaire intense peut révéler ou aggraver une insuffisance coronaire latente, être responsable d'une hémorragie du vitré ou d'un décollement de rétine en cas de rétinopathie proliférative (hypertension artérielle d'effort), entraîner ou aggraver des lésions des pieds surtout lorsqu'il existe une neuropathie et/ou une artériopathie et enfin aggraver une protéinurie. C'est dire l'importance de l'évaluation médicale avant toute prescription d'un programme d'entraînement physique : un électrocardiogramme d'effort est recommandé chez les patients DNID de plus de 40 ans et/ou qui présentent plus de 2 facteurs de risque associés au diabète. L'existence d'une insuffisance coronaire, d'une artériopathie périphérique, d'une hypertension artérielle marquée à l'effort (pression systolique supérieure à 240 mmHg et/ou pression diastolique supérieure à 120mmHg), d’une rétinopathie proliférante ou d'une macroprotéinurie, sont autant de contre indications à un programme d'activité physique intense.

Prescription d'une activité physique chez le patient atteint de DNID

Celle ci sera envisagée après l'évaluation médicale, qui fixera le type d'activité et son intensité en tenant compte des désirs du patient. Elle est résumée sur la fiche récapitulative type " Vidal " (tableau 1).

    • Le type d'activité

Il faudra privilégier les exercices d’endurance (cyclisme, marche à pied, jogging, natation, golf, ski de fond, voile) par opposition aux efforts de résistance comme l’haltérophilie, le lancer de poids ou la musculation qui sont des activités hyperglycémiantes pouvant avoir des conséquences cardiovasculaires et orthopédiques néfastes. Les exercices intenses (efforts maximums de courte durée supérieurs à 80% VO2max, comme le sprint ou les courses à vélo contre la montre), peuvent se concevoir après réadaptation cardio-respiratoire à l’effort et s’ils sont associés à une activité d’endurance. La plupart des jeux de ballon impliquent habituellement des exercices intermittents constitués par des phases d’exercice intense (anaérobie) entrecoupés de courtes périodes de repos ou d’effort musculaire modéré, ont l’avantage d’être ludiques et d’augmenter la compliance à la pratique d’une activité physique régulière.

    • L'intensité de l'exercice

Elle doit être faible au début, puis progressivement croissante pour atteindre 70% de la puissance maximale aérobie.

    • La durée de l'exercice

L’objectif est d’atteindre une durée supérieure à 30 min pour induire les effets métaboliques favorables. Une période d'échauffement et de récupération active après l'exercice serait recommandée pendant 5 à 10 min pour diminuer les douleurs musculaires et ostéoarticulaires ainsi que le risque d'hypotension orthostatique en fin d'exercice, il s'agit par exemple de marcher pour les coureurs ou de pédaler contre une faible résistance pour les cyclistes.

    • La fréquence minimale recommandée est de 3 séances d'exercice par semaine

En réalité il est difficile de donner avec certitude une fréquence seuil. Cependant, l'augmentation de la sensibilité à l'insuline induite par une session d’exercice disparaît dans les 30 heures qui suivent l’exercice.

    • Interactions médicamenteuses

Les sulfamides hypoglycémiants sont susceptibles d'induire une hypoglycémie lorsque les patients sont bien équilibrés. Dans ce cas la posologie doit être adaptée : diminution de moitié de la dose, voire suppression de la prise précédent l'exercice. Il est par ailleurs possible qu'une diminution des antidiabétiques oraux soit nécessaire après un certain temps lorsque l'entraînement est efficace sur le contrôle métabolique (21). L'utilisation de bêta bloquants comme antihypertenseur est à déconseiller compte tenu de la mauvaise tolérance à l'effort qu'ils induisent. Lorsque le patient est insulino-traité, les conseils de diminution des dose d’insuline donnés aux patients DID lui sont applicables.

    • Comment faire en pratique?

La phase de remise en condition physique est primordiale car elle améliore la tolérance à l’effort. Elle est réalisée sur une période de 2 à 3 semaines à raison de 3 séances par semaine. Il est conseillé de commencer par un exercice à faible intensité (40-50% VO2max) qui ne doit pas induire de point de côté ni de fatigue, et de courte durée (environ 15 min). L’intensité et la durée de l’exercice seront progressivement augmentes toute les 2 à 3 séances En pratique l’intensité de l’effort peut être évaluée à partir de la fréquence cardiaque maximale théorique (FMT, 220-âge). Ainsi, la FMT d’un homme de 55 ans est à 165/min. Pour un exercice à 50% des capacités, la fréquence cardiaque se situera entre 80 et 85/min. Il est donc important d’enseigner l’autodétermination de la fréquence cardiaque (prise du pouls), à moins que le patient se procure dans le commerce un " fréquence mètre " qui se porte comme une montre et qui indique la fréquence cardiaque instantanée.

L’utilisation d’un cahier d’entraînement est conseillée pour noter la durée des séances, la fréquence cardiaque au cours de l’exercice, et éventuellement les résultats de l’autosurveillance glycémique avant et après exercice. Celle-ci peut-être proposée à double titre: d’une part elle démontre au patient les effets bénéfiques de l’activité musculaire sur la glycémie; d’autre part elle permet de vérifier l’adaptation des doses d’hypoglycémiants.

L’hygiène des pieds doit être parfaite et le chaussage adapté à l’activité physique pratiquée.

Parallèlement à la pratique sportive, les moyens simples de lutte contre la sédentarité doivent être encouragés: prendre les escaliers au lieu des ascenseurs, la marche (éviter de prendre sa voiture pour les petits trajets)...

Pour les patients atteints de complications diabétiques avancées, l'activité physique est possible mais doit être bien orientée tant sur le type que sur l'intensité. Il s'agit par exemple de favoriser la natation chez les patients qui présentent une arthropathie des pieds et une remise en condition progressive en présence de cardiologues en cas d'insuffisance coronaire. Les activités comme le jardinage, la pétanque, le bricolage...sont à conseiller.

    • Où doit se pratiquer le programme d'entraînement?

C'est à l'heure actuelle ce qui pose le plus de difficultés puisqu'il n'existe pas de structure adaptée où le patient puisse se réentraîner sous surveillance. Les solutions possibles sont :
- quand le patient est motivé : utiliser les structures "grand public" existantes comme les Clubs de gymnastique, les Clubs de sports, les Clubs de 3ème âge...
- les Associations locales de diabétiques proposent des activités récréatives adaptées (renseignements possibles à l‘Union Sport et Diabète, 58 rue A. Dumas, 75544 Paris Cedex 11).


ACTIVITE PHYSIQUE ET DIABETE INSULINO-DEPENDANT

L'un des objectifs majeurs du traitement du diabète insulinodépendant est de permettre aux patients d'avoir un mode de vie aussi proche que possible de la normale. Lors de la découverte du diabète, les patients sont jeunes souvent physiquement actifs et participent à des activités sportives ou récréatives. La poursuite de telles activités nécessite que le patient ait conscience des deux risques métaboliques de l'exercice musculaire: d'une part l'hypoglycémie qui nécessite d'adapter les doses d'insuline et d'ingérer des glucides avant, pendant et après l'activité physique, et d'autre part, l'aggravation de l'hyperglycémie, voire l'apparition d'une cétose lorsque le diabète est mal équilibré. Par ailleurs, l'exercice musculaire intense est hyperglycémiant. Dès lors le médecin est sollicité pour répondre de manière précise aux questions posées par les patients: de combien faut-il diminuer les doses d'insuline lorsqu'un exercice d'une intensité donnée est réalisé pendant un temps donné? Quelle doit être la quantité d'hydrates de carbone à ingérer et à quelle fréquence ?

Particularité de l'exercice musculaire chez le patient atteint de DID

Chez le patient DID, les concentrations plasmatiques d’insuline correspondent à l’insuline injectée et donc ne diminuent pas pendant l’exercice musculaire. Les risques d’hypoglycémie sont par conséquent majeurs si le patient ne diminue pas les doses d’insuline et/ou ne se supplémente pas en hydrates de carbone. L’hypoglycémie peut survenir dans les heures qui suivent l’arrêt de l’exercice, en particulier la nuit si l’exercice est réalisé en fin d’après-midi ou dans la soirée, et cela même si les doses d’insuline ont été diminuées mais insuffisamment (22). A l’opposé, les patients qui commencent l’activité musculaire avec une glycémie élevée et la présence d’une cétonurie aggravent le déséquilibre du diabète pendant l’effort (23). En effet, la lipolyse et la cétogenèse activées par la carence en insuline vont être stimulées pendant l’exercice sous l’effet des hormones de la contre régulation. Pour les efforts submaximaux, l’augmentation de la glycémie (24) est plus marquée que chez le sujet sain. (25).

Facteurs influençants les conséquences métaboliques de l'exercice musculaire chez le patient atteint de DID

De nombreux facteurs influencent les conséquences métaboliques de l'exercice musculaire: la durée et l'intensité de l'effort physique, le moment ou il est réalisé par rapport au dernier repas et à la dernière injection d'insuline; le type de traitement insulinique, à savoir le nombre d'injections par jour, s'il s'agit d'un traitement par pompe sous cutanée ou par insuline analogue; la glycémie au début de l'exercice; le poids, la taille et la condition physique du patient. La condition de la pratique du sport est un paramètre capital. S’agit-il d’une activité sportive occasionnelle, d’un entraînement ou d’une compétition? Il peut par ailleurs exister des problèmes liés à la résorption de l'insuline: la profondeur de l'injection, le site, l'atmosphère chaude ou froide....L’existence de tous ces paramètres expliquent pourquoi il est difficile de codifier l'adaptation des doses d'insuline et/ou les apports en hydrates de carbone, et que seuls des conseils personnalisés peuvent être donnés. Ces conseils devront être "validés" ou modifiés en fonction des résultats de l'autosurveillance glycémique.

Adaptation des doses d'insuline

Chez les patients pratiquant une activité physique occasionnelle, les conseils d’adaptation des doses d’insuline reposent sur des études dans lesquelles un exercice de faible intensité à été évalué. Lorsque l’exercice est réalisé 90 min après le petit déjeuner (55% VO2max) et que le patient est traité par 3 injections d’insuline rapide avant chaque repas et une injection de NPH le soir, il est possible de diminuer de plus de 50% la dose d’insuline du matin sans risque de décompensation du diabète ni risque d’hypoglycémie, à condition que la glycémie capillaire au lever soit dans des valeurs proche de la normale (26). Lorsque ce type d’exercice est réalisé en fin de matinée (3 heures après le petit déjeuner), il n’est pas obligatoire de modifier l’insuline rapide du matin car le risque hypoglycémique au cours de l’effort est faible (27). L’adaptation des doses d’insuline est plus difficile à gérer chez les patients traités par deux injections d’insuline intermédiaire par jour. La diminution des doses d’insuline doit être modérée (environ 10-20 % de la dose habituelle) et d’autant plus prudente que l’activité a lieu à distance de l’injection, par exemple l’après-midi. Chez ces patients, la pratique régulière d’un sport peut les motiver à accepter un schéma insulinique comprenant au moins trois injections par jour plus efficace dans la prévention des complications microangiopathiques du diabète. Lorsque les patients sont traités par perfusion continue sous-cutanée d’insuline, il est recommandé de diminuer de 50 % le bolus pré-prandial et d’arrêter le débit de base pendant l’exercice. Il est donc possible, pour ceux qui le désirent, en particulier ceux qui pratiquent la natation, d’enlever la pompe à insuline. Dans ce cas, l’activité sportive ne doit pas débuter plus de 1 heure après le retrait de la pompe à insuline sous peine de dégradation métabolique. Une réduction du débit de base à 75 % dans les 6 heures suivant l’arrêt de l’exercice, permettrait de prévenir le risque d’hypoglycémie tardive (28).

Pour les patients motivés, traités par un schéma " basal-bolus ", un algorithme de diminution des doses et d'apports glucidiques peut-être proposé (29). Il est basé sur l'intensité musculaire évaluée par la prise de la fréquence cardiaque et en fonction de la FMT définie comme suit: 220-âge. Les modifications des doses d’insuline proposées concerne l’insuline qui agit pendant et après l’exercice physique (tabeau II) et seront associées à une prise de glucides pour compenser la consommation musculaire de glucose induite par l’activité sportive. A titre d’exemple, , les besoins en glucide par heure d’activité pour un sujet de 70 kg sont environ: 15 g pour le golf, 20 g pour le tennis, 45 g pour le squash, 60 g pour le cyclisme à 24 km/h et pour la course à pieds à 11 km/h.

Il est conseillé aux patients qui participent à un stage de sport (plusieurs heures d’activité par jour de diminuer les doses de 30-50% (insuline basale et prandiale) dès le premier jour du stage. Cette diminution des doses sera ensuite adaptée en fonction de l'autosurveillance.

Adaptation diététique

L’adaptation diététique repose essentiellement sur l’apport de glucides et sur l’hydratation. L’apport de glucides devra tenir compte de la durée et du type d’activité, les activités d’endurance forte (70-75% VO2max) étant les plus consommatrices, du " statut insulinique " (diminution ou non des doses), et de la condition de la pratique du sport (loisir, entraînement ou compétition).

    • Activité physique de durée brève, inférieure à 1 heure (exemples: natation, gymnastique)

Quinze à 30 minutes avant l'effort, la prise d'un supplément de 15-20 g de glucides en plus de la ration habituelle si la glycémie capillaire est inférieure à 6-8 mmol/l. Lorsqu’une diminution importante de la dose d’insuline à été réalisée et que l’activité est réalisée rapidement après le repas, ou lorsque l’exercice est effectué au moment où l'action de l'insuline est minimale (à distance des repas en fin d'après-midi voire le matin à jeun), l’ingestion de glucides n’est en général pas nécessaire (23).

L'effort bref, inférieur à 20 mn, ne nécessite pas d’apport de glucides supplémentaire.

    • Efforts brefs et répétés sur une durée prolongée (exemples : sports collectifs)

Il est alors primordial de préserver les réserves en glycogène pendant et après l'effort. Lors des arrêts temporaires (mi-temps), il faut se réhydrater et absorber une collation suffisante pour la poursuite de l'effort (par exemple, 30g de glucides à index glycémique élevé).

    • Efforts prolongés d'une durée de quelques heures (exemples : randonnées à pied ou à vélo)

Il est conseillé d'augmenter la ration glucidique (sucres complexes) de l'avant dernier repas et du dernier repas avant l'exercice pour assurer des réserves en glycogène suffisantes. La prise de glucides exogènes sera régulière avec un apport fractionné de 15 à 30g de glucides toutes les 30 à 45 mn. Des collations de conservation, de transport et d'assimilation faciles seront utilisées selon le goût du sujet. Les glucides seront à index glycémique élevé ou mixte (exemples : barres de céréales, pâtes de fruits). Les seules études réalisées à l'heure actuelle chez le diabétique portent sur le glucose et le saccharose qui sont des sucres à index glycémique élevé. Le repas de midi souvent pris en plein air devra apporter suffisamment de glucides. Il faut boire avant d'avoir soif (1/2 l par heure conseillé). Il faudra tenir compte des éléments extérieurs qui peuvent modifier la dépense énergétique et l'hydratation.

Les hypoglycémies tardives sont prévenues par une collation après l'effort (par exemple: 15 à 20g de glucides à index glycémique élevé sous forme de boissons sucrées) et par un supplément glucidique au repas suivant. La glycémie de 22H00 doit être documentée pour adapter la collation de la soirée.

    • Efforts en compétition prolongés (exemples: marathon, course de ski de fond)

Certains patients DID participent à des compétitions. La performance est liée aux stocks musculaires et hépatiques de glycogène. Par conséquent, l’avant-dernier repas doit être riche en hydrates de carbone (55 à 70% de glucides complexes) sous forme d'une "pasta-party" par exemple avec 200 g de pâtes (30). Le repas précédant la compétition visera la reconstitution des réserves hépatiques. Il apportera 100 g de glucides sous forme d'un repas hypolipidique associant les glucides à index faible et élevé (par exemple: riz, pain, confiture, fruits, boisson faiblement sucrée). La règle des trois heures doit être respectée afin de permettre la vidange gastrique ce qui évite un inconfort abdominal pendant la course. Dès le début de la course, il faudra assurer un apport exogène régulier fractionné de glucides (environ 50 g/h) et de boissons en quantités variables selon les individus. Les solutions qui offrent l'avantage d'avoir un apport concomitant d'eau (environ 500 ml/h) peuvent être concentrées à 4 à 10 g de glucides par 100 ml selon l'intensité de l'effort et la chaleur extérieure. Un apport en sodium de 1 g/l est nécessaire. Une hydratation insuffisante limite les capacités et risque d'entraîner des crampes ou des tendinites.

A l’arrêt de l’activité sportive, il faut poursuivre les apports de glucides pour reconstituer les réserves de glycogène et éviter la survenue d’une hypoglycémie à distance de la compétition. Il est conseillé d’ingérer une boisson bicarbonatée pour éviter les crampes de l'acidose, associée à une boisson sucrée à index glycémique élevé . Les 50 g de glucides apportés par cette boisson sucrée et le repas suivant enrichi à 70 % de glucides doivent permettre de reconstituer progressivement les réserves en glycogène. Rappelons également que l’alcool " 3ème mi-temps " inhibe la gluconéogénèse et constitue donc un obstacle à la reconstitution des stocks glycogéniques. Enfin, la réalisation de la glycémie capillaire au coucher est fortement conseillée pour savoir si une collation glucidique est nécessaire (prévention de l'hypoglycémie nocturne).

    • Effort imprévu

Puisque les doses d’insuline n’ont pas été diminuées, l'apport en glucides est systématique et doit être suffisant avant et pendant pour faire face à la dépense énergétique. Environ 25-30 g au début de l’effort, renouvelé toutes le 30-45 min (26).L'effort imprévu peut venir s'ajouter à l'effort prévu initialement, d'où l'importance d'avoir des réserves de glucides à disposition (lors, par exemple d'une course en montagne ou de la pratique d'un sport nautique).

L'effort prévu annulé demande également une auto-surveillance régulière en maintenant l'apport en glucides habituel et en rajoutant si besoin de petites doses d'insuline rapide.

    • L'hypoglycémie

Si une hypoglycémie survient malgré les précautions prise, le sport doit être arrêté et le resucrage habituel demande 15 g de glucides à index glycémique élevé facilement disponibles et absorbables (par exemple: 3 sucres à 5g ou, 200 ml de jus de fruits avec sucres rajoutés ou, 150ml de Coca-Cola). La quantité de glucides nécessaire à la poursuite de l'exercice devra être rajoutée en prévention d’une hypoglycémie récidivante. L’activité sportive sera reprise si la glycémie capillaire dépasse 6-8 mmol/l.
En présence d'hypoglycémies sévères survenant lors d'un effort prolongé, les réserves en glycogène ne sont pas suffisantes pour pouvoir utiliser le glucagon. La seule alternative possible est l’injection intraveineuse de glucose à 30%.

La sensation d'hypoglycémie est souvent émoussée et le rôle de l'entourage peut être primordial pour aider au resucrage dans certains sports (par exemple: sport nautique, sport de montagne).

Quelles activités sportives?

L’exercice de forte intensité surtout s’il est brutal et non préparé par un échauffement progressif peut avoir un effet hyperglycémiant durable lié à la sécrétion brutale des catécholamines (24). Font courir ce risque les sports violents (sports de combat, squash, tennis, certaines disciplines athlétiques. Le stress peut conduire au même effet: départ de compétition, sport potentiellement dangereux déclenchant de fortes émotions (parachutisme, saut à l’élastique...).

Le risque habituel cependant est celui de l’hypoglycémie qui peut-être mal ressentie chez le sportif du fait d’un phénomène de désensibilisation lié à la répétition des épisodes (31) . Tous les sports ne sont pas égaux devant ce risque d’hypoglycémie. Seront les plus dangereux les sports qui rendent difficile l’autosurveillance sur une durée prolongée (alpinisme en haute montagne, planche à voile, ou natation de longue durée, plongée sous marine...) et ceux au cours desquelles une hypoglycémie brutale fait courir un risque fatal (sport aérien, sport automobile, moto, plongée sous marine...). Des nuances doivent toutefois être apportées. Certains sports aériens, par exemple le parachutisme, un vol bref en parapente, précédés d’un contrôle glycémique ne fait guère courir de risque (la situation dangereuse ne dure que quelques minutes) comparée à un vol prolongé en haute altitude en deltaplane ou en planeur.

En pratique, plusieurs groupes peuvent être définis:

- Les sports d’endurance sont les plus conseillés. Ils permettent un entraînement progressif, une surveillance et un contrôle glycémique facile: marche, course à pieds, vélo, VTT, ski de fond, natation, équitation.... Dans la même catégorie mais avec une difficulté particulière de surveillance peuvent figurer la plupart des sports aquatiques: canoë kayak, voile, planche à voile, a condition que ces actvités sportives soient pratiquées en groupe.
- Un groupe de sport tout à fait réalisable mais faisant courir un risque de déséquilibre et qui implique par conséquent une surveillance accrue : tennis, squash, football et autre sport de ballon, athlétisme, ski de piste... Deux nuances cependant: la boxe est à déconseillée en raison du risque de traumatisme oculaire direct; la musculation peut être responsable de fortes poussées tensionnelles, mais peut être réalisable (en l’absence de tout dopage!) associée à une activité d’endurance et avoir des effets particulièrement favorables sur le développement de la masse musculaire favorisant la consommation de glucose.
- Un groupe de sport a déconseiller fortement pour des problèmes de sécurité: alpinisme, vol à voile...
- La plongée sous marine fait figure de cas particuliers. Longtemps considérée comme l’exemple type du sport interdit aux diabétiques, elle parait réalisable dans sa variété loisir à condition de respecter un certain nombre de règles qui ont fait l’objet de publications récentes (32).
- Lorsqu’il existe des complications avancées, les activités intenses sont proscrites et les conseils sont identiques à ceux donnés aux patients DNID compliqués.

Le sport est-il bénéfique ?

L'exercice physique en aigu peut être utilisé pour abaisser la glycémie du moment, en particulier la glycémie post prandiale. La pratique régulière d'une activité physique augmente l'insulino-sensibilité, cependant son efficacité sur l'amélioration du contrôle glycémique (HbA1c) et la diminution des besoins en insuline n'est pas prouvée. La plupart des études ont montré que l'entraînement physique modifiait le profil lipidique dans un sens moins athérogène. L'augmentation de l'insulino sensibilité, l'amélioration du profil lipidique devrait induire une diminution de la mortalité et de la morbidité cardio-vasculaire, mais cela demeure à démontrer.

Enfin, les effets psychologiques de la poursuite ou de la réalisation d'un sport sont importants. Il s'agit parfois de réaliser un défi afin de surpasser son état diabétique. Par ailleurs l'activité physique représente un outil pédagogique pour apprendre à gérer son diabète. Certaines Associations de diabétiques (Union Sports et Diabète, Association des Jeunes Diabétiques) proposent des stages d’apprentissage.

A l'opposé outre les dangers métaboliques sus décrits, l'exercice musculaire peut révéler ou aggraver une insuffisance coronaire latente ou une complication dégénérative du diabète comme cela a été décrit au chapitre précédent.

Cas particuliers

Chez l’enfant, " bouger " fait partie du quotidien à la récréation comme à la maison. Les adaptations du traitement et de la diététique ne doivent être envisagés que lorsqu’ils sont impliqués dans une activité sportive de haut niveau.
Chez la femme enceinte, il faut éviter les efforts intenses et violent et encourager la natation, les exercices de mobilisation active des membres superieurs et la marche. La bicyclette est à proscrire car elle induit des contractions (33). Au cours du diabète gestationel, il a été suggéré que l’entraînement (20 min, 3 jours par semaine) avec un ergocycle à bras (la patiente étant assise confortablement et n’utilisant que les bras) permettrait d‘obtenir un meilleur équilibre glycémique que celui obtenu avec un régime seul et d’éviter l’insulinothérapie (33).

Les règles capitales

- Programmer l'activité sportive.
- Diminuer le ou les insulines couvrant la période de l'activité à condition que la glycémie capillaire soit correcte (<8 mmol/l). Cette diminution peut être de l'ordre de 30 à 50%.
- Etre bien équilibré. La glycémie capillaire avant l'effort est indispensable : si elle est inférieure à 6-8 mmol/l prendre au moins 15 g de glucides avant de commencer l'activité sportive; si elle se situe entre 8 et 14 mmol/l, l'exercice peut être réalisé sans risque; si elle est supérieure à 15 mmol/l il faut s'assurer de l'absence de cétonurie qui nécessiterait de reporter l'activité sportive.
- L'autosurveillance doit être poursuivie pendant (lors des pauses ou de la mi-temps) et après l'exercice.


CONCLUSION

La pratique d'une activité physique régulière doit trouver sa place au sein du projet thérapeutique chez le patient DNID. Elle permet d'améliorer la sensibilité à l'insuline et le contrôle glycémique au stade précoce de la maladie. Elle pourrait retarder l'apparition d'un diabète chez les sujets à risque de DNID. Dans tous les cas, une évaluation médicale préalable s'avère indispensable et permet la prescription d'un programme d'entraînement adapté à la condition physique du patient. Des études sont nécessaires pour confirmer une réduction de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaire par l'exercice physique régulier dans la population de patients DNID. Chez le patient DID, l'encouragement à la pratique d’un sport est nécessaire non seulement pour des raisons psychologiques mais également pour les mêmes raisons que dans la population générale puisque la sédentarité est associée à un profil lipidique défavorable et à l'insulinorésistance, facteurs de risque cardiovasculaire. Pour cela, il faut respecter des règles basées sur l'autosurveillance glycémique qui permettent au patient de réaliser une activité sportive sans risque d'hypoglycémie ou de décompensation du diabète. Grâce à l'autosurveillance, le patient peut se rendre compte si les ajustements des doses d'insuline et diététiques ont étés adéquats, insuffisants ou exagérés, et donc modifier si besoin son attitude ultérieure. Le palmarès des sportifs DID de haut niveau montre qu'il est possible d'allier compétition et DID.


REFERENCES

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3. Romijn JA, Coyle EF, Sidossis LS, Gastaldelli A, Horowitz JF, Endert E, and Wolfe RR. Regulation of endogenous fat and carbohydrate metabolism in relation to exercise intensity and duration. Am J Physiol, 1993, 265, E380-E391.

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29. Grimm JJ, Golay A, Habicht F, Berne C, Muchnick S. Prevention of hypoglycemia during exercise: more carbohydrates or less insulin? Diabetes, 1996, 45 (suppl 2): 104 A.

30. Jandrain B, Lefebvre PJ, Pirnay F, Scheen A. Alimentation avant, pendant et après l'exercice physique chez le sujet normal ou diabétique. Journées de Diabétologie de l'Hôtel-Dieu, 1990: 159 - 170. Flammarion Editions. Paris.

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32. Kruger DF, Owen SK, Whitehouse FW. Scuba diving and diabetes. Diabetes Care, 1995, 18, 1074.

33. Jovanovic-Peterson L, Peterson CM. Review of gestational diabetes mellitus and low-calorie diet and physical exercise as therapy. Diabetes Metab Rev, 1996, 12, 287-308.


Tableau I. Fiche "Vidal" activité physique.

INDICATION
Diabète non insulino-dépendant

FORMES ET PRESENTATIONS
Principalement les activités d’endurance:
cyclisme, marche à pied, jogging, natation, golf, ski de fond, voile, par opposition aux efforts de résistance: haltérophilie, squash, musculation, moins efficaces.
Les sports collectifs:
principalement le ballon, le handball, le volley-ball, le football, la planche à voile… qui sont des activités mixtes mais qui ont l’avantage d’être ludiques améliorant ainsi la compliance à long terme.
Les activités de la vie courante:
prendre les escaliers au lieu des ascenseurs et des escalators; éviter de prendre sa voiture pour les petits trajets; avoir un chien et le promener; faire du jardinage, tondre la pelouse; faire des travaux de ménage et de bricolage...

POSOLOGIE:
Fréquence:
au moins 3 séances d’exercice par semaine ,l’idéal étant une séance par jour.
Durée: s
upérieure à 30mn comprenant une période de 5-10mn d’échauffement et de récupération active afin de diminuer les douleurs musculaires et ostéo-articulaires ainsi que le risque d’hypotension orthostatique en fin d’exercice.
Intensité
: faible au début pour atteindre progressivement 50 à 70% de la puissance maximale aérobie. Celle-ci peut-être assimilée pour des raisons pratique à la fréquence cardiaque maximale théorique (FMT= 220-âge). L’intensité de l’exercice sera estimée à partir de la prise de la fréquence cardiaque. Ainsi, pour un homme de 60 ans la FMT est à 160/min, et la fréquence cardiaque correspondant à 50-70% des capacités maximales aérobie se situe entre 80 (0.5x160) et 112 (0.7x160) pulsations par min.

CONTRE-INDICATIONS:
Un programme d’activité physique intense est contre-indiquée lorsqu’il existe:
- une insuffisance coronarienne
- une HTA à l’effort musculaire (pression

systolique >240mmHg et/ou pression diastolique > 120mmHg)
- une rétinopathie proliférante
- une macroprotéinurie

MISE EN GARDE ET PRECAUTIONS D’EMPLOI
Mise en garde:

Une activité physique surtout si elle est intense et sans entraînement préalable peut entraîner ou aggraver:
-une insuffisance coronarienne latente
-une hémorragie du vitrée ou un décollement de rétine en cas de rétinopathie proliférante (hypertension artérielle d’effort)
- une protéinurie
- une plaie des pieds surtout s’il existe une neuropathie et/ou une artériopathie.
Précautions d’emploi:
a) Effectuer une évaluation médicale qui comprend une épreuve cardiologique d’effort (avec prise de la PA), une consultation ophtalmologique, une recherche de protéinurie et un examen soigneux des membres inférieurs et des pieds.
b) Avoir 3 sucres sur soi (patients traités par sulfamides hypoglycémiants)

INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES
Association déconseillée:

Beta-bloquants compte tenu de la mauvaise tolérance à l’effort qu’ils induisent.
Association nécessitant des précautions d’emploi:

Les sulfamides hypoglycémiants sont susceptibles d’induire une hypoglycémie lorsque les patients sont bien équilibrés. Dans ce cas la posologie doit être adaptée: diminution de la dose voir suppression de la prise précédent l’exercice.
L’autosurveillance glycémique avant et après l’exercice est nécessaire: d’une part elle permet de vérifier l’adaptation de la dose des sulfamides hypoglycémiants. D’autre part elle démontre les effets bénéfiques de l’exercice musculaire sur la glycémie.Il est par ailleurs possible qu’une diminution des antidiabétiques oraux soit nécessaire après un certain temps lorsque l’entraînement est bénéfique sur le contrôle glycémique.

PHARMACODYNAMIE
L’activité physique améliore:
- le métabolisme du glucose. L’exercice réalisé en aigu présente un effet hypoglycémiant plus marqué comparativement aux sujets sains. L’exercice physique régulier améliore la sensibilité à l’insuline évaluée par le clamp euglycémique hyperinsulinique après 6 à 12 semaines d’entraînement. L’entraînement est inefficace sur le contrôle métabolique lorsque les patients sont insulinopéniques et/ou mal équilibrés.
- les autres facteurs de risque cardiovasculaires. Modification du profil plasmatique des lipides dans un sens moins athérogène (augmentation du HDL cholestérol et diminution des triglycérides). Chez les patients normotendus il a été montré qu’un programme d’entraînement améliore le profil tensionnel au repos et à l’effort.

PHARMACOCINETIQUE
L’effet métabolique de l’activité physique en particulier sur la diminution de l’insulino-résistance persiste 24 à 30 heures après un exercice physique aigu et 6 à 7 jours après un entraînement.
L’action est rapide dès le début de l’activité physique

LISTE I
AMM en cours.
Laboratoires USP (Union Sport et Diabète) regroupant différentes associations proposant diverses activités. Paris, 48 , rue Alexandre Dumas 75544 PARIS CEDEX 11.

Tableau II. Exemple d’algorithme de diminution des doses proposé aux patients traités par un shéma "basal-bolus". La diminution des doses d’insuline doit être associée à une prise de glucides afin de compenser la consommation musculaire de glucose induite par l’activité sportive.

Intensité Durée
  0-20 min 20-60 min > 60 min
<60% FMT Aucune modification Aucune modification Ins basale - 10%

Ins prandial -20% par heure d’activité

60-75% FMT Aucune modification Ins basale -10 à 20%

Ins prandiale -10 à 50%

Ins basale et prandiale

-5 à 10%

par heure d’activité

>75% FMT Aucune modification Ins basale -10 à 20%

Ins prandiale -10 à 50%

Ins basale et prandiale

-5 à 10%

par heure d’activité